Mal nommer les choses, c'est contribuer au malheur du monde.
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Colloque Octobre 2008
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L'Inspection du travail naît de la carence dans l'application du droit du travail. Une juridiction, le conseil de prud'hommes, avait déjà été créée en 1806. Il manquait néanmoins un mécanisme de contrôle administratif, chargé de relayer en justice les plaintes des salariés, voire de s'y substituer. Avant la création du corps actuel en 1892, un corps avait été créé pour contrôler l'application de la loi du 22 mars 1841 interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans ; celle-ci manquait d'indépendance. Cette loi avait été créée suite aux rapports du Dr Louis René Villermé, qui avait révélé les conditions de travail de ces enfants.
La France avait été précédée par l'Angleterre (Factory act de 1844), l'Allemagne (loi sur l'industrie du 1er juin 1891) et les États-Unis.
L'inspection du travail (IT) fut créée par la loi du 19 mai 1874, instituant un service de 15 inspecteurs divisionnaires et des inspecteurs départementaux. La nouvelle organisation devait être financée par les Conseils généraux, à leur initiative. Devant le peu d'empressement de ces derniers, et suite à la Conférence internationale sur le Travail, réunie à Berlin le 15 mars 1890, prévoyant l'instauration d'une législation internationale du travail, les autorités françaises créèrent, par la loi du 2 novembre 1892 un corps d'inspecteurs, fonctionnaires d'État. La loi prévoit la possibilité pour l'inspecteur de pénétrer librement dans toute entreprise, il pourra alors saisir le juge qui sanctionnera les entraves à ce droit ; la loi édictait également une durée maximale de travail des enfants, des femmes et des filles mineures.
La fonction a été popularisée notamment par l'inspecteur Pierre Hamp, qui tint une chronique dans L'Humanité de 1906 à 1912.
L'IT a été rattachée au ministère du travail, lors de sa création en 1906. La convention internationale de l'OIT no 81 [1] du 11 juillet 1947 oblige tous les pays l'ayant ratifiée à « organiser un système d'inspection du travail chargé d'assurer l'application des dispositions légales relatives aux conditions de travail et à la protection des travailleurs dans l'exercice de leur profession » ; la France l'a ratifiée par la loi du 10 août 1950.
Au ministère du Travail, l'inspection du travail se divise en trois catégories : la section (contrôle des entreprises), l'emploi (main-d'œuvre étrangère, renseignement, etc.) et la formation professionnelle (contrôle des organismes de formation, OPCA, etc.).
Les inspecteurs du travail appartiennent à un corps interministériel. Avant la réforme de 2008, ils étaient affectés à l'un des trois ministères différents (ils pouvaient a tout moment de leur carrière changer d'affectation ministérielle) :
Cette division du corps trouve son origine dans des raisons au départ liées à une législation très différente (particulièrement en ce qui concerne les salariés du régime agricole : il existait un salaire minimal agricole très inférieur à celui du régime commun, les règles de sécurité n'étaient pas toutes applicables aux matériels agricoles, etc.).
Dans le cadre de la mise en œuvre de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), il a été décidé que les quatre services d'inspection du travail seraient fusionnés fonctionnellement, à échéance du 1er janvier 2010.
Concernant l'inspection agricole, un premier pas vers la fusion avait déjà été entrepris. Il s'agissait de l'expérimentation en cours dans deux DDTEFP (Pas-de-Calais et Dordogne). Dans le Pas-de-Calais, l'ex-ITEPSA étant intégrée depuis la fin 2006 au sein de l'organigramme de la DDTEFP en devenant sa section agricole. La Section agricole gardant sa compétence départementale sans transfert des compétences agriculture aux sections d'inspection.
Finalement, le décret no 2008-1503 du 30 décembre 2008 prévoit la fusion, au 1er janvier 2009, des quatre inspections du Travail (ITEPSA/ITT/ITM/DDTEFP) en un seul corps de contrôle unique d'inspection généraliste.
Les quatre inspections du travail fusionnées, ont été intégrées au sein des Unités Territoriales (anciennes DDTEFP) des DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) qui ont vu le jour entre le 1er janvier 2010 et le 1er juillet 2010 (ou au sein des DIECCTE qui ont été créées au 1er janvier 2011 pour l'Outre-Mer).
