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jeudi 9 août 2012

Sainte Thérèse d'Avila








Thérèse d'Ávila (en religion : Teresa de Jesús, baptisée : Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada1), née le 28 mars 1515 à Gotarrendura (Vieille-Castille) et morte le 4 octobre 15822 à Alba de Tormes, est une sainte catholique et une réformatrice monastique du XVIe siècle. Elle est connue pour ses réformes des couvents carmélites et est considérée comme une figure majeure de la spiritualité chrétienne, en plus d'avoir été la première femme reconnue comme docteur de l'Église catholique.
 


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Biographie

Enfance

L'idéal pieux et l'exemple édifiant de la vie des saints et martyrs lui furent instillés dès son enfance par ses parents, le chevalier Alonso Sánchez de Cepeda et Beatriz d'Ávila y Ahumada. Sa famille paternelle était issue de Juifs convertis séfarades de Tolède. La branche maternelle était de la petite noblesse castillane. Elle est la troisième enfant d'une famille qui en comptera douze.
Selon la description faite dans ses écrits destinés à son confesseur (recueillis dans une autobiographie, sa Vida de Santa Teresa de Jesús), Thérèse montra dès sa tendre enfance une nature passionnée et une imagination fertile. Son père, amateur de lecture, possédait quelques romans, dont l'étude suscita l'éveil de la sensibilité de la petite fille de six ans.

Statue de Thérèse à Ávila
Précocement instruite des histoires édifiantes de la vie des saints, elle souhaitait vivre le martyre en allant avec son frère Rodrigue dans les « terres des infidèles ». Convaincus que leur projet était irréalisable, le frère et la sœur décidèrent de se faire ermites. Thérèse écrit : « Je faisais l'aumône comme je pouvais, et je pouvais peu. J'essayais la solitude pour prier mes dévotions, qui étaient nombreuses, et particulièrement le rosaire… J'aimais beaucoup faire comme si nous étions des nonnes dans des monastères, quand je jouais avec d'autres petites filles, et je pense que je souhaitais l'être. »
En 1527, à l'âge de douze ans, Thérèse perdit sa mère. Passionnée de romans de chevalerie (elle en écrivit en 1529), elle oublia ses jeux d'enfance. Voici ses paroles : « J'ai commencé à porter de beaux habits, et à vouloir paraître élégante, je soignais mes mains, ma coiffure et mes parfums, et toutes les vanités de cet âge, car j'étais très curieuse… J'avais quelques cousins germains… Ils étaient à peu près de mon âge, un peu plus vieux que moi; nous étions toujours ensemble, ils m'aimaient beaucoup et chaque fois que quelque chose les rendait heureux, nous discutions et j'écoutais leurs joies et leurs enfantillages… Tout le mal me vint d'une parente (une cousine semble-t-il) qui venait souvent chez nous. Je me trouvais fréquemment en sa compagnie pour bavarder, car elle m'aidait dans toutes les idées de passe-temps qui me venaient à l'esprit, et m'en proposait même d'autres; elle me faisait également part de ses fréquentations et de ses futilités. Il me semble que ce fut lorsque je me mis à la fréquenter, à l'âge de quatorze ans, que le péché mortel m'éloigna de Dieu. »
Pendant trois mois, et avec la complicité des domestiques, elle succomba aux passe-temps des agréables compagnies, faisant ainsi courir un danger à elle-même et à l'honneur de son père et de ses frères. Elle avait aussi pris le goût de la parure avec le désir de plaire. Cependant elle-même déclare « qu'elle détestait les choses malhonnêtes ». Son père coupa le mal à la racine en envoyant Thérèse au couvent de Santa María de Gracia à Ávila en 1531. Thérèse supporta difficilement son manque de liberté. Elle ne voulait pas devenir sœur, et ses adorateurs lui envoyaient des billets, mais comme selon ses propres mots « il n'y avait pas place pour tout cela, la chose cessa promptement ». Thérèse y resta jusqu'à l'automne 1532, sans se décider à embrasser la vie religieuse.

