D'origine juive, née en Allemagne le jour du Yom Kippour (Jour du grand Pardon) 1891,
Edith Stein
est élevée avec ses six frères et sœurs par leur mère veuve, énergique
et juive convaincue. D'une intelligence très vive, Edith se passionne
pour la philosophie, déclarant que la soif de vérité est sa seule
prière. En même temps, elle milite pour la justice sociale et la
promotion des valeurs de la féminité. Lorsque la guerre de 1914-1918
éclate, Edith est à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Elle est
l'assistante de Husserl, fondateur de la phénoménologie, qui devient son
maître à penser. Elle commence à découvrir des aspects de la foi
chrétienne : la prière, le
"Notre Père" et des écrits de saint Thomas d'Aquin. Un jour, chez des amis, elle trouve
"Le château intérieur ou le Livre des Demeures", autobiographie de sainte Thérèse d'Avila.
C'est
l'illumination après un long cheminement intellectuel. Edith demande et
reçoit le baptême chrétien. Loin de renier ses racines juives, elle les
poussera à leur accomplissement. Elle enseigne chez les dominicaines de
Spire et fréquente l'abbaye bénédictine de Beuron. Malgré la douleur de
sa mère, Edith entre au Carmel de Cologne et devient soeur
Thérèse-Bénédicte de la Croix. Sa soeur Rose la rejoint comme membre du
Tiers-Ordre du Carmel.
Edith a offert sa vie à Dieu pour la
rédemption du peuple d'Israël, alors que se déclenche la persécution des
Nazis. Avec sa soeur, elle doit se réfugier au carmel d'Echt en
Hollande. Elles y seront arrêtées, emmenées à Auschwitz et exécutées le 9
août 1943. Prophète du sacrifice de soi, de la tolérance et du respect
des valeurs de l'esprit, sainte Edith Stein a été proclamée patronne de
l'Europe par Jean-Paul II le 1er octobre 1999, dans la suite de
Catherine de Sienne et avec Brigitte de Suède.
Edith est un nom d'origine germanique qui a le sens de "richesse" (od).
Edith Stein, un parcours unique ! par college-des-bernardins
Informations bibliographiques sur Edith Stein
Edith Stein, en
religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, née le
12 octobre 1891 à
Breslau, dans l'
Empire allemand, déportée le
2 août 1942, internée au camp d'
Auschwitz, dans le territoire polonais occupé par l'
Allemagne nazie où elle fut mise à mort le
9 août 1942, est une
philosophe et
théologienne allemande d'origine
juive devenue
religieuse carmélite. Elle a été canonisée par le pape
Jean-Paul II le
11 octobre 1998.
« Philosophe crucifiée »1,
co-sainte patronne de l'Europe par le pape Jean-Paul II le
1er octobre 1999, à l'ouverture du synode des évêques sur l'Europe, en même temps que
Brigitte de Suède et
Catherine de Sienne2.
Née dans une famille
juive, elle passe par une phase d'
athéisme.
Étudiante en philosophie, elle est la première femme à présenter une
thèse dans cette discipline en Allemagne, puis continue sa carrière en
tant que collaboratrice du philosophe allemand
Edmund Husserl, le fondateur de la
phénoménologie.
Une longue évolution intellectuelle et spirituelle la conduit au
catholicisme auquel elle se convertit en 1921
3.
Elle enseigne alors et donne des conférences en Allemagne, développant
une théologie de la femme, ainsi qu'une analyse de la philosophie de
Thomas d'Aquin et de la phénoménologie.
Interdite d'enseignement par le régime
national-socialiste, elle décide d'entrer au
Carmel, où elle devient religieuse sous le nom de Sœur « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Arrêtée par la
SS, elle est déportée et meurt
« pour son peuple » à
Auschwitz.
Biographie
Enfance et études
Son père, Siegfried Stein (1844-1893) est commerçant en bois dans une
scierie. Il épouse le
2 août 1871 Auguste Stein (1849, 1936), et s'installe à
Gleiwitz (
Haute-Silésie), où naissent leurs six premiers enfants : Paul (1872-1943, mort au camp de concentration de
Theresienstadt), Selma (1873-1874), Else (1876-1954), Hedwig (1877-1880), Arno (1879-1948), Ernst (1880-1882)
A 1.
En
1882,
la famille s'installe à Lublinitz, où Siegfried fonde sa première
entreprise avec l'aide de sa belle-famille. C'est une période difficile
pendant laquelle l'aide familiale lui permet de ne pas sombrer dans la
misère. C'est là que viennent au monde les derniers enfants du couple
Stein : Elfriede (1881-1942, morte en
camp de concentration), Rosa (1883-1942 morte avec Édith à
Auschwitz), Richard (1884, mort-né), Erna (1890-1978)
A 1.
Maison de famille d'Édith Stein à
Wroclaw.
Édith Stein naît le
12 octobre 1891 à
Breslau, jour de
Kippour4, ce qui la rend particulièrement chère à sa mère, juive pratiquante
5. Son père, Siegfried Stein, meurt d'une
insolation quand Édith n'a pas encore trois ans
A 1.
Sa mère, femme très religieuse, doit alors subvenir aux besoins de sa
famille et diriger l'entreprise familiale. Cette lourde tâche demande
beaucoup de rigueur et de travail, discipline qu'Auguste Stein essaie de
transmettre à ses enfants, ainsi que sa foi juive. Édith Stein raconte
d'ailleurs que comme elle est la dernière de sa famille, c’est à elle
qu'il revient, d'après la tradition juive libérale, de poser les
questions liturgiques lors des fêtes juives, questions qui donnent lieu à
des explications plus complètes par le célébrant.
Edith Stein entame sa scolarité à l'école Victoria en
1896,
année où, pour la première fois en Prusse, les filles sont autorisées à
passer le baccalauréat. Elle se retrouve très vite dans la classe
supérieure. Une camarade de classe dit d'elle : «
Sa précocité
n'avait rien de surprenant, elle y était poussée par ses aînés, mais
l'irrésistible orgueil qu'elle développa et dont la tension pouvait
aboutir à des larmes et à la colère quand elle n'obtenait pas ce qu'elle
souhaitait ou n'était pas la première, la meilleure, était moins
positif... c'était une excellente élève »
6. À partir de 13 ans, elle commence pour Kippour à
jeûner jusqu'au soir, suivant la tradition juive. Elle conserve cette pratique même lorsqu'elle quitte sa famille et ne prie plus
B 1.
À partir de
1904,
les filles sont admises au lycée. Toutefois, arrivée à l'adolescence,
Edith Stein refuse de rentrer au lycée et demande à arrêter ses études
en 1906 à l'âge de 15 ans. Elle part dix mois à
Hambourg aider sa sœur Else qui vient d'avoir un enfant. C'est à cette époque qu’Edith Stein cesse de prier
A 2 : «
En pleine conscience et dans un choix libre, je cessai de prier »
5.
En septembre
1907, elle revient à
Breslau.
Elle retrouve un grand appétit de savoir et, alors qu'elle a quitté le
collège volontairement, se remet avec brio aux études. Elle rattrape
rapidement son retard et intègre le lycée en septembre
1908. Pendant cette période, Édith Stein lit et étudie beaucoup. Elle affirme plus tard que «
ces lectures littéraires de l'époque me nourrirent pour ma vie entière »
C 1. C'est pendant cette période qu'elle commence aussi à découvrir la
philosophie et notamment la lecture de
Friedrich von Schiller, disciple d'
Emmanuel Kant.
Edith Stein prend alors un engagement politique, en devenant membre
de la section locale de « L'Association prussienne pour le vote des
femmes »
A 3. Elle soutient, avec sa sœur Erna et ses amies, l'aile la plus radicale du mouvement féministe autour d'
Anita Augspurg, d'
Hélène Stöcker et de
Linda Gustava HeymannA 3. (L'aile est radicale dans le sens où elle réclame une égalité totale entre hommes et femmes.)
Édith Stein obtient son
baccalauréat avec succès en
1911, et décide de poursuivre des études universitaires en
philosophie.
La philosophe
Plaque commémorative d'Édith Stein à
Prague.
Université à Breslau
Edith Stein est persuadée que «
nous sommes sur terre pour être au
service de l'humanité (...) Pour s'y employer du mieux possible, il
faut faire ce à quoi l'on incline »
A 4,C 2. Elle entame alors de brillantes études à l'université de
Breslau, aidée par l'argent (plusieurs milliers de
marks) légué par sa grand-mère Johanna Stein
A 5. Elle décide d'étudier de nombreuses matières : les langues indo-européennes, l'
allemand ancien, l'histoire du
drame allemand, l'histoire de la
Prusse et de
Frédéric le Grand, l'histoire de la constitution anglaise, la philosophie de la nature, l'introduction à la
psychologie, l'initiation au grec enfin. Édith Stein étudie particulièrement l'histoire, se considérant comme «
passionnée aux événements politiques du présent considérés comme l'histoire en devenir »
C 3.
Elle tire de cette période de sa vie les nombreux exemples historiques
qu'elle utilise par la suite dans ses conférences. Elle étudie aussi la
psychologie auprès de
William Stern7, et la philosophie dispensée par
Richard Hönigswald. C'est au cours de ces études de psychologie qu'elle se déclare athée
8.