Chaque département est divisé en sections d'inspection du travail. Les périmètres des sections sont, en principe déterminés en fonction des effectifs salariés. Cela peut être réduit à une section unique comme dans la Creuse, à 45 pour Paris, en passant par cinq dans l'Oise ou 22 dans les Hauts-de-Seine.
L'inspecteur du travail est responsable d'une section d'inspection territorialement définie. Il anime une équipe composée d'un secrétariat comptant, le plus souvent, un adjoint administratif par section et de deux ou trois contrôleurs du travail, placés sous son autorité et disposant des mêmes pouvoirs de contrôle et de constatation des infractions, mais pas de l'ensemble des pouvoirs de décision administrative (dérogations diverses, autorisation de licenciement des salariés protégés notamment). En général, les contrôleurs du travail s'occupent des petites structures, quand l'inspecteur prend en charge les entreprises de plus de 50 salariés. Sélectionnés par le biais d'un concours administratif accessible au titulaire d'un licence (concours externe) ou aux fonctionnaires de catégorie B+ ayant exercé des fonctions de contrôleur du travail durant cinq années (concours interne), les inspecteurs du travail suivent une formation de 18 mois rémunérée à l'Institut national du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle (INTEFP) de Marcy-l'Étoile (Rhône). Sous tutelle directe du ministère, cette école est passée au 1er janvier 2006 sous statut d'établissement public administratif par le décret no 2005-1555 du 13 décembre 2005.
Les contrôleurs du travail sont des fonctionnaires de catégorie B+, leur concours est accessible aux titulaires d'un diplôme de niveau bac +2 (concours externe). Le programme de formation initiale des contrôleurs du travail est élaboré par l'INTEFP mais les enseignements sont dispensés dans les CIF (Centre inter-régionaux de formation) au nombre de neuf en France : Lyon, Lille, Montrouge, Bordeaux, Toulouse, Dijon, Nantes et Nancy. Les contrôleurs du travail, à la différence des inspecteurs, sont durant leur formation déjà affectés dans une Unité Territoriale (ancienne DDTEFP) des DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Ils sont regroupés au sein des CIF en fonction de leur affectation géographique puis selon leur spécialisation (le plus généralement section d'inspection ou emploi ou service des renseignements).
En section d'inspection, les inspecteurs et les contrôleurs du travail ont pour mission générale de veiller à l'application du droit du travail. Pour ce faire, ils disposent d'un droit d'entrée et de visite sans autorisation préalable dans tout lieu dans lequel ils ont un motif raisonnable de penser qu'un travail salarié soit exercé1. Ces pouvoirs, tout comme l'indépendance des agents, sont garantis par la convention 81 de l'OIT, citée ci-dessus. Cette convention dotée de la force obligatoire pour tous les pays l'ayant ratifiée, est notablement plus précise, en son article 12, sur ce point :
1. Les inspecteurs du travail munis de pièces justificatives de leurs fonctions seront autorisés:
a) à pénétrer librement sans avertissement préalable à toute heure du jour et de la nuit dans tout établissement assujetti au contrôle de l'inspection;
b) à pénétrer de jour dans tous les locaux qu'ils peuvent avoir un motif raisonnable de supposer être assujettis au contrôle de l'inspection;
c) à procéder à tous examens, contrôles ou enquêtes jugés nécessaires pour s'assurer que les dispositions légales sont effectivement observées, et notamment:
i) à interroger, soit seuls, soit en présence de témoins, l'employeur ou le personnel de l'entreprise sur toutes les matières relatives à l'application des dispositions légales;
ii) à demander communication de tous livres, registres et documents dont la tenue est prescrite par la législation relative aux conditions de travail, en vue d'en vérifier la conformité avec les dispositions légales et de les copier ou d'en établir des extraits;
iii) à exiger l'affichage des avis dont l'apposition est prévue par les dispositions légales;
iv) à prélever et à emporter aux fins d'analyse des échantillons des matières et substances utilisées ou manipulées, pourvu que l'employeur ou son représentant soit averti que des matières ou substances ont été prélevées et emportées à cette fin.
2. À l'occasion d'une visite d'inspection, l'inspecteur devra informer de sa présence l'employeur ou son représentant, à moins qu'il n'estime qu'un tel avis risque de porter préjudice à l'efficacité du contrôle.