Vocation religieuse


Santa Teresa de Jesús. Peinture à l'huile d'Alonso del Arco, XVIIe
Tombée gravement malade, elle dut rentrer chez son père. Après sa convalescence, il la confia à sa sœur Marie de Cepeda qui vivait à Castellanos de la Cañada avec son mari, Don Martín de Guzmán y Barrientos. Luttant contre elle-même, elle parvint à dire à son père qu'elle souhaitait entrer dans les ordres, tout en sachant qu'elle ne reviendrait pas sur sa décision. Son père lui répondit qu'il ne l'accepterait jamais de son vivant. Thérèse fugua du domicile familial le 2 novembre 1533 pour le couvent de l'Incarnation d'Ávila. Celui-ci était un monastère non cloîtré permettant aux religieuses de sortir et de recevoir des visites. Elle y fit ses vœux le 3 novembre 1534. Thérèse passa vingt-sept ans dans cette communauté très nombreuse, de style encore médiéval. Ces premières années au Carmel se passèrent sans événements notables. Mais, très critique vis-à-vis des pratiques religieuses de l'ordre, elle souhaitait le réformer.
Après être entrée au couvent, sa santé se détériora. Elle souffrit très probablement de crises d'épilepsie, d'évanouissements, d'une cardiomyopathie non définie et d'autres troubles ; ainsi se passa la première année. Pour la guérir, son père l'emmena en 1535 à Castellanos de la Cañada avec sa sœur. Thérèse resta dans ce village — où elle réussit à convertir un prêtre vivant en concubinage — jusqu'au printemps 1536, puis s'en fut à Becedos. De retour à Ávila (le Dimanche des Rameaux de l'année 1537), elle subit en juillet une rechute de quatre jours chez son père. Elle resta paralysée pendant plus de deux ans. Aussi bien avant qu'après sa rechute, ses souffrances physiques furent extraordinaires.
Vers le milieu de l'année 1539, Thérèse recouvra la santé, selon elle grâce à saint Joseph. Avec la santé revinrent les goûts mondains, faciles à satisfaire, car la vie cloîtrée ne fut imposée à toutes les religieuses qu'en 1563. Thérèse vivait à nouveau au couvent, où elle recevait de fréquentes visites.
Selon elle, son esprit s'alanguissait, au point de lui faire abandonner la prière (1541). Elle affirme qu'en 1542, Jésus-Christ lui apparut dans le parloir, le visage courroucé, et lui reprocha ses relations familières avec les personnes vivant dans le siècle. Thérèse conserva pourtant ce comportement pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle cesse de fréquenter ces personnes après avoir vu une image de Jésus sur la croix.
Les derniers mots de son père (décédé en 1541) l'avaient profondément impressionnée. Le prêtre qui lui avait donné les derniers sacrements (le dominicain Vicente Barón) devint le directeur de conscience de Thérèse, qui jusque là, connaissant ses fautes, ne voulait pas s'en corriger. La lecture des Confessions de Saint Augustin l'encouragea dans sa conversion. En 1555, les Jésuites Juan de Padranos et Baltasar Alvarez fondèrent un collège à Avila. Padranos devint le confesseur de Thérèse ; l'année suivante (1556), celle-ci commença à ressentir des faveurs spirituelles intenses, et peu après (1557) elle se vit encouragée par saint François Borgia. En 1558 elle eut sa première apparition ainsi que la vision de l'enfer; en 1559 elle prit pour confesseur Baltasar Alvarez, qui dirigea sa conscience pendant six ans, et reçut, dit-elle, de grandes faveurs célestes, parmi lesquelles la vision de Jésus ressuscité. En 1560 elle fit le vœu de toujours aspirer à la plus grande perfection ; saint Pierre d'Alcántara approuva cet état d'esprit, et San Luis Beltrán l'encouragea à mettre en œuvre son projet de réforme de l'Ordre du Carmel, qu'elle avait conçu vers cette date : elle voulait fonder à Ávila un monastère observant strictement la règle de l'Ordre, qui incluait l'obligation de la pauvreté, de la solitude et du silence. Son confesseur, le Dominicain Pedro Ibáñez, lui ordonna d'écrire sa vie, travail qui allait durer de 1561 à juin 1562 ; enfin, conseillée par Soto, elle réécrivit sa vie en 1566.
Selon le biographe Pierre Boudot : « Dans toutes les pages (du livre de sa vie) se voient les marques d'une passion vive, d'une franchise absolue et d'un illuminisme de la foi des fidèles. Toutes ses révélations témoignent de sa croyance profonde en une union spirituelle entre elle et le Christ. Elle voyait Dieu, la Vierge, les saints et les anges dans toute leur splendeur et elle recevait d'en-haut des inspirations mises à profit pour discipliner sa vie intérieure. Dans sa jeunesse, ses aspirations furent peu nombreuses et semblent confuses ; ce fut seulement en plein âge mûr qu'elles devinrent plus précises, plus fréquentes et aussi plus extraordinaires. Elle avait plus de quarante trois ans quand elle vécut sa première extase. Ses visions se succédèrent sans interruption pendant deux ans et demi (1559-1561). Soit par méfiance, soit pour la mettre à l'épreuve, ses supérieurs lui interdirent de s'abandonner à cet ardent penchant pour les dévotions mystiques, qui étaient pour elle comme une seconde vie, et lui ordonnèrent de résister à ces extases, dans lesquelles se consumait sa santé. Elle obéit, mais en dépit de ses efforts, sa prière était si continue que même le sommeil ne parvenait à en arrêter le cours. Simultanément, embrasée d'un violent désir de voir Dieu, elle se sentait mourir. Cet état singulier déclencha à plusieurs reprises la vision qui serait à l'origine d'une fête particulière dans l'ordre du Carmel. »