Son ami d'études, Georg Moskiewicz, qui étudie la psychologie avec
elle, lui parle en 1912 de l'orientation philosophique nouvelle que
présente la
phénoménologie d'
Edmund Husserl.
Elle décide alors de l'étudier et se trouve séduite par le procédé de
réduction phénoménologique. C'est cette découverte qui la pousse à aller
à
GöttingenB 2.
Elle participe aussi à deux associations
C 4 :
la première est l'association Humboldt d'éducation populaire, qui donne
gratuitement des cours de soutien scolaire à des ouvriers et des
employés. Elle y donne des cours d'
orthographe.
La seconde est une association de femmes, visant à l'égalité des sexes
et organisant des petits débats. Elle fait la connaissance à
Breslau
de Kaethe Scholz, une enseignante qui anime des cours de philosophie
auprès de femmes. Son exemple inspire Édith Stein dans la fondation de
son « Académie » en 1920.
Études à Göttingen
Edith Stein poursuit ses études à
Göttingen, où elle suit, à partir de
1913, les cours du philosophe
Leonard Nelson, l'historien
Max Lehmann (élève de l'historien
Leopold van Ranke), dont Édith Stein se dit « la petite fille spirituelle »
A 6. Grâce à son ami Georg Moskiewicz
A 7 Édith Stein est acceptée dans la Société de philosophie de Göttingen, qui rassemble les principaux membres de la
phénoménologie naissante :
Edmund Husserl,
Adolf Reinach, et
Max Scheler principalement. De ces rencontres, elle garde une correspondance personnelle et approfondie avec
Roman Ingarden,
Hans Lipps,
Alexander Koyré, parmi les plus importants. Elle fera par la suite connaissance avec
Dietrich von Hildebrandt, et surtout
Hedwig Conrad-Martius,
Théodor Conrad, qui deviendront des amis très proches.
Edith Stein décide alors de préparer son examen d'État, première étape avant la thèse. Elle suit les conférences de
Max Scheler,
qui organise ses allocutions à partir de son nouvel essai intitulé « Le
formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs »
(1913-1916), et à la lecture duquel Édith Stein trouve de nombreuses
inspirations pour ses travaux sur l'
empathie. Malgré de grosses difficultés, elle poursuit ses études avec l'aide de Reinach. L'examen est prévu pour novembre
1914.
Première Guerre mondiale
Lors de la
Première Guerre mondiale, Edith Stein décide de retourner à Breslau. Dans l'immédiat, elle veut servir et aider de son mieux. Elle fréquente un cours d'
infirmière. Pour elle, ce sont des temps difficiles.
Elle écrit : «
Quand la guerre sera finie, si je vis encore, je pourrai à nouveau penser à mes occupations personnelles »
A 8.
Elle retourne à Göttingen pour passer son examen d'État, passe les
épreuves et, début janvier, obtient le diplôme avec la mention « très
bien ».
Suite à son examen, elle postule à nouveau à la
Croix Rouge,
et est envoyée à l'hôpital militaire de Mährish-Weisskirchen, en
Autriche. Elle soigne les malades du service des maladies infectieuses,
travaille en salle opératoire, voit mourir des hommes dans la fleur de
l'âge, issus de toute l'Europe de l'Est. Cette expérience la marque
profondément. C'est une sorte d'expérience pratique d'empathie: comment
communiquer avec des hommes dont on connaît peu la langue?
Elle obtient la médaille de la bravoure pour son dévouement
B 3. Epuisée, elle est invitée à rentrer chez elle et n'est plus rappelée.
Thèse de philosophie
Par la suite, elle décide de se consacrer sérieusement à sa thèse.
Elle fait désormais partie du cercle intime de ses maîtres. Son ami
Reinach se convertit au
protestantisme au cours de la guerre
9. Il est baptisé le 9 avril 1916. Édith Stein côtoie de plus en plus de chrétiens dans le cercle de philosophes.
Elle poursuit sa thèse tout en étant professeur remplaçante à
Breslau. Elle décide de suivre
Edmund Husserl à
Fribourg-en-Brisgau, où elle est l'une des premières femmes à obtenir sa thèse
summa cum laude en
1917, avec le soutien de
Edmund HusserlF 1. Celle-ci est intitulée : « Sur le problème de l'empathie », qu'elle définit comme «
une expérience sui generis
,
l’expérience de l'état de conscience d'autrui en général (…)
L'expérience qu'un moi en général a d'un autre moi semblable à celui-ci ».
Elle fréquente beaucoup un étudiant polonais,
Roman Ingarden, dont elle devient amoureuse
10. Son travail enthousiasme Husserl qui a l’impression qu'elle anticipe sur une partie de ses
IdéesB 3.
Collaboration avec Husserl
Elle devient ensuite l'assistante d'
Edmund Husserl en lui proposant ses services après avoir passé sa thèse, en 1916
F 2. Elle apprend la sténographie afin de pouvoir lire les notes d'Husserl
F 2. Elle donne des cours d'initiation à la pensée du philosophe. Elle synthétise les tomes 2 et 3 des
Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures.
Elle rédige aussi à partir des notes d'Husserl l'ouvrage
Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, ouvrage qui est édité par
Martin Heidegger en 1928 sans mentionner correctement la contribution d'Edith Stein.
Sa recherche philosophique porte essentiellement sur la personne
humaine, les relations interpersonnelles, les communautés d’appartenance
(État, peuple, groupe ethnique, religieux, etc.). Elle insiste sur le
sens des valeurs, la liberté, le refus du
totalitarisme.
Au cours de ces années de recherche elle tente de synthétiser avec
ses propres notes l'ensemble de la pensée d'Husserl. Elle remanie cet
ouvrage tout au long de sa vie. Il est publié en 1991 sous le titre
« Introduction à la philosophie »
A 9.
Cependant Husserl refuse de soumettre Edith Stein à l'
habilitation,
ce qui lui permettrait d'être titulaire d'une chaire. Son opposition
semble fondée sur sa crainte de voir échouer ce processus, dans la
mesure où encore aucune femme n'est titulaire de chaire de philosophie
en Allemagne
11. De plus, comme beaucoup des nombreux professeurs juifs, Husserl est lui-même en position difficile.
Elle est très touchée par la mort au front de son ami Reinach
12.
Elle "hérite" de ses notes philosophiques, où Reinach essaie de
comprendre sa propre évolution religieuse. C'est elle qui met en ordre
et fait connaître ses notes.
Conversion et engagements
Engagement politique et féminisme
Édith Stein s'intéresse beaucoup aux questions concernant les
femmes. Elle milite ainsi pour le droit de vote des femmes (qui est obtenu en
1919
en Allemagne). Elle entre dans l'organisation « Association prussienne
pour le droit des femmes au vote ». En janvier 1919, elle s’engage au
« DDP », le Parti démocrate allemand, un parti de centre-gauche qui
abrite des féministes ainsi que des personnalités juives. Alors que dans
sa jeunesse elle se dit sensible à l'idéal prussien, elle devient de
plus en plus critique devant le militarisme de la Prusse et l'
antisémitisme ambiant. Elle écrit en
1919 :
« De toute façon, nous (les Juifs) ne pouvons attendre aucune sympathie
plus à droite ». Elle dénonce à son ami polonais Roman Ingarden
« l'effroyable
antisémitisme qui règne ici ». Progressivement, la grande idéaliste est déçue par la réalité de la politique
E 1. Plus tard, elle écrit : « Jeune étudiante, je fus une
féministe
radicale. Puis cette question perdit tout intérêt pour moi. Maintenant
je suis à la recherche de solutions purement objectives »
5.
Elle continue d'être européenne, de refuser le triomphalisme prussien à propos de
Sedan et écrit devant le carnage de la
Première Guerre mondiale :
« Deux choses seulement me maintiennent la curiosité en éveil : la
curiosité de voir ce qui va sortir de l'Europe, et l'espoir d'apporter
ma contribution en philosophie »
13. Dans ses lettres des
années 1930, elle parle des auteurs
polonais, du français
Romain Rolland
qu'elle apprécie, et refuse de voir la communauté humaine se déchirer à
cause de nationalismes exacerbés. C'est sans doute l'origine commune de
son féminisme comme de son pacifisme. Elle dit ainsi qu'elle a « de
chaudes discussions »
14 au sein de ce parti.
Edith Stein est la première femme devenue docteur en philosophie en
Allemagne et la première à avoir demandé officiellement que les femmes
soient admises à présenter une habilitation au professorat. Au cours des
années
1918 à
1919, elle publie
L'Individu et la communauté, sous le titre
Contributions à un fondement philosophique de la psychologie et des sciences humaines, se détachant de la pensée d'Husserl, et évoquant la
religion.