Ces dispositions, parfois mal ressenties par les représentants des employeurs mais aussi par certains salariés, sont évidemment indispensables à la constatation de certaines infractions et tout particulièrement de celles relatives au travail dissimulé. Les inspecteurs et contrôleurs peuvent se faire communiquer les registres tenus obligatoirement par l'employeur.
L'action de contrôle en matière d'hygiène et sécurité du travail, se concrétise de six manières possibles :
Le procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur donner conformément aux dispositions de l'article 40-1. Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs.
Mais l'inspecteur du travail est l'un des rares fonctionnaires à bénéficier du droit de déroger à cette obligation légale du fait de la convention 81 de l'OIT (dont la valeur juridique est supérieure à celle de la Loi) : Convention 81, Article 17 1.(...)2. Il est laissé à la libre décision des inspecteurs du travail de donner des avertissements ou des conseils au lieu d'intenter ou de recommander des poursuites.
Les agents de contrôle de l'inspection du travail ont également la possibilité de réclamer des sanctions administratives à l'encontre de sociétés de transports délinquantes devant une commission de sanctions administratives (CSA).
Leur action n'est limitée ni au contrôle et à l'engagement de poursuites pénales, ni au seul domaine de l'hygiène et sécurité du travail.
Une des spécificités de l'Inspection du travail française est son caractère généraliste. L'inspecteur du travail est compétent pour l'application de l'ensemble des Lois, règlements relatifs au travail salarié. Ils contrôlent également le respect des minima salariaux prévus par les conventions collectives étendues. Ils peuvent engager des procédures pénales lorsque ces dispositions sont assorties de sanctions de cet ordre. Ils renseignent le public sur l'ensemble des dispositions applicables en veillant, en application de la séparation des pouvoirs administratifs et judiciaires, à ne pas empiéter sur les compétences des tribunaux (conseil des prud'hommes principalement). Ce souci les conduit à terminer leurs courriers répondant à des demandes de renseignements par la formule rituelle « sous réserve de la décision des tribunaux compétents ».
Outre leur fonction de constat des infractions pénales et leur mission de renseignement du public, ils exercent un certain nombre de pouvoirs administratifs :
Les fonctions des inspecteurs du travail ne devraient pas comprendre la fonction d'agir en qualité de conciliateurs ou d'arbitres dans des différends du travail. Toutefois, il ne s'agit là que d'une recommandation (R81) accompagnant la convention (C81), et non de la convention elle-même, seule à avoir une force obligatoire.
Les agents de l'inspection du travail ont également un rôle de renseignement sur la règlementation auprès des salariés et des employeurs. L'article 15 de la convention 81 offre des garanties indispensables sur les conditions d'exercice de la fonction :
Leur action se heurte parfois à une opposition de la part d'usagers ou de leurs représentants qui peut prendre toutes les formes allant de la simple manifestation de mauvaise humeur, à l'obstacle à l'exercice des fonctions qui constitue un délit pénalement réprimé appelé « délit d'obstacle »6, parfois accompagné d'outrage, violence ou résistance impliquant alors, en outre la mise en œuvre des dispositions du code pénal relatifs à de tels faits. Une dramatique illustration récente de ces tensions est survenue le 2 septembre 2004, quand un agriculteur de Saussignac (Dordogne), tua un contrôleur du travail et un contrôleur de la mutualité sociale agricole, Sylvie Trémouille et Daniel Buffière. Le meurtrier a été condamné en mars 2007 par la Cour d'assises de la Dordogne à 30 ans de prison.
En charge du contrôle de la mise en œuvre de la prévention des risques professionnels dans les entreprises, l'inspection du travail subit de plein fouet, selon le témoignage d'un inspecteur du travail7, l'« effet miroir » des risques psychosociaux et de la plainte des salariés du privé, dans un contexte de réforme du service public8.
Selon le rapport 2009 de l'Inspection du travail 9, on comptait en 2009 :
pour 18 000 000 de salariés relevant du secteur privé.
Le WOCCQ est une méthode de diagnostic du stress et des facteurs de stress. Il a été validé scientifiquement par le Service de Psychologie du Travail de l‘Université de Liège. Plusieurs questionnaires permettent d’évaluer :
Ces deux questionnaires sont standardisés : des normes, calculées sur plusieurs milliers de salariés d’entreprises de taille et de secteurs différents, permettent de situer rapidement les résultats obtenus.
Un troisième questionnaire (le Relevé des situations problèmes) permet de récolter des données qualitatives, spécifiques au milieu étudié, sur les situations stressantes.