Vue d'ensemble de la Chapelle Cornaro et de la Transverbération de sainte Thérèse.
Cette allusion est évoquée dans sa biographie en français de 1559 : « Je vis un ange proche de moi du côté gauche… Il n'était pas grand mais plutôt petit, très beau, avec un visage si empourpré, qu'il ressemblait à ces anges aux couleurs si vives qu'ils semblent s'enflammer … Je voyais dans ses mains une lame d'or, et au bout, il semblait y avoir une flamme. Il me semblait l'enfoncer plusieurs fois dans mon cœur et atteindre mes entrailles : lorsqu'il le retirait, il me semblait les emporter avec lui, et me laissait toute embrasée d'un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu'elle m'arrachait des soupirs, et la suavité que me donnait cette très grande douleur, était si excessive qu'on ne pouvait que désirer qu'elle se poursuive, et que l'âme ne se contente de moins que Dieu. Ce n'est pas une douleur corporelle, mais spirituelle, même si le corps y participe un peu, et même très fort. C'est un échange d'amour si suave qui se passe entre l'âme et Dieu, que moi je supplie sa bonté de le révéler à ceux qui penseraient que je mens… Les jours où je vivais cela, j'allais comme abasourdie, je souhaitais ni voir ni parler avec personne, mais m'embraser dans ma peine, qui pour moi était une des plus grandes gloires, de celles qu'ont connu ses serviteurs » (Vie de Sainte Thérèse, chap. XXIX).
Pour perpétuer la mémoire de cette mystérieuse blessure, le Pape Benoît XIII, à la demande des Carmélites d'Espagne et d'Italie, établit en (1726) la fête de la Transverbération du cœur de Sainte Thérèse. Le biographe français ajoute : « Jusqu'à son dernier soupir, Thérèse eut le privilège de converser avec les personnes divines, qui la consolaient ou lui révélaient certains secrets du ciel; celui d'être transportée en enfer ou au purgatoire, et encore celui de prévoir l'avenir. »

Caractéristiques physiques

Francisco de Rivera, le confesseur de la sainte la décrivait ainsi : « Elle était de bonne stature, et au temps de sa jeunesse, belle, et encore au temps de sa vieillesse, elle supportait bien sa fatigue, le corps épais et très blanc, le visage rond et plein, de bonne taille et proportion ; le teint de couleur blanche et incarné, et lorsqu'elle était en prière, il s'enflammait et elle devenait très belle, tout ce teint clair et paisible ; la chevelure, noire et crépue, le front large, égal et beau ; les sourcils de couleur claire et tirant un peu sur le noir, grands et un peu épais, non en arc, mais un peu plats3 ».

Des couvents fondés dans toute l'Espagne

Dès 1560, Pierre d'Alcantara inspira Thérèse dans sa détermination à mettre en pratique sa foi et son appel mystique. Il devint son maître spirituel et son conseiller. Ce support moral lui permit d'entreprendre la création d'un carmel différent du laxisme qui l'avait choquée dans de nombreux cloîtres dont celui de l'Incarnation. L'entreprise fut financée par Guimara de Ullon, une riche donatrice et amie de la sainte.
Fin 1561, Thérèse reçut une somme d'argent envoyée par l'un de ses frères depuis le Pérou. Elle finança son projet de fondation du couvent Saint-Joseph. Pour ce projet, elle reçut l'aide de sa sœur Jeanne, dont le fils aurait été ressuscité par la sainte. Au début de l'année 1562, Thérèse partit à Tolède chez Doña Luisa de la Cerda, chez qui elle resta jusqu'en juin. La même année, elle fit connaissance du père Báñez, qui devint ensuite son principal directeur, et du frère García de Toledo, tous deux Dominicains.
Mécontente du « relâchement » des règles, qui avaient été assouplies en 1432 par Eugène IV, Thérèse décida de réformer l'ordre pour revenir à l'austérité, la pauvreté et l'isolement qui faisaient partie pour elle de l'esprit carmélite authentique. Elle demanda conseil à Francisco de Borja et à Pedro de Alcántara qui approuvèrent sa ligne de pensée et sa doctrine.
Après deux années de combat, la bulle de Pie IV pour la construction du couvent Saint-Joseph lui fut remise par ordre de frère García de Toledo à Ávila. Il fut inauguré le 24 août 1562, créant un type nouveau de communauté, mieux adapté à l'époque et plus fidèle à la tradition du Carme : selon elle, les religieux doivent vivre dans la pauvreté. Ils abandonnent les chaussures et sont ainsi rebaptisés les Carmes déchaussés ou les Carmes déchaux. Quatre novices du nouvel ordre des carmélites déchaussées de Saint-Joseph y emménagèrent.
Le dépouillement absolu du couvent Saint-Joseph suscita critiques et hostilité chez les Avilans de tous bords et les édiles de la cité. Rapidement la nouvelle institution fut menacée de fermeture. Mais l'appui de puissants prescripteurs, dont l'évêque, et les succès de subsistance déjouèrent l'animosité. Peu à peu, l'expérience devint un modèle.
En mars 1563, elle reçut la sanction papale pour ses principes de pauvreté absolue et de renoncement à la propriété formulés dans une "Constitution." Son but était le retour aux règles monastiques strictes telles que :
  • trois disciplines de cérémonie (flagellation) pour les messes hebdomadaires
  • le déchaussement des carmes
  • ou la substitution des chaussures par des sandales.
Les cinq premières années, Thérèse resta recluse, engagée dans son projet d'écriture.