Face aux discriminations sur son habilitation, elle écrit au Ministre
de la Culture allemand, qui lui donne raison, affirmant la possibilité
pour une femme d'être professeur d'université. Cependant, malgré toutes
ses démarches elle est refusée à
Kiel,
Hambourg, et Göttingen
A 10. Face à cette opposition elle fonde une académie privée, et accueille trente auditeurs chez elle, dont le futur sociologue
Norbert EliasA 11. Elle poursuit sa réflexion en publiant
Étude sur l'État, où elle décrit les différentes notions d'individu, de communauté, de masse et d'État. Elle s'oppose donc à l'
idéologie du
national socialisme allemand, ainsi qu'aux idéologies
marxistes.
Elle observe vers la fin de sa vie le chemin parcouru concernant les
droits obtenus par les femmes et le changement de mentalités et rédige
un nouvel ouvrage :
Formation de femme et profession de femme où
elle explique que « les jeunes filles passent aujourd'hui le
baccalauréat et s'inscrivent à l'université en ignorant le plus souvent
ce qu'il a fallu de réunions, résolutions, pétitions adressées au
Reichstag ou aux
Staatsregierungen pour que s'ouvrent aux femmes, en
1901, les portes de l'université allemande »
15.
Rencontre du Christ
La
conversion d'Edith Stein est précédée d'une longue recherche intellectuelle et spirituelle qui s'étend des années
1916 à
1921. La première étape de sa conversion a été une expérience marquante lors de la visite d'une
cathédrale à
Francfort-sur-le-Main où elle rencontre une femme venant du marché qui entre, fait une courte
prière, comme une visite, puis s'en va. Stein explique : « C’était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les
synagogues et les
temples
que je connaissais, quand on s’y rendait c’était pour l’office. Ici, au
beau milieu des affaires du quotidien, quelqu’un pénétrait dans une
église comme pour un échange confidentiel. Cela, je n’ai jamais pu l’oublier »
14.
Elle est aussi profondément marquée par la mort de son ami Reinach,
mais c'est l'attitude de sa femme, qui est, selon l'affirmation d'Edith
Stein, l'élément le plus marquant. Pauline Reinach croit dans la vie
éternelle, et trouve une consolation et un courage renforcé dans sa
foi en
Jésus. À travers cette expérience, elle découvre l'existence d'un amour surnaturel
16. Elle affirme plus tard que « la cause décisive de sa conversion au
christianisme
fut la manière dont son amie accomplit par la force du mystère de la
Croix le sacrifice qui lui était imposé par la mort de son mari »
17.
Dans le cercle des phénoménologues, les
conversions au christianisme se multiplient (ses amies Anne et Pauline Reinach, F. Hamburger et H. Conrad notamment)
18,B 4. Mais c’est en août
1921 qu’Edith Stein opte définitivement pour la
foi catholique. Lors d'une visite à ses amis Conrad-Martius, Edith Stein lit, ou relit, un livre que lui ont offert les Reinach : la
Vie de sainte Thérèse de Jésus, par elle-même. Cet épisode est l’aboutissement de sa longue quête de la vérité
E 2. Elle affirmera plus tard, dans un écrit objectif, que
« l'on peut avoir conscience de la vérité, sans l'accepter, en refusant de se placer sur son terrain »G 1. Dès ce moment elle veut être
carmélite.
Annoncer sa conversion à sa mère est très difficile. Elle affirme en
effet : « Quant à ma mère, ma conversion est la plus lourde peine que je
puisse lui porter »
19. Elle demande le
baptême au sein de l'Église catholique le
1er janvier 1922 et elle prend les noms de baptême : Edith, Theresia (même nom que Sainte
Thérèse d'Avila), Hedwig (nom de sa marraine
Hedwig Conrad-Martius). Elle fait sa
première communion le lendemain et est
confirmée le 2 février par l'évêque de Spire
A 12.
Conférences
Après son
baptême elle veut entrer dans l'
Ordre du Carmel, mais son père spirituel, le vicaire général de Spire, le lui déconseille et lui demande d'enseigner l'
allemand et l'histoire au lycée et à l'école normale féminine du couvent des
dominicaines de la Madeleine de Spire
A 13, ce qu'elle fait de
1922 à
1933.
C'est un grand centre de formation des enseignantes catholiques,
religieuses et laïques, de l'Allemagne du Sud. Edith Stein se plonge
ainsi dans la pédagogie tout en essayant de vivre ses journées comme les
religieuses, priant régulièrement et cherchant à être religieuse selon
le cœur
C 5. Elle décide de traduire en allemand, pendant ses temps libres, les œuvres de
John Henry Newman,
anglican converti au catholicisme
A 14. Elle poursuit sa traduction pour une maison d'édition intéressée par le travail de Newman
C 6.
Elle poursuit son travail de traduction encouragé par son père spirituel
P. Erich Przywara, en traduisant pour la première fois les écrits de saint
Thomas d'Aquin du latin en langue allemande (notamment les
Quaestiones disputatae de veritate). L'Église catholique ayant, en
1879, choisi, dans l'
encyclique Æterni Patris,
la philosophie de saint Thomas d'Aquin comme doctrine officielle de sa
théologie, Édith Stein tente donc l'idée d'une « discussion entre la
philosophie catholique traditionnelle et la philosophie moderne »
C 7. Ce travail durera plus de huit ans, et conduira aux écrits :
Les Questions de saint Thomas d'Aquin sur la Vérité,
La Phénoménologie de Husserl et la philosophie de saint Thomas d'Aquin,
Essai d'étude comparée,
Puissance et acte, et
Être fini et être éternel.
Le père Erich Przywara l'encourage à confronter saint Thomas d’Aquin et
la philosophie moderne. Elle écrira plus tard à propos de ces études
« Il
m'est apparu à la lecture de Saint Thomas qu'il était possible de
mettre la connaissance au service de Dieu et c'est alors, mais alors
seulement, que j'ai pu me résoudre à reprendre sérieusement mes travaux.
Il m'a semblé en effet que plus une personne est attirée par Dieu, plus
elle doit sortir d'elle-même pour aller vers le monde en y portant
l'amour divin »G 2.
Dès
1926
on la sollicite pour faire des conférences. C'est l'amorce d'une
carrière de conférencière qui la conduira à faire plus de trente
conférences à travers l'Allemagne
A 15. L'archiabbé
Raphaël Walzer de l'
abbaye de Beuron, son père spirituel à partir de
1928, et le
P. Erich Przywara
l’encouragent à répondre positivement à ces invitations. Elle commence
alors à donner des conférences, faisant de longs voyages en
Allemagne
et dans d'autres pays. Nombre de ses enseignements portent sur la place
de la femme dans la société et dans l'Église, sur la formation des
jeunes et sur l'
anthropologie. Elle prend résolument position contre le
nazisme et rappelle la dignité de tout être humain.
Au cours de ces conférences, elle affirme que l'éducation ne peut pas
tout obtenir par la force, mais doit aussi passer par le respect de
chaque individu et la grâce. Elle met donc en garde contre la
surveillance des étudiants, et montre le rôle exemplaire du professeur
dans l'éducation, plus que les moyens coercitifs
20. Son père spirituel lui conseille de continuer son œuvre, du fait de son statut de
laïc dans la société, fait rare à l'époque
A 16. Elle prend ainsi parti pour le dialogue entre
catholiques et
protestants au sein de l'éducation
21. Édith Stein obtient une notoriété importante au cours d'une conférence en
1930
sur « L'éthique des métiers féminins ». Seule femme à prendre la parole
au cours du Congrès, elle parle des métiers féminins et refuse la
misogynie de l'époque en affirmant qu'« aucune femme n'est seulement
femme, chacune présente des traits individuels et des dispositions
propres, tout comme l'homme, par l'aptitude à exercer telle ou telle
profession dans un domaine artistique, scientifique ou technique »
22. Les comptes-rendus de cette conférence sont repris dans de nombreux journaux de l'époque. Au cours d'une de ces conférences
A 17 elle discute avec
Gertrud von Le Fort, amie
poétesse.
Dans la Position, Gertrud von le Fort affirmera même (mais c'est de
mémoire quarante ans plus tard) qu'elle a été en contact avec Edith
Stein dès 1925-26 par le biais du P. Przywara. De cette rencontre naît
l'inspiration de l'œuvre
La Dernière à l'Échafaud, dont
Georges Bernanos s'inspire pour écrire les
Dialogues des Carmélites. En
1932 elle continue ses conférences demandant une éducation précoce de la sexualité
A 16.
Edith Stein continue parallèlement ses études de philosophie et est encouragée par
Martin Heidegger et
Honecker dans ses recherches dans le dialogue entre la
philosophie thomiste et la philosophie phénoménologique
A 16. En
1931, elle termine son activité à
Spire. Elle tente de nouveau d'obtenir l'habilitation pour enseigner librement à
Wroclaw et à
Fribourg, ce qu'elle n'obtient pas. Elle trouve un poste à l'Institut des sciences pédagogiques de
MünsterA 18,
institut géré par l’enseignement catholique (qui sera fermé par le
pouvoir nazi quelques années plus tard). Elle participe en septembre
1932 à une conférence à
Juvisy en France, organisé par la société Thomiste, ou elle intervient principalement sur la phénoménologie
23. Elle continue à dialoguer avec ses amis philosophes, dont
Hans Lipps qui la demande en mariage en 1932, demande qu'elle refuse
24, ayant trouvé un « autre chemin ».