Il existe une version néerlandaise validée de la version française originale.
Cet outil s'adresse aux personnes en charge du bien-être psychosocial des travailleurs(euses).
La politique de diffusion adoptée par le Service de Psychologie du Travail de l’ULg est la suivante : rendre ces acteurs autonomes dans l’utilisation du WOCCQ tout en assurant un minimum de garanties de qualité dans l’usage de l’outil (respect des aspects méthodologiques et déontologiques lors de l’utilisation du WOCCQ).
Différentes actions ont été menées pour simplifier l’utilisation du WOCCQ et le rendre accessible : standardisation des questionnaires et création d’une base de données (simplification de la lecture des résultats), création d’un outil de traitement automatique des données (la WOCCQTool), mise en place d’un système d’enquête en ligne (le WOCCQOnline), et réalisation d’un dispositif de formation à distance et d’aide-en-ligne (l’e-WOCCQ).
Le WOCCQ dresse un tableau général de la situation au niveau du stress et du bien-être au sein de l'organisation. En outre, le WOCCQ permet de repérer les groupes spécifiques qui montrent un risque élevé de stress. A cet égard, des mesures ciblées sont possibles. En outre, les scores permettent d'établir un classement selon les priorités.
http://www.respectophetwerk.be/fr/toolkit/wocqq/index_html/?euNetwork=&intNetwork=
Il n'y a pas si longtemps, on ne parlait pas des problèmes de santé au travail. Non pas qu'ils n'existaient pas, mais la règle du silence prévalait pour les sujets qui fâchent. Autres temps, autres moeurs: aujourd'hui, tout le monde s'exprime sur ces questions devenues une réelle préoccupation de l'opinion publique. Si l'on peut saluer cette évolution à bien des égards, la médaille a aussi son revers.
Comme d'autres sujets sensibles, la santé au travail est devenue un enjeu de communication. Pour les pouvoirs publics, les chefs d'entreprise, les institutions de prévention, le plus important, c'est de montrer qu'on s'en préoccupe, d'envoyer un signal fort à l'opinion. Cette tactique est finalement plus subtile que celle consistant à nier l'existence d'un quelconque problème.
La recette est simple. A grand renfort de communiqués, de journaux internes sous-traités à des boîtes de "com", de réunions de managers, on fait la promotion de l'action censée régler ces problèmes de santé… Bien malin alors celui qui repérera qu'on a soigneusement évité de remettre en cause les vrais facteurs de risque et les choix stratégiques des entreprises. Qu'il s'agisse des troubles musculo-squelettiques (TMS), du stress, ou des accidents du travail dans la sous-traitance, les remèdes apportés à ces maux sont souvent aussi efficaces qu'un cautère sur une jambe de bois. Parfois même, les "communicants" prennent le pas sur les professionnels de la prévention. L'impact médiatique est alors le seul but recherché.
Au gouvernement, on n'est pas loin de cette posture. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, n'a-t-il pas organisé deux conférences nationales sur les conditions de travail en moins d'un an? Du jamais vu. Et surtout de quoi donner le tournis aux partenaires sociaux. N'a-t-il pas innové avec, pour la première fois, un spot publicitaire sur les TMS - au demeurant très percutant? Voilà un responsable politique qui n'hésite pas à s'afficher sur les conditions de travail.
Evidemment, à Santé & Travail, nous sommes moins emballés. Nous ne pouvons pas nous empêcher de relever que, sur la grande cause nationale des TMS, les pouvoirs publics se sont bien gardés de lancer une campagne d'action de l'Inspection du travail. Demander des comptes aux "entreprises à TMS" aurait complété utilement la campagne de spots télé… mais c'était politiquement sensible et médiatiquement peu rentable.
Au milieu de ces pièges à "com", les acteurs de la santé au travail sont souvent désemparés. Comment séparer le bon grain de l'ivraie? Comment argumenter sur l'inefficacité des mesures de prévention dictées par les communicants? La réponse des éditeurs de Santé & Travail est simple: faciliter l'accès à une information indépendante et de qualité et organiser le débat public. A partir de ce numéro, Santé & Travail sera donc disponible en kiosque et, le 15 octobre, nous organisons les premières rencontres de notre magazine, sur le thème "Déjouer les pièges des risques psychosociaux". Vous n'aurez plus aucune excuse si vous vous laissez encore avoir!