Une réformatrice

Rubeo de Ravenna, principal des carmes, publia une lettre patente en 1567, autorisant la création d'autres couvents. Cet essaimage dans toutes les provinces d'Espagne généra de nombreux voyages pour la sainte qui fonda 17 couvents (Le Livre des fondations (publié, Madrid, 1880)). De 1567 à 1571, des couvents réformés furent ainsi établis à Medina del Campo, Malagón, Valladolid, Tolède, Pastrana, Salamanque et Alba de Tormes. Elle suscite le même élan chez les carmes, dont l'un des premiers fut Jean de la Croix.
Des émeutes à Ávila obligèrent la sainte à retourner au couvent de l'Incarnation, et, une fois les esprits calmés, Thérèse vécut quatre ans au couvent de Saint-Joseph dans une grande austérité. Les religieuses fidèles à sa réforme dormaient sur une paillasse, portaient des sandales de cuir ou de bois ; elles consacraient huit mois par an aux rigueurs du jeûne et s'abstenaient totalement de manger de la viande. Thérèse ne désira aucune distinction pour elle-même et vécut de la même manière que les autres religieuses.
La réforme progressa rapidement, malgré les faibles moyens dont disposait son instigatrice. Le père Rossie, supérieur général du Carmel, visita en 1567 le couvent de San José, et donna à Thérèse la permission de fonder d'autres couvents de femmes et deux couvents d'homme. Elle se rendit à Madrid et Alcalá de Henares (fondé par son amie Marie de Jésus) pour réformer de nouveaux couvents. Puis la réforme prit de l'ampleur dans les couvents d'hommes : un nouveau monastère fut fondé à Malagón. Thérèse se rendit ensuite à Tolède, où elle tomba malade, et passant par Escalona, elle revint à Ávila, avant de repartir pour Valladolid où elle fonda un nouveau couvent4.
Elle vint ensuite à Alba (1574) avant d'aller, malgré son état de santé, déplorable à Medina del Campo, Ávila et Ségovie. Dans cette ville, elle créa un nouveau couvent qui servit aux religieuses chassées de leur cloître par Ana de Mendoza de la Cerda, princesse d'Éboli, ayant décidé de se convertir en religieuse sous le nom de sœur Ana de la Madre de Dios, sous un ordre différent de celui des Carmes.
Suivant son exemple et son esprit, Jean de la Croix initia un mouvement de réforme monastique analogue. Les fondations de couvents de Ségovie (1571), Beas de Segura (1575), Séville (1575), et de Caravaca de la Cruz (Murcie, 1576) furent appuyées par Jérôme Gratian, visiteur de l'ancienne observance carmélite et vicaire apostolique. Mais, le charismatique et mystique Jean usa de son pouvoir de prédication et d'enseignement pour donner son âme au mouvement.
La même année fut soumise à l'Inquisition, pour la première fois, l'autobiographie de Thérèse, qui de retour à Ávila, après avoir terminé son prieuré à l'Incarnation le (6 octobre) était retournée à son couvent de Saint-Joseph. Puis elle alla à Valladolid en fin d'année. Début janvier 1575 elle vint à Avila en passant par Medina. Après une courte halte, elle repartit pour Béas, Tolède, Malagón et Almodóvar. Dans cette dernière localité, elle fit les prophéties élégiaques du bienheureux Juan Bautista de la Concepción, réformateur des Trinitains. Après la fondation du dixième carmel à Veas le 24 février, et celui d'Almodóvar del Campo, elle continua le 7 mars, malade et éprouvée par le voyage, vers Séville. Elle y subit de nombreuses contradictions, mais parvint à ouvrir un couvent, son dernier, dans cette ville.
En 1576 une série de persécutions fut lancée par l'ordre carmélite de l'ancienne observance contre les réformateurs, Thérèse et ses disciples5. En suivant des décrets adoptés lors de la réunion générale du chapitre à Plaisance, les "définisseurs" de l'ordre gelèrent toute nouvelle ouverture de couvents. Thérèse fut assignée à rester dans l'un de ses couvents. Elle obéit et choisit Saint-Joseph à Tolède. Ses amis et disciples furent soumis à des décisions encore plus sévères.

Dernières fondations


Thérèse d'Ávila par Rubens.
Après (1582), elle fut à Medina del campo, Valladolid, Palencia et Burgos, presque toujours malade. Elle sut que le seizième couvent carmélite avait été créé à Grenade et un de déchaussées à Lisbonne. Le dix-septième carmel fut créé à Burgos. Après Burgos, elle continua sa route en passant par Palencia, Valladolid, Medina del Campo et Peñaranda.