Edith Stein prend progressivement son autonomie vis-à-vis d'
Husserl. Ainsi elle se trouve en désaccord avec lui sur le rôle de la
théologie et de la
philosophie. Elle considère que la philosophie a pour objectif d’ « approfondir les nécessités et les possibilités de l’être »
D 1,
par sa fonction de connaissance. Cependant, la philosophie d'Husserl
lui semble dans une impasse dans la mesure où elle ne permet pas
d’accéder aux questions de l'
éthique et de la philosophie de la
religion, ne laissant pas « de place pour
Dieu »
25.
La théologie et la philosophie « ne doivent pas se faire concurrence,
mais au contraire se compléter et s’enrichir réciproquement »
D 2. La théologie peut en effet servir selon elle d'
hypothèse permettant d'accéder au
logos.
Elle critique aussi le fait que la philosophie d’Husserl omette des
siècles de recherche chrétienne de la vérité en ne considérant que les
philosophes récents
B 5. Cette critique se poursuit avec l'analyse de l'œuvre de
Martin Heidegger. Elle conteste sa méconnaissance de la philosophie médiévale dans son analyse
B 6. Elle lui reproche de « reculer devant l'infini sans quoi rien de fini ni le fini comme tel n'est saisissable »
25.
Très vite après la prise du pouvoir par les nazis, les lois
allemandes interdisent aux femmes l'enseignement dans les universités
ainsi qu'aux Juifs. Cependant même lorsqu’elle est interdite
d'enseignement en
1933, l’Association des enseignantes catholiques continue à lui verser une bourse
A 19. Édith Stein est activement opposée au
nazisme, dont elle perçoit très tôt le danger. Interdite d'enseignements du fait de l'arrivée d'
Adolf Hitler au pouvoir, elle décide alors d'écrire au pape
Pie XI pour demander une prise de position claire de l'Église contre ce qu'elle nomme « l’idolâtrie de la race »
26,27. Celle-ci n'aura pas lieu du fait de la mort de
Pie XI, décès qui arrête la rédaction de l'encyclique condamnant l'
antisémitisme,
Humani generis unitas commencée en mai 1938. Certains pensent que la lettre d'Édith Stein peut avoir une influence dans l'origine de cette encyclique
B 7. La condamnation du nazisme par l'Église catholique a lieu dans l'encyclique
Mit brennender Sorge (
1937).
Alors qu'elle ne peut plus s’exprimer publiquement du fait des lois
antisémites, elle redemande alors à l’archiabbé Walzer de Beuron de
pouvoir rentrer au
Carmel.
Elle décide, suite à une conversation avec un religieux, d'écrire un livre sur l'
« Humanité juive »G 3 alors de rassembler ses souvenirs et écrit sous le titre
Vie d'une famille juive,
où elle décrit l'histoire de sa famille, en tentant ainsi de détruire
tous les préjugés antisémites et décrivant l'humanité juive. Ce récit
autobiographique s'arrête en 1916, peu de temps avant sa conversion. En
la fête de sainte
Thérèse d’Avila, le
15 octobre 1933, elle réalise enfin son rêve : elle entre au monastère.
Vie religieuse
Le choix du Carmel
Statue commémorant l’itinéraire d’Édith Stein à
Cologne.
Le choix du
Carmel
peut trouver plusieurs explications. La première raison est la lecture
des mystiques du Carmel, dans la mouvance des phénoménologues à partir
de 1917. En témoigne une conversation qui a lieu vers 1918
28:
dans une période de doute et de difficultés, Philomène Steiger (1896 -
1985), une amie catholique, lui parle de la quête du prophète
Élie, le définissant comme le véritable fondateur du Carmel, cherchant dans la solitude l'union à Dieu
A 20.
À cette époque, Edith Stein connaissait déjà les écrits du Carmel. La
deuxième raison, la plus importante, est sans doute son admiration pour
Thérèse d'Avila
et pour son œuvre qui l'ont conduite au Christ. Après la lecture de sa
biographie, elle avait fait le choix de devenir catholique et d'entrer
un jour au
Carmel afin de « renoncer à toutes les choses terrestres et vivre exclusivement dans la pensée du divin »
C 8.Mais,
comme elle le dit elle-même, elle découvre que la vocation
carmélitaine, loin d'être une fuite du "terrestre" est au contraire une
manière concrète d'incarner un "grand amour".
Entrée au Carmel de Cologne
En
1933, privée désormais comme juive du droit de s’exprimer publiquement, elle demande à entrer au
Carmel, malgré ses 41 ans. Elle est donc admise au Carmel de
Cologne. Elle prend l’habit le
15 avril 1934
et reçoit le nom de « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Ses supérieures
l’encouragent bientôt à reprendre ses travaux philosophiques. À Pâques
le 21 avril 1935, Édith Stein fait ses vœux temporaires. Elle a
l'autorisation de poursuivre ses études sur
Puissance et Acte, projet d'étude philosophique qu'elle poursuit jusqu'en 1939
A 21. Ses travaux conduisent Édith Stein à remanier de manière complète ce projet, qu'elle renomme
L’Être fini et l’Être éternel.
Cet écrit peut ainsi être considéré comme son œuvre majeure. Elle y
établit le chemin de la recherche de Dieu, qui passe par une recherche
de la connaissance de soi. L'ensemble de ses travaux ne pourra cependant
être publié, en raison des
lois anti-juives du
Troisième Reich. Elle renouvelle ses vœux temporaires le 14 septembre 1936. Au cours de cette cérémonie, elle affirmera
« Quand
mon tour est arrivé, de renouveler mes vœux, j'ai senti que ma mère
était près de moi, j'ai expérimenté clairement qu'elle était proche de
moi »G 4,29. Elle apprendra quelques jours plus tard que sa mère mourrait au même moment. Ce fut pour Edith Stein une profonde consolation
G 4.
Le 21 avril 1938, elle prononce ses vœux définitifs en tant que
carmélite. Devant le danger que présentent les lois nazies, Sœur
Thérèse-Bénédicte de la Croix a l'autorisation de partir au carmel
d’Echt, en
Hollande, le
31 décembre 1938A 22.
Sa sœur Rosa, qui s’est convertie elle aussi au catholicisme, l'y
rejoint plus tard après un séjour en Belgique (voir Lettres).
Carmel d’Echt
Édith Stein arrive au Carmel d'Echt, aux Pays-Bas, mais elle est
inscrite auprès des services de l'immigration néerlandais en tant que
juive. Elle est de plus en plus inquiète devant le sort de ses amis et
sa famille juive. Elle continue ses travaux mais demande à sa supérieure
de « s'offrir en sacrifice au
Sacré-Cœur
de Jésus pour la paix véritable ». Le 9 juin 1939, elle rédige son
testament, dans lequel elle « implore le Seigneur de prendre sa vie »
pour la paix dans le monde, et le salut des juifs
30.
L'annexion de la Hollande par l'Allemagne nazie conduit à une situation
de plus en plus difficile pour Édith Stein, soumise à un statut
particulier du fait de son origine juive. Néanmoins sœur
Thérèse-Bénédicte de la Croix continue d'écrire, conformément aux
souhaits de ses supérieurs. Elle est ainsi déchargée de ses travaux
manuels par sa supérieure au début 1941
B 8. À l'occasion du quatre-centième anniversaire de la naissance de
saint Jean de la Croix, sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix entreprend l'étude de sa
théologie mystique.
Stein avait préparé la rédaction de ce gros ouvrage par un court essai sur la théologie symbolique du
Pseudo-Denys l'Aréopagite, une des sources de la pensée de saint Jean de la Croix
31. Elle cherche à comprendre, avec le recul, comment certains arrivent à mieux découvrir Dieu à travers la création, la
Bible
et leurs expériences de vie, alors que pour d’autres, ces mêmes
éléments restent totalement opaques. Elle intitule son œuvre sur Jean de
la Croix
Scientia Crucis (
La Science de la Croix). Elle y fait une synthèse de la pensée du
carme
espagnol avec sa propre étude sur la personne humaine, la liberté et
l’intériorité. Contrairement à ce qui fut dit, les dernières études
graphologiques et littéraires montrent que l’œuvre est achevée au moment
de l’arrestation d’Édith Stein
32.
C’est une sorte de synthèse de son cheminement intellectuel et
spirituel. À travers l’expérience de saint Jean de la Croix, elle
cherche à trouver les « lois » générales du chemin que peut faire toute
intériorité humaine pour parvenir au royaume de la liberté : comment
atteindre en soi le point central où chacun peut se décider en pleine
liberté
33. Cependant Édith Stein cherche à quitter la
Hollande afin de partir vers un Carmel en
Suisse et vivre sa foi sans la menace des nazis. Ses démarches restent sans succès car elle est privée du droit d'
émigrer. Elle écrit en juin 1942 :
« Depuis
des mois, je porte sur mon cœur un petit papier avec la parole du
Christ: « Lorsqu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans une
autre »34,B 9.