Décès et reliques

À son arrivée à Alba de Tormes (le 20 septembre) son état empira. Elle mourut le 4 octobre 1582, quand l'Espagne et le monde catholique basculèrent du calendrier julien au calendrier grégorien (c'était donc la nuit du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582). Elle est fêtée le 15 octobre6. Sa dépouille fut enterrée dans le couvent de l'Annonciation de la ville, une main ayant été sectionnée et conservée dans un reliquaire d'Avila (le père Gracián en coupa le petit doigt).
À son exhumation le 25 novembre 1585, découverte incorrompue alors que les vêtements avaient pourri, on y laissa un bras et le reste du corps fut envoyé à Avila, dans la salle du chapitre du couvent de Saint-Joseph. Le transfert se fit un samedi du mois de novembre de 1585, presque en secret. Les religieuses du couvent d'Alba de Tormes demandèrent à conserver un bras comme relique. Quand le duc d'Alba se rendit compte du transfert, il se plaignit à Rome et entama des négociations pour le récupérer. Le corps fut renvoyé à nouveau à Alba de Tormes, par ordre papal (1586). En 1598, un sépulcre fut édifié. On y transféra son corps, toujours intact, dans une nouvelle chapelle en 1616, puis en 1670, dans une chasse d'argent.
Après ces événements, on ne fit plus d'autres atteintes à ses restes. Ils sont désormais dans plusieurs endroits :
  • Son pied droit et une partie de la mandibule supérieure sont à Rome.
  • Sa main gauche à Lisbonne
  • Son œil gauche et sa main droite à Ronda (Espagne).
  • Son bras gauche et son cœur dans des reliquaires du musée de l'église de l'Annonciation d'Alba de Tormes.
  • Ses doigts sont conservés dans divers endroits d'Espagne.

Titres posthumes

Thérèse fut béatifiée en 1614 par Paul V, et canonisée par Grégoire XV le 12 mars 1622 puis fut désignée (1627) comme patronne d'Espagne par Urbain VIII. Lors de sa béatification en 1614, trente courses de taureaux au cours desquelles cent taureaux sont combattus et mis à mort sont organisées.[réf. nécessaire]
Le mysticisme de son œuvre influença durablement les théologiens des siècles suivants, notamment saint François de Sales, Fénelon, et les jansénistes de Port-Royal. Le pape Paul VI la proclame, avec Catherine de Sienne, docteur de l'Église en 1970.
Elle a profondément inspiré Paul Verlaine dans son travail de conversion, et notamment pour le recueil Sagesse (« Ô mon Dieu vous m'avez blessé d'amour »). Elle était pour lui l'exemple même de « la femme de génie » (Voyage en France par un Français).
Thérèse est la sainte patronne de l’Espagne, des écrivains espagnols et des joueurs d'échecs7. Elle est également docteur de l'Université de Salamanque et porte le titre honorifique de mairesse d'Alba de Tormes depuis 1963.

Œuvre littéraire

Œuvres mystiques à portée didactique

Elle a laissé plusieurs écrits traitant de spiritualité, en particulier :

Œuvres d'organisation et de prière

  • Apuntaciones [« Annotations »]
  • Avisos [« Avis »]
  • Desafío espiritual [« Défi spirituel »]
  • Exclamaciones del alma a su Dios [« Exclamations de l'âme à son Dieu »]
  • Libro de las constituciones [« Les Constitutions »] (1563)
  • Libro de las fundaciones [« Les Fondations »] (1573-1582)
  • Libro de las relaciones [« Relations spirituelles »]
  • Meditaciones sobre los cantares [« Méditations sur les cantiques »]
  • Modo de visitar los conventos de religiosas [« Manière de visiter les couvents de religieuses »]
  • Ordenanzas de una cofradía [« Ordonnances d'une confrérie »]
  • Vejamen [« Humiliation »]
  • Vida de Santa Teresa de Jesús [« Vie de Sainte Thérèse de Jésus »] (1562-1565). Autobiographie dont le manuscrit original se trouve au Monastère Saint-Laurent de l'Escorial.
  • Visita de descalzas [« Visite de déchaussées »]

Autres contributions

Thérèse écrivit aussi de nombreux poèmes et entretint une importante correspondance, dont plus de 400 lettres ont été conservées. Ses écrits ont fait l'objet de traductions dans beaucoup de langues. Son nom figure parmi le Catalogue des autorités de la langue (espagnole) publié par la Real Academia Española.

Citations

  • « Si Satan pouvait aimer, il arrêterait d'être mauvais. »[réf. nécessaire]
  • Un court fragment poétique :
"Nada te turbe,
nada te espante,
todo se pasa,
Dios no se muda
La paciencia todo lo alcanza
quien a Dios tiene
nada le falta
solo Dios basta."[réf. nécessaire]
« Que rien ne te trouble
Que rien ne t'effraie
Tout passe
Dieu ne change pas
La patience permet tout
Qui en Dieu a foi
Ne manquera de rien
Seul Dieu suffit. »[réf. nécessaire]
« Que rien ne te trouble.
Que rien ne t'épouvante.
Tout passe.
Dieu ne change point.
La patience tout obtient.
Qui a Dieu rien ne lui manque.
Dieu seul suffit. »8

Iconographie

Adaptations de sa vie ou ses œuvres

Notes et références

  1. ↑ (en) Saint Teresa of Avila [archive] sur http://saints.sqpn.com [archive], Saints.SQPN.com, 26 octobre 2010. Consulté le 9 novembre 2010. Voir aussi l'article espagnol de Wikipédia.
  2. ↑ (en) Article « Saint Teresa of Ávila » dans l'Encyclopædia Britannica, version en ligne disponible au 02/11/2010.
  3. ↑ « los ojos negros y redondos y un poco carnosos; no grandes, pero muy bien puestos, vivos y graciosos, que en riéndose se reían todos y mostraban alegría, y por otra parte muy graves, cuando ella quería mostrar en el rostro gravedad; la nariz pequeña y no muy levantada de en medio, tenía la punta redonda y un poco inclinada para abajo; las ventanas de ella arqueadas y pequeñas; la boca ni grande ni pequeña; el labio de arriba delgado y derecho; y el de abajo grueso y un poco caído, de muy buena gracia y color; los dientes muy buenos; la barba bien hecha; las orejas ni chicas ni grandes; la garganta ancha y no alta, sino antes metida un poco; las manos pequeñas y muy lindas. En la cara tenía tres lunares pequeños al lado izquierdo, que le daban mucha gracia, uno más abajo de la mitad de la nariz, otro entre la nariz y la boca, y el tercero debajo de la boca. Toda junta parecía muy bien y de muy buen aire en el andar, y era tan amable y apacible, que a todas las personas que la miraban comúnmente aplacía mucho. »
  4. ↑ Pasó a Toledo y Madrid; de aquí otra vez a Toledo, ciudad en la que experimentó muchas dificultades para la fundación de un convento, la cual quedó hecha a 13 de mayo, y vencidos otros obstáculos, tomó posesión del monasterio de Pastrana (9 de julio). De vuelta en Toledo, allí permaneció un año, durante el cual hizo algunas breves excursiones a Medina, Valladolid y Pastrana. En Duruelo se había fundado el primer convento de hombres (1568). Se afirma que vio Teresa milagrosamente el martirio del Padre Acevedo y otros 40 Jesuitas asesinados (1570) por el pirata protestante Jacobo Soria. Tras una visita a Pastrana, de donde regresó a Toledo, entró en Ávila (agosto). Poco después se fundaba en Alcalá el tercer convento de Descalzos, y en Salamanca, ciudad en que estuvo la santa, el séptimo de Descalzas, al que siguió otro de mujeres en Alba de Tormes (25 de enero de 1571). De Alba volvió Teresa a Salamanca, siendo hospedada en el palacio de los condes de Monterrey; pasó a Medina, y de vuelta en Ávila, aceptó el priorato del convento de la Encarnación, cuya reforma consiguió. El priorato duró tres años. Se fundaron varios conventos más de Descalzos; algunos en Andalucía abrazaron la reforma, y comenzó la discordia entre Calzados y Descalzos, todo ello en 1572, año en que Teresa recibió muchos favores espirituales en el convento de la Encarnación: tales fueron su desposorio místico con Jesucristo y un éxtasis en el locutorio cuando conversaba con San Juan de la Cruz. Teresa, que en el transcurso de su vida escribió muchas cartas, estuvo en Salamanca en 1573. Allí, obedeciendo a su director, el Jesuíta Ripalda, redactó el libro de sus fundaciones.
  5. ↑ Estalló la discordia entre Carmelitas Calzados y Descalzos en el capítulo general celebrado por aquellos en Plasencia; en virtud de las bulas pontificias se acordó tratar con rigor a los Descalzos, que se habían extralimitado en sus fundaciones, y como fuera el Padre Gracián (21 de noviembre), por comisión del nuncio, a visitar los Carmelitas Calzados de Sevilla, estos resistieron la visita con gran alboroto. El padre Salazar, provincial de Castilla, intimó a Teresa que no hiciera más fundaciones y que se retirase a un convento sin salir de él. Trató la santa de retirarse a Valladolid, pero se opuso Gracián. En Sevilla estaba Teresa al fundarse en Caravaca (1 de enero de 1576) el duodécimo convento de Descalzas. Delatada a la Inquisición por una religiosa salida del convento, eligió para su residencia el convento de Toledo. Dejó Sevilla (4 de junio), llegó a Malagón (11 de junio), y de allí a Toledo, donde ya estaba a principios de julio. Antes de establecerse, marchó al convento de Ávila para arreglar varios asuntos; pero regresó rápidamente a Toledo en compañía de Ana de San Bartolomé, a la que había tomado por secretaria. Allí concluyó el libro de las fundaciones, las cuales se suspendieron en los cuatro años que duraron las persecuciones y conflictos entre Calzados y Descalzos. Eligió en Toledo por confesor a Velázquez. Propaladas muchas calumnias contra Teresa, se trató de enviarla a un convento Americano. Hizo la santa un viaje de Toledo a Ávila (julio de 1577), para someter a la Orden del Carmen el convento de San José, antes sujeto al ordinario. Miguel de la Columna y Baltasar de Jesús, desertores de la reforma, extendieron las calumnias contra los Descalzos, a los que con tal motivo persiguió el nuncio Felipe Sega. Acudió Teresa al rey, que tomó mano en el asunto. Las monjas de la Encarnación, en Ávila, la eligieron priora, a pesar de las censuras del Padre Valdemoro (octubre de 1577). La santa escribió (julio a noviembre) el libro De Las moradas. Sostuvo luego (1578) una polémica con el Padre Suárez, provincial de los Jesuítas, y el nuncio redobló sus persecuciones hasta el punto de pretender destruir la reforma, desterrando a los principales Descalzos y confinando a Toledo a Teresa, por él calificada de fémina inquieta y andariega. En Sevilla un confesor delató a la Inquisición las supuestas faltas de la priora de las Descalzas y de Teresa misma, sobre lo cual se formó un ruidoso expediente que puso en claro la inocencia de ambas.
  6. ↑ Sainte Thérèse d'Avila [archive]. Nominis.cef.fr.
  7. ↑ Le carmel en France, chronologie de sainte Thérèse d'Avila [archive]
  8. ↑ Œuvres complètes, Tome 1. Ma vie. Relations spirituelles, 1982, p. 477

Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix




D'origine juive, née en Allemagne le jour du Yom Kippour (Jour du grand Pardon) 1891, Edith Stein est élevée avec ses six frères et sœurs par leur mère veuve, énergique et juive convaincue. D'une intelligence très vive, Edith se passionne pour la philosophie, déclarant que la soif de vérité est sa seule prière. En même temps, elle milite pour la justice sociale et la promotion des valeurs de la féminité. Lorsque la guerre de 1914-1918 éclate, Edith est à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Elle est l'assistante de Husserl, fondateur de la phénoménologie, qui devient son maître à penser. Elle commence à découvrir des aspects de la foi chrétienne : la prière, le "Notre Père" et des écrits de saint Thomas d'Aquin. Un jour, chez des amis, elle trouve "Le château intérieur ou le Livre des Demeures", autobiographie de sainte Thérèse d'Avila.



C'est l'illumination après un long cheminement intellectuel. Edith demande et reçoit le baptême chrétien. Loin de renier ses racines juives, elle les poussera à leur accomplissement. Elle enseigne chez les dominicaines de Spire et fréquente l'abbaye bénédictine de Beuron. Malgré la douleur de sa mère, Edith entre au Carmel de Cologne et devient soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Sa soeur Rose la rejoint comme membre du Tiers-Ordre du Carmel.



Edith a offert sa vie à Dieu pour la rédemption du peuple d'Israël, alors que se déclenche la persécution des Nazis. Avec sa soeur, elle doit se réfugier au carmel d'Echt en Hollande. Elles y seront arrêtées, emmenées à Auschwitz et exécutées le 9 août 1943. Prophète du sacrifice de soi, de la tolérance et du respect des valeurs de l'esprit, sainte Edith Stein a été proclamée patronne de l'Europe par Jean-Paul II le 1er octobre 1999, dans la suite de Catherine de Sienne et avec Brigitte de Suède.



Edith est un nom d'origine germanique qui a le sens de "richesse" (od).


Edith Stein, un parcours unique ! par college-des-bernardins

Edith Stein, en religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, née le 12 octobre 1891 à Breslau, dans l'Empire allemand, déportée le 2 août 1942, internée au camp d'Auschwitz, dans le territoire polonais occupé par l'Allemagne nazie où elle fut mise à mort le 9 août 1942, est une philosophe et théologienne allemande d'origine juive devenue religieuse carmélite. Elle a été canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998. « Philosophe crucifiée »1, co-sainte patronne de l'Europe par le pape Jean-Paul II le 1er octobre 1999, à l'ouverture du synode des évêques sur l'Europe, en même temps que Brigitte de Suède et Catherine de Sienne2.
Née dans une famille juive, elle passe par une phase d'athéisme. Étudiante en philosophie, elle est la première femme à présenter une thèse dans cette discipline en Allemagne, puis continue sa carrière en tant que collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie.
Une longue évolution intellectuelle et spirituelle la conduit au catholicisme auquel elle se convertit en 19213. Elle enseigne alors et donne des conférences en Allemagne, développant une théologie de la femme, ainsi qu'une analyse de la philosophie de Thomas d'Aquin et de la phénoménologie.
Interdite d'enseignement par le régime national-socialiste, elle décide d'entrer au Carmel, où elle devient religieuse sous le nom de Sœur « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Arrêtée par la SS, elle est déportée et meurt « pour son peuple » à Auschwitz.