Décès durant la Shoah
Face à l'augmentation de l'antisémitisme en Hollande, les
évêques néerlandais décident
B 10,
contre l'avis du pouvoir en place, de condamner les actes antisémites
par la lecture lors de l'homélie d'une lettre pastorale dans les églises
le 26 juillet 1942
35,36. Suite à cette lettre, un décret du 30 juillet 1942 conduit à l'arrestation des « Juifs de religion catholique »
37,38.
Elle est arrêtée le
2 août 1942 par les
S.S.
avec sa sœur Rosa et tous les Juifs ayant reçu le baptême catholique.
Ses dernières paroles sont, d'après un témoin, pour sa sœur « Viens,
nous partons pour notre peuple »
39,40.
Elle est déportée avec sa sœur dans les camps d'Amerfort, puis celui de
WesterborkB 11.
Elle y retrouve deux de ses amies et « filles » spirituelles, deux
jeunes filles juives devenues catholiques : Ruth Kantorowicz et Alice
Reis. Au camp de
Westerbork, elle croise une autre grande mystique juive du
XXe siècle,
Etty Hillesum, qui vient d’être embauchée par le Conseil juif du camp pour aider à l’enregistrement. Cette dernière consigne dans son
Journal
la présence d’une carmélite avec une étoile jaune et de tout un groupe
de religieux et religieuses se réunissant pour la prière dans le
sinistre décor des baraques
E 3. À l’aube du 7 août, un convoi de 987 Juifs part en direction d’
Auschwitz. Toutes les personnes du convoi sont gazées au camp d'extermination d’
Auschwitz-Birkenau en
Pologne, le
9 août 1942.
Postérité
Reconnaissance posthume
Canonisation
Portrait d'Edith Stein sur un timbre créé pour la commémorer en 1983.
Édith Stein est béatifiée par
Jean-Paul II, le 1
er mai
1987, à Cologne, pour l’héroïsme de sa vie et sa mort en
martyre, assassinée «
ex odio fidei » (en haine de sa
foi catholique)
41. Avec sa béatification dans la
cathédrale de Cologne
l’Église honore, comme le dit le pape Jean-Paul II, « une fille
d’Israël, qui pendant les persécutions des nazis est demeurée unie avec
foi et amour au Seigneur Crucifié, Jésus Christ, telle une catholique,
et à son peuple telle une Juive»
5.
Cette homélie de Jean-Paul II montre l'importance reconnue du peuple
juif et de la tradition hébraïque dans la vie d'Edith Stein
42. Elle est par la suite
canonisée par le pape
Jean-Paul II le
11 octobre 1998 et proclamée co-patronne de l’
Europe le
1er octobre 199943.
Le 11 octobre
2006, le
pape Benoît XVI bénit une grande statue de sœur Thérèse Bénédicte de la Croix placée dans la partie extérieure de l’
abside de la
basilique Saint-Pierre du
Vatican dans une niche entre les patrons de l’Europe
44.
Benoît XVI cite par ailleurs en exemple Édith Stein dans son discours lors de sa visite à
Auschwitz le 28 mai 2006
45
affirmant : « de là apparaît devant nous le visage d'Édith Stein,
Thérèse Bénédicte de la Croix : juive et allemande, disparue, avec sa
sœur, dans l'horreur de la nuit du camp de concentration allemand-nazi ;
comme chrétienne et juive, elle accepta de mourir avec son peuple et
pour son peuple (...) mais aujourd'hui, nous les reconnaissons en
revanche avec gratitude comme les témoins de la vérité et du bien, qui,
même au sein de notre peuple, n'avaient pas disparu. Remercions ces
personnes, car elles ne se sont pas soumises au pouvoir du mal, et elles
apparaissent à présent devant nous comme des lumières dans une nuit de
ténèbres »
46.
Lors de la béatification d'Edith Stein, celle-ci fut béatifiée pour
deux raisons, la première est celle de la reconnaissance de sa vie
vertueuse et héroïque, mais aussi celle de martyre
47. Avec la
canonisation d’Édith Stein, en
1998 une polémique est née, certains reprochant au pape
Jean-Paul II d'avoir voulu « récupérer » la
Shoah, à travers sa
canonisation. Ainsi des personnalités juives critiquèrent le pape lui demandant d’annuler la canonisation
48, voyant en celle-ci une tentative pour réaliser la « christianisation de la Shoah »
49,50.
Cette polémique semble en partie due à une mauvaise interprétation du
discours du pape Jean-Paul II qui affirma : « En célébrant désormais la
mémoire de la nouvelle sainte, nous ne pourrons pas, année après année,
ne pas rappeler aussi la Shoah, ce plan féroce d’élimination d’un peuple
qui coûta la vie à des millions de frères et sœurs juifs »
50. Certains ont cru y voir l’institution d’une journée commémorant la
Shoah, or il s’avère que cette journée n’a jamais été instituée et que les propos ont sans doute été sur-interprétés
50.
Autres reconnaissances
En
2008, Édith Stein entre au «
Walhalla », mémorial des personnalités marquantes de la civilisation allemande. La chaîne télévisée publique allemande
ZDF consacra une émission entière sur Édith Stein dans le cadre d'
Unsere Besten, consacrant les plus grands Allemands de tous les temps. Un film est sorti en
1995 :
La Septième demeure, dans lequel
Maia Morgenstern joue le rôle d'Édith Stein.
Héritage
Théologie d’Edith Stein
Vision de la Femme
Mémorial de l'abbaye de
Beuron en Allemagne
Édith Stein a très tôt été marquée par sa condition féminine.
Première femme Docteur ès philosophie d’Allemagne, elle s’est engagée
personnellement afin de défendre la possibilité pour les femmes d’aller à
l’université et d’y enseigner, malgré les nombreuses réticences du
début du
XXe siècle.
Sa
conversion va l’engager sur une autre voie. Elle pense alors que les revendications
féministesB 12 ne suffisent pas: il faut développer une théologie
catholique de la femme, ce qu'elle fait à travers de nombreuses conférences dans toute l’Allemagne. Cette
théologie spécifique à la condition féminine, qui était quasiment inexistante dans l’enseignement catholique, sera développée par
Jean-Paul II, qui semble avoir été influencé par l’analyse d’Édith Stein, dans la lettre apostolique
Mulieris dignitatem51.
Certaines de ses conférences ont été regroupées en français dans un premier recueil
La Femme et sa destinée, suivi en français de
La femme. Ces livres abordent de nombreux thèmes comme l’
éducation de la femme, sa
vocation,
son statut particulier. À partir d’une analyse philosophique Edith
Stein affirme l’unité de l’humanité, puis une différenciation des genres
qui la conduit à affirmer que la femme a trois buts fondamentaux :
« l’épanouissement de son humanité, de sa féminité et de son
individualité ». En se fondant sur le récit de la
Genèse et de l’
Évangile, démarche reprise par
Jean-Paul II dans son magistère, elle prend la
Vierge Marie
pour modèle, et affirme son rôle essentiel dans l’éducation. Cependant,
elle nie l’opposition de l’époque affirmant que les femmes doivent se
cantonner à la seule sphère familiale et affirme que la vocation de la
femme peut avoir une vie professionnelle : « Le but qui consiste à
développer les capacités professionnelles, but auquel il est bon
d’aspirer dans l’intérêt du sain développement de la personnalité
individuelle, correspond également aux exigences sociales qui réclament
l’intégration des forces féminines dans la vie du peuple et de l’État »
D 3.
Cette affirmation est d’autant plus forte qu’elle considère comme une
perversion de la vocation féminine la vie des « jeunes filles de bonnes
familles et des femmes oisives des classes possédantes »
A 23.
Elle affirme, en s’appuyant sur saint
Thomas d’Aquin, qu’il existe des professions naturelles de la
femme52,
s'appuyant sur des prédispositions féminines. Prédispositions qui
n’empêchent pas une singularité et des dispositions singulières, comme
chez les hommes. Elle affirme plus loin qu’« un authentique métier
féminin, c'est un métier qui permet à l’âme féminine de s’épanouir
pleinement »
D 4.
La femme doit donc se réaliser dans sa profession en recherchant ce qui
est le plus dans sa vocation. Elle doit veiller à conserver « une
éthique féminine »
D 5 dans sa profession, en prenant la
Vierge Marie comme modèle de la Femme et dans sa destinée
D 6.
Cette réalisation doit aussi comprendre une mission spirituelle de la femme, qui se réalise par la vie en Dieu, la
prière et les
sacrements. Dans cette logique elle critique le manque d’instruction donnée aux femmes, et le manque d’enseignement du
catéchisme auprès des femmes
D 7,
l’éducation se focalisant trop sur la piété. Elle affirme ainsi que
« la foi n’est pas une affaire d’imagination, ni un sentiment de piété
mais une préhension intellectuelle ». Elle mettra en garde les
institutions religieuses, qui, dans l’éducation religieuse, utilisaient
trop souvent des moyens
coercitifs afin de développer la
piété.
La foi ne pouvant s’obtenir qu’en vertu de la Grâce, elle affirme la
nécessité non pas des contrôles mais de l’exemple dans l’éducation des
filles
A 24.
Vision du judaïsme
La vision du
judaïsme d’Édith Stein évolue tout au long de sa vie. Née dans une famille juive, elle abandonne sa foi juive, pour devenir
athée, ou en tout cas non pratiquante et agnostique, dès l’adolescence. Cet
athéisme est remis en question par sa rencontre du
Christ.
Cette conversion conduit Édith Stein à un approfondissement de sa foi
et à se ré-approprier progressivement ses racines juives et à exprimer
sa foi chrétienne d’une manière originale
E 4.
Edith Stein ne renie pas son origine
juive, mais l’assume, en se considérant toujours comme appartenant au peuple juif. Elle considère ainsi que
Jésus de Nazareth est un juif pratiquant, comme ses disciples des premiers temps. Il en va de même de l’
Église,
le groupe actuel de ses disciples. L’Église doit donc rester pleinement
consciente de cet enracinement et doit être solidaire du peuple juif
persécuté
53. Ainsi c’est cette réflexion et cette filiation qui conduisent Édith Stein à écrire au Pape
Pie XI contre l’
antisémitismeB 13, et à agir contre l’antisémitisme tout au long de sa vie
54. Elle revendique par ailleurs son héritage juif, par exemple en
1932. Lors d'un séjour à Paris, elle parle « des nôtres » ou de « nous » lorsqu'elle parle de ses amis philosophes juifs
B 14, ce qu'elle fera continument tout au long de sa vie.
Dans son œuvre présentée comme autobiographique
Vie d’une famille juive, Édith Stein veut, selon l’avant-propos, produire une réfutation de l’
antisémitisme nazi
à travers la présentation de la vie de sa famille et de ses amis juifs,
dont elle est totalement solidaire, cherchant à faire disparaître les
préjugés antisémites. Cet héritage est vécu par Édith Stein de façon
plus personnelle ; elle écrit ainsi en 1932 : « J'avais entendu parler
de mesures sévères prises à l'encontre des Juifs, mais à ce moment-là
l'idée se fit jour en moi, soudainement, que
Dieu venait à nouveau de poser lourdement sa main sur mon peuple et que le destin de ce peuple était aussi le mien »
B 15. Elle écrit
La Prière de l'Église, où elle réaffirme le lien profond, vital, entre le
catholicisme et les juifs, affirmant que « le Christ priait à la manière d'un Juif pieux, fidèle à la Loi »
55.
Elle affirme dans la même logique qu'il existe une richesse passée et
présente de la liturgie juive. Richesse qui préfigure la richesse de la
liturgie catholiqueB 16.
En cela, l'œuvre d'Edith Stein est prophétique, elle annonce les
avancées du Concile Vatican II et de l'amitié judéo-chrétienne qui
suivra.
Enfin sa mort, qu’elle veut vivre comme un
holocauste pour « son peuple », montre son attachement profond à ce lien entre
christianisme et
judaïsme56. Elle ne renie pas sa
foi catholique, mais s’identifie au
Christ, qui meurt pour ses disciples. Édith Stein fait donc de même, en partant aux camps en tant que juive. Le pape
Jean-Paul II dans l'homélie de sa béatification affirmera qu'il n'y a pas de contradiction pour Edith Stein dans sa foi :
« Pour
Edith Stein, le baptême chrétien n'était pas une façon de briser avec
son héritage juif. Tout au contraire elle déclara : « J'avais abandonné
la pratique de la religion juive dès l'âge de quatorze ans. Mon retour à
Dieu me permit de me sentir à nouveau juive ». Elle a toujours été
consciente du fait qu'elle était liée au Christ « non seulement par la
spiritualité, mais aussi par le sang. » (...) Dans les camps
d'extermination, elle mourut en fille d'Israël « pour la gloire du Très
Saint Nom et, à la fois, en tant que sœur Teresa Benedicta de la Croix,
c'est-à-dire, « bénie par la Croix » »57.
Théologie de la Croix
Edith Stein a développé une spiritualité particulière centrée autour de la
Passion du Christ.
Dès le début de sa conversion elle est frappée par le mystère de la
souffrance à travers la mort de son ami Adolf Reinach. Elle découvre
comment sa jeune veuve assume l'épreuve dans l'espérance chrétienne.
Edith Stein a été touchée par l'expérience de la foi vécue dans
l'épreuve.
Une fois au Carmel elle prendra le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de
la Croix montrant par là-même l'importance pour elle de la théologie de
la Croix. La rédaction de
La Science de la Croix, sur la spiritualité de
Jean de la Croix, permettra à Edith Stein de développer une théologie de la Croix. La Croix est, selon Edith Stein,
« cette
vérité ... enfouie dans l'âme à la manière d'un grain de blé qui pousse
ses racines et croît. Elle marque l'âme d'une empreinte spéciale qui la
détermine dans sa conduite à tel point que cette âme rayonne au dehors
et se fait connaître par tout son comportement ». Pour Edith Stein la science de la Croix consiste en l'imitation du Christ, homme des douleurs
G 5. La souffrance décrite par
Jean de la Croix dans la
Nuit obscure est une participation à la Passion du Christ et à
« la souffrance la plus profonde celle de l'abandon de Dieu ». Jean de la Croix affirme que pour entrer dans
« la richesse de la sagesse de Dieu, il faut entrer par la porte : cette porte est la croix et elle est étroite »G 6.
Pour Edith Stein, la science de la Croix est la possibilité de s'unir à Dieu: l'âme ne peut ainsi s'unir que si
« elle
a été purifiée auparavant par un brasier de souffrances intérieures et
extérieures et d'après les plans de la Sagesse Divine. Nul ne peut en
cette vie obtenir une connaissance même limitée des mystères, sans avoir
beaucoup souffert »G 6. Ces souffrances sont considérées par Edith Stein comme le
« feu de l'expiation ».
Jésus en venant sur la terre a pris le fardeau des péchés de l'homme.
Les souffrances du Christ tout au long de sa vie et accentuées au Jardin
des Oliviers sont le signe de la douleur qu'il éprouve dans ce
délaissement de Dieu
G 7. La mort du Christ, sommet de souffrance, marque aussi la fin de ses souffrances et la possibilité d'union de l'Amour éternel
G 7, Union de la Trinité.
Pour Edith Stein, après la nuit obscure qui est purification du coeur, nous accédons à l'Union divine
G 8. Edith Stein affirme ainsi qu'
« On
ne peut acquérir une scientia crucis que si l'on commence à souffrir
vraiment du poids de la croix. Dès le premier instant, j'en ai eu la
conviction intime et j'ai dit du fond du cœur: Ave Crux, spes unica »G 9,58
il ne faut pas pour autant avoir une vision doloriste de ce que dit
Edith Stein: le but est bien la joie d'un amour vécu en plénitude. Tout
doit mener à l'amour: "Il est à peine besoin de parler de l'amour: tout
l'enseignement de saint Jean de la Croix est un enseignement de l'amour,
une manière d'indiquer comment l'âme peut parvenir à être transformée
en Dieu, qui est l'Amour". Du reste, saint Jean de la Croix n'utilise
pas l'expression "science de la croix" mais "science d'amour". Un des
plus beaux poèmes d'Edith Stein porte sur la joie de l'Esprit Saint:
"Es-tu le doux cantique de l'amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte,
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature?
le son harmonieux
l'accord unanime des membres et de la Tête,
dans lequel chacun au comble de la joie
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
rendu libre
en participant à ton propre jaillissement:
Saint-Esprit, jubilation éternelle" (Cf Malgré la nuit)
Cette science de la croix conduira Edith Stein à vouloir s'offrir et souffrir en s'unissant au Christ. Dès 1930, elle écrira
« je ressens combien est faible l'influence directe, cela aiguise en moi le sentiment de l'urgence de l'holocaustum59 personnel. »F 3. La rédaction de son testament confirmera la volonté d'Edith Stein de vivre jusqu'au bout cette science de la Croix, affirmant
« accepter
déjà maintenant avec joie la mort que Dieu a prévue pour moi dans une
parfaite soumission à Sa très Sainte Volonté. Je demande au Seigneur
d'accepter ma vie et ma mort pour son honneur et Sa gloire ».
Philosophie d'Edith Stein
Empathie
L'empathie, ou
Einfühlung, est un terme emprunté par Husserl à
Théodor Lipps, désignant l’expérience intersubjective
B 3. Elle adopte un point de vue différent du philosophe Theodor Lipps
5.
La thèse d'Édith Stein analyse l'empathie comme le don d'intuition et
de rigueur qui permet de saisir ce que vit l'autre en lui-même
E 5.
L'empathie peut permettre à la personne humaine, considérée comme un
univers en soi, de s'enrichir et d'apprendre à se connaître au contact
des autres
D 8.
Ainsi, même si nous ne les vivons pas personnellement par expérience,
nous pouvons, par l'empathie, découvrir des choses sur nous-mêmes.
Édith Stein affirme que «
par l'empathie, je peux vivre des
valeurs et découvrir des strates correspondantes de ma personne, qui
n'ont pas encore eu l'occasion d'être dévoilées par ce que j'ai vécu de
manière originaire. Celui qui n'a jamais vu le danger de près peut, en
réalisant la situation d'un autre par empathie, découvrir qu'il est
lui-même lâche ou courageux. En revanche, ce qui contredit ma propre
structure d'expériences, je ne peux pas le « remplir » mais je peux me
le représenter de manière vide, abstraite »
E 6. De cette analyse, Édith Stein affirme que «
seul celui qui vit lui-même comme personne, comme unité de sens, peut comprendre d'autres personnes ».
C'est l'ouverture aux autres qui permet ainsi de mieux connaître la
réalité. Celle-ci ne peut donc pas se fonder uniquement sur le moi pour
atteindre la connaissance mais a besoin d'accepter les choses
extérieures comme elles sont, ouvrant ainsi la porte à une plus grande
connaissance des choses, sinon «
nous nous emmurons dans la prison de nos particularismes ».
Annexes
Bibliographie
Œuvres d’Édith Stein
- Correspondance 1917-1933, Ad Solem, Cerf, Edition du Carmel, 2009 (ISBN 978-2-204-08807-7)
- La femme cours et conférences, Ad Solem, Cerf, Edition du Carmel, 2009 (ISBN 978-2-204-08608-0)
- De la crèche à la Croix, Ad Solem, 2007 (ISBN 978-2-940402-10-6)
- Voies de la connaissance de Dieu. La théologie symbolique de Denys l’Aréopagite, Ad Solem, 2003 (ISBN 2-88482-004-3)
- Malgré la nuit, poésies complètes, Ad Solem, 2002
- Vie d’une famille juive, édition du Cerf-Ad Solem, 2001
- Source cachée, édition du Cerf-Ad Solem, 1999 (2e édition)
- Le Secret de la croix, Parole et Silence, 1998
- De la Personne : recueil de textes choisis par Ph. Secrétan (éd.), éd. du Cerf, 1992
- De l’État, éd. du Cerf, 1989
- Phénoménologie et philosophie chrétienne, éd. du Cerf, 1987
- L’Être fini et l’Être éternel, essai d’une atteinte du sens de l’être, Nauwelaerts, 1972
- La Science de la Croix, Passion d’amour de saint Jean de la Croix, Nauwelaerts, 1957
- La Femme et sa destinée, éditions Amiot – Dumont, 1956 (recueil de six conférences données par Édith Stein sur le thème de la Femme)
Biographies et études sur Edith Stein
- E. Godart, "Edith Stein ou l'amour de l'autre", éditions De l'Oeuvre, 2011
- Yann Moix, Mort et vie d’Édith Stein, éditions Grasset et Fasquelle 2008, (ISBN 2246732611)
- E. de Rus, L'art d'éduquer selon Édith Stein. Anthropologie, éducation et vie spirituelle, Cerf-Ad-Solem-Carmel, 2008
- C. Rastoin, Édith Stein (1891 - 1942) : enquête sur la source, Cerf, 2007
- E. de Rus, Intériorité de la personne et éducation chez Édith Stein, Cerf, 2006
- V. Aucante, De la solidarité. Essai sur la philosophie politique d’Édith Stein, Parole et Silence 2006
- C. Rastoin et D.-M. Golay, Avec Édith Stein découvrir le Carmel français, éd. du Carmel, 2005
- Sylvie Courtine-Denamy, Trois femmes dans de sombres temps : Édith Stein, Hannah Arendt, Simone Weil, Le Livre de Poche, Biblio essais, no 4367, 2004 (ISBN 2-253-13096-6)
- J. Hatem, Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry, L'Harmattan, 2004
- U. Dobhan, S. Payne et R. Körner, Édith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, éd. du Carmel, 2004
- M. A. Neyer, Édith Stein au carmel, Lessius, 2003
- V. Aucante, Le Discernement selon Édith Stein. Que faire de sa vie ?, Parole et Silence, 2003 (ISBN 978-2-84573-165-3)
- B. Weibel, Édith Stein prisonnière de l'Amour, Téqui, 2002
- M. A. Neyer et A. U. Müller, Édith Stein, une femme dans le siècle, J.-C. Lattès, 2002(ISBN 2-7096-2080-4)
- Élisabeth de Miribel, Comme l'or purifié par le feu : Édith Stein, 1891-1942, Plon, 1984 ; Perrin, 1998
- J. Bouflet, Édith Stein philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998
- C. Rastoin, Édith Stein et le mystère d’Israël, Ad Solem, 1998
- Florent Gaboriau, Lorsque Édith Stein se convertit, éditions Ad Solem, 1997
Articles connexes
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Notes et références
Principales sources utilisées
- Andreas Uwe Müller et Maria Amata Neyer, Édith Stein Une femme dans le siècle, La Flèche (France), Jean-Claude Lattès, novembre 2002, 276 p. (ISBN 2-7096-2080-4)
- ↑ a, b et c p.16
- ↑ p. 29-30.
- ↑ a et b p.40
- ↑ p. 43.
- ↑ p. 44.
- ↑ p. 60.
- ↑ p. 63.
- ↑ p. 81.
- ↑ p. 100.
- ↑ p. 128.
- ↑ p. 129.
- ↑ p.143
- ↑ p. 156.
- ↑ p. 161.
- ↑ p. 169.
- ↑ a, b et c p.179
- ↑ p. 195, 8 Avril 1931 conférence intitulée « Pourquoi la femme est faite ? ».
- ↑ p. 201.
- ↑ p. 211-212.
- ↑ p. 143.
- ↑ p. 233.
- ↑ p. 256.
- ↑ p. 180.
- ↑ p. 170.
- Sylvie Courtine-Denamy, Trois femmes dans de sombres temps, Édith Stein, Hannah Arendt, Simone Weil ou amor fati, amor mundi, Albin Michel, 2002, 22p, (ISBN 2-253-13096-6)
- ↑ p. 20.
- ↑ p. 29.
- ↑ a, b et c pp. 33-34
- ↑ p. 32.
- ↑ p. 49.
- ↑ pp. 64-65.
- ↑ Thèse du jésuite J. H. Nota, dans (de) Edith Stein und der Entwurf für eine Enzyclika gegen Rasisismus und Antisemitisismus, Freiburger Rundbrief, pp. 35-41, 1975, cité pp. 107-108.
- ↑ p. 291.
- ↑ p. 319.
- ↑ pp. 320-321.
- ↑ p. 321.
- ↑ p. 74.
- ↑ pp. 107-108.
- ↑ p. 83.
- ↑ Citation reproduite p. 175.
- ↑ p. 155.
- Édition complète des œuvres d'Édith Stein (Edith Stein Werke), éditions du Cerf, 2009
- ↑ (all) Volume VI,Stein Edith, Welt und Person. Beitrag zum christlichen Wahrheitsstreben, Herder Freiburg, 1962, p. 143.
- ↑ (all)
Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das
Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/
Herder, 1965. p. 237.
- ↑ (all)
Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das
Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/
Herder, 1965, p. 160.
- ↑ (all)
Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das
Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/
Herder, 1965. p.162
- ↑ Elle veut être selon ses mots : « religieuse selon le cœur, même si je ne porte pas le voile et ne suis pas lié par la clôture et par les vœux et ne peux pour le moment penser à me lier de la sorte », in (de) Selbstbildnis in Briefen, Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 185.
- ↑ «Entrer
en contact étroit comme celui que donne la traduction avec un Esprit
comme Newmann est merveilleux pour moi. Sa vie tout entière a été une
recherche constante de la vérité en matière de religion», (all) Briefe
an Roman Ingarden 1917-1938, Einleitung von Hanna-Barbara Gerl,
Anmerkungen von Maria Amata Neyer O.C.D., 1991. p. 154.
- ↑ (de) Selbstbildnis in Briefen. Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 159.
- ↑ (de)
Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das
Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/
Herder, 1965, p. 54.
- Édith Stein, La Femme et sa destinée, éditions Amiot – Dumont, 1956
- ↑ Chapitre 1, pp. 37-40.
- ↑ Chapitre 1, pp. 37-40.
- ↑ pp. 73-74.
- ↑ pp. 86-87.
- ↑ p. 89.
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- ↑ p. 135.
- ↑ p. 46.
- ↑ pp. 167-168.
- ↑ pp. 130-131.
- ↑ pp. 345-346.
- ↑ pp. 133-134.
- ↑ p. 46.
- ↑ Extrait de la thèse d'Édith Stein (1917) : Zum Problem der Einfühlung,
chapitre IV, § 7.b), « Les types de personnes et les conditions pour
pouvoir comprendre par empathie des personnes », cité p. 46.
- ↑ p. 49 -50
- ↑ a et b p. 52
- ↑ p. 414-415
- Edith Stein, Thérèse bénie de la Croix, Revue du Carmel, N°49
- ↑ "p. 37"
- ↑ p. 39
- ↑ p. 21
- ↑ a et b p. 24
- ↑ p. 54
- ↑ a et b p. 56
- ↑ a et b p. 57
- ↑ p. 58-59
- ↑ p. 59
Autres sources
- ↑ Joachim Bouflet, Edith Stein: philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998, (ISBN 9782856167007).
- ↑ Lettre
apostolique en forme de «Motu proprio» pour la proclamation de Sainte
Brigitte de Suède Sainte Catherine de Sienne et Sainte Thérèse-Bénédicte
de la Croix co-patronnes de l'Europe [archive]
- ↑ « Devenue catholique, Edith Stein se considère toujours comme appartenant au peuple juif » (voir ci-dessous sa vision du judaïsme) et dans Jean-Marie Lustiger « Toute sa vie, il expliquera que son christianisme n'a jamais signifié un renoncement à son identité juive ».
- ↑ (de) Uitgeverij De Moas et Waler Drten, Aus dem Leben einer jüdische Familie. Das Leben Edith Steins: Kindheit und Jugend, Verlag Herder, Fribourg, Bâle, Vienne, 1985, p. 42.
- ↑ a, b, c, d et e (fr) Biographie officielle d'Édith Stein sur le site du Vatican [archive], Vatican.va, 1998. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ (de) Posselt, Teresia Renata, Edith Stein, eine grosse Frau unseres Jahrhunderts, Nuremberg, 1952.
- ↑ Edith Stein, Vie d'une famille juive, traduction de C. et J. Rastoin, 2001, Ad Solem Cerf, p. 261 (ISBN 2-204-06520-X).
- ↑ Déclaration d'Édith Stein faite à Philomene Steiger en 1918, soulignée dans sa thèse en 1916 où elle affirme que « l'homo religiosus lui est étranger dans son être même ».
- ↑ Adolf Reinach, Œuvres complètes, p. 789.
- ↑ Vincent Aucante, Le discernement selon Edith Stein, 2003, éditions Parole et Silence, (ISBN 978-2-84573-165-3), p. 38.
- ↑ (de) Theresia Wobbe, « Sollte die akademische laufbahn für Frauen geöffnet werden. Edmund Husserl und edith Stein », in Edith-Stein-Jahrbuch tome 2, p. 370, 1996.
- ↑ Roman Ingarden affirme : « À mon avis, ce fut le début des évolutions qui s'accomplirent en elle par la suite », in Edith Stein, Waltraud Herbstrith.
- ↑ Lettre à Roman Ingarden, 1917.
- ↑ a et b Édith Stein, Vie d’une famille juive.
- ↑ Voir également l'article « Édith Stein une pédagogie féminine », in revue Carmel, no 120, juin 2006.
- ↑ Andreas Uwe Müller, Édith Stein une femme dans le siècle.
- ↑ Confidence faite au professeur Hirchmann, jésuite, au parloir du Carmel d'Echt.
- ↑ (fr) Martine de Sauto, « Extrait de la Biographie d'Édith Stein parlant des conversions des philosophes [archive] », Journal La Croix, 2008. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ Archive d'Édith Stein à Cologne (ESTA) C VII p. 78
- ↑ Conférence de 1929 intitulée « La part des institutions religieuses dans l'éducation religieuse de la jeunesse ».
- ↑ Feuille épiscopale de Spire, in Le Pèlerin, no 30, 27 juillet 1930, 699, 700p, repris par EWS Tome XII, p. 123-125.
- ↑ Conférence d'Édith Stein le 1er septembre 1930 à Salzburg intitulée « L'éthique des métiers féminins ».
- ↑ La Phénoménologie, 1932, éditions du Cerf.
- ↑ Vincent Aucante, Le discernement selon Edith Stein, 2003, éditions Parole et Silence, p. 38 (ISBN 978-2-84573-165-3).
- ↑ a et b Phénoménologie et philosophie chrétienne, Édith Stein, 1987, les éditions du Cerf, (ISBN 2-204-02737-5), p. 131.
- ↑ (fr) Edith Stein, « Lettre d’Édith Stein du 12 avril 1933 au pape [archive] Pie XI », Site du Carmel, 1933. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ M.A. Neyer, Édith Stein au carmel, Lessius 2003, pp. 9-14.
- ↑ (de) Elisabeth Otto, Welt, Person, Gott. Eine Untersuchung zur theologischen Grundlage der Mystuk bei Edith Stein, p. 183 et suivantes, Vallendar-Schönstatt, 1990.
- ↑ (de)
R. Leuven, Heil im Unheil. Das Leben Edith Stein: Reife und vollendung,
in Edith Steins Werke, t, X Druten, Fribourg-en-Brisgau, Bâle, Vienne,
1983, p.116
- ↑ .
Le testament d'Édith Stein peut être problématique quant à la
formulation de sa pensée sur le peuple juif. Elle parle ainsi, par
exemple, de l' « incroyance (Unglauben) du peuple juif ». L'ensemble de
sa vie, ses écrits et son rapport aux Juifs permettent de donner une
interprétation plus globale et non réductrice de cette formulation
traditionnelle de l'Église d'avant le Concile. Le livre : Édith Stein, Une femme dans le siècle
développe plus longuement ce passage afin de permettre une
interprétation qui semble cohérente avec l'ensemble des écrits et de la
vie d'Édith Stein.
- ↑ Essai publié en français sous le titre de Voies de la connaissance de Dieu.
- ↑ Steven Payne, Édith Stein et Jean de la Croix dans Édith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, pp. 90-91. Voir aussi la dernière édition allemande de Kreuzeswissenschaft.
- ↑ Voir le paragraphe « L’âme, le moi et la liberté » dans La science de la Croix.
- ↑ Évangile de saint Matthieu, Chapitre 10, verset 23
- ↑ (fr) Site faisant mention des actions menées par l'Église catholique contre les juifs [archive], 2000. Consulté le 22 mars 2010
- ↑ (fr) René Rémond, « Interview de René Rémond sur l'Église pendant l'entre-deux guerre faisant mention de la lettre pastorale [archive] », 2006. Consulté le 22 mars 2010
- ↑ http://www.mediapart.fr/club/blog/pihoute/070110/pie-xii-pape-bavard-quand-le-vatican-brisait-la-loi-du-silence [archive] Site parlant de la déportation des catholiques juifs suite à la protestation des évêques
- ↑ (de) Edith Stein, Wie ich in den Kölner Karmel kam, p. 132, Maria Amata Neyer.
- ↑ Marike Delsing témoin de la scène à transmis ses dernières paroles.
- ↑ Une
double interprétation de l'expression « notre peuple » est
envisageable. Elle peut désigner le peuple allemand comme le peuple
juif. Les deux interprétations sont possibles, conformément à son
testament.
- ↑ (fr) John H. Nota, « article « Édith Stein, femme d’Église » faisant mention de la cause de béatification "ex odio fidei" [archive] », Revue catholique internationale Communio, 1990. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Editions JC Lattès, 1999 p. 661 (ISBN 2-7096-2116-9)
- ↑ (fr) Jean-Paul II, « Lettre apostolique Spes aedificandi proclamant Édith Stein co-patronne de l'Europe [archive] », vatican.va, 1999. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ Article du site eucharistiemisericor.free.fr [archive] d’octobre 2006.
- ↑ (fr) Hervé Yannou, « Article citant des extraits du discours du Pape à Auschwitz [archive] », Le Figaro, 2006. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ (fr) Benoît XVI, « Discours complet de Benoit XVI à Auschwitz [archive] », vatican.va [archive], 2006. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Editions JC Lattès, 1999 p.658 à 662 (ISBN 2-7096-2116-9)
- ↑ (fr) Article
faisant part de la demande de certains Juifs d’annuler la canonisation
intitulé « Une martyre juive de confession chrétienne » [archive] sur christusrex.org [archive], 2000. Consulté le 22 mars 2010
- ↑ (fr) Article faisant mention des réactions négatives à l'instauration d'une journée de la Shoah [archive], humanite.fr [archive], 1998. Consulté le 17 mars 2010
- ↑ a, b et c Article de l’Arche citant le président du CRIF, intitulé « Juifs et catholiques : le malaise qui perdure » [archive] sur le site col.fr [archive].
- ↑ (fr) Jean-Paul II, « Lettre Apostolique du Pape Jean-Paul II Mulieris dignitatem sur la dignité de la femme [archive] » sur vatican.va [archive], 1988. Consulté le 22 mars 2010
- ↑ Anima forma corporis, de Thomas d'Aquin.
- ↑ Édith Stein, Source cachée, Œuvres spirituelles, in « La Prière de l’Église », 1998, CERF, (ISBN 2204060968).
- ↑ Cécile Rastoin, Édith Stein et le mystère d’Israël, CERF, 1998, (ISBN 2-940090-37-8).
- ↑ Édith Stein, La Prière de l'Église, traduit par G. Catala, Ph. Secretan, Ad Solem , 1995, (ISBN 2-940090-04-1).
- ↑ Edith Stein, De la crèche à la Croix, Ad Solem, 2007, pp. 69-70, (ISBN 978-2-940402-10-6).
- ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Éditions JC Lattès, 1999 p.662 (ISBN 2-7096-2116-9) extrait de l'homélie lors de sa béatification cité dans le livre de George Weigel
- ↑ Mère Thérèse-Renée du Saint Esprit, Edith Stein, Lebensbild einer Philosophin und Karmelitin, cité dans le livre Comme l'or purifié par le feu Mirabel Elisabeth, 1984, 284p, (ISBN 2-259-01126-8)
- ↑ traduction: holocauste