Sœur Thérèse-Bénédicte
de la Croix
Image illustrative de l'article Edith Stein
Édith Stein en 1926.
Sainte
Naissance 12 octobre 1891
Breslau, Empire allemand Drapeau: Empire allemand
Décès 9 août 1942  (50 ans)
Auschwitz, Troisième Reich Troisième Reich
Nationalité Allemande
Béatification 1er mai 1987 à Cologne, Allemagne
par Jean-Paul II
Canonisation 11 octobre 1998 au Vatican
par Jean-Paul II
Vénéré par l'Église catholique romaine
Fête 9 août
Saint patron co-patronne de l’Europe; Journée Mondiale de la Jeunesse; juifs convertis

Biographie

Enfance et études

Son père, Siegfried Stein (1844-1893) est commerçant en bois dans une scierie. Il épouse le 2 août 1871 Auguste Stein (1849, 1936), et s'installe à Gleiwitz (Haute-Silésie), où naissent leurs six premiers enfants : Paul (1872-1943, mort au camp de concentration de Theresienstadt), Selma (1873-1874), Else (1876-1954), Hedwig (1877-1880), Arno (1879-1948), Ernst (1880-1882)A 1.
En 1882, la famille s'installe à Lublinitz, où Siegfried fonde sa première entreprise avec l'aide de sa belle-famille. C'est une période difficile pendant laquelle l'aide familiale lui permet de ne pas sombrer dans la misère. C'est là que viennent au monde les derniers enfants du couple Stein : Elfriede (1881-1942, morte en camp de concentration), Rosa (1883-1942 morte avec Édith à Auschwitz), Richard (1884, mort-né), Erna (1890-1978)A 1.

Maison de famille d'Édith Stein à Wroclaw.
Édith Stein naît le 12 octobre 1891 à Breslau, jour de Kippour4, ce qui la rend particulièrement chère à sa mère, juive pratiquante5. Son père, Siegfried Stein, meurt d'une insolation quand Édith n'a pas encore trois ansA 1. Sa mère, femme très religieuse, doit alors subvenir aux besoins de sa famille et diriger l'entreprise familiale. Cette lourde tâche demande beaucoup de rigueur et de travail, discipline qu'Auguste Stein essaie de transmettre à ses enfants, ainsi que sa foi juive. Édith Stein raconte d'ailleurs que comme elle est la dernière de sa famille, c’est à elle qu'il revient, d'après la tradition juive libérale, de poser les questions liturgiques lors des fêtes juives, questions qui donnent lieu à des explications plus complètes par le célébrant.
Edith Stein entame sa scolarité à l'école Victoria en 1896, année où, pour la première fois en Prusse, les filles sont autorisées à passer le baccalauréat. Elle se retrouve très vite dans la classe supérieure. Une camarade de classe dit d'elle : « Sa précocité n'avait rien de surprenant, elle y était poussée par ses aînés, mais l'irrésistible orgueil qu'elle développa et dont la tension pouvait aboutir à des larmes et à la colère quand elle n'obtenait pas ce qu'elle souhaitait ou n'était pas la première, la meilleure, était moins positif... c'était une excellente élève »6. À partir de 13 ans, elle commence pour Kippour à jeûner jusqu'au soir, suivant la tradition juive. Elle conserve cette pratique même lorsqu'elle quitte sa famille et ne prie plusB 1.
À partir de 1904, les filles sont admises au lycée. Toutefois, arrivée à l'adolescence, Edith Stein refuse de rentrer au lycée et demande à arrêter ses études en 1906 à l'âge de 15 ans. Elle part dix mois à Hambourg aider sa sœur Else qui vient d'avoir un enfant. C'est à cette époque qu’Edith Stein cesse de prierA 2 : « En pleine conscience et dans un choix libre, je cessai de prier »5.
En septembre 1907, elle revient à Breslau. Elle retrouve un grand appétit de savoir et, alors qu'elle a quitté le collège volontairement, se remet avec brio aux études. Elle rattrape rapidement son retard et intègre le lycée en septembre 1908. Pendant cette période, Édith Stein lit et étudie beaucoup. Elle affirme plus tard que « ces lectures littéraires de l'époque me nourrirent pour ma vie entière »C 1. C'est pendant cette période qu'elle commence aussi à découvrir la philosophie et notamment la lecture de Friedrich von Schiller, disciple d'Emmanuel Kant.
Edith Stein prend alors un engagement politique, en devenant membre de la section locale de « L'Association prussienne pour le vote des femmes »A 3. Elle soutient, avec sa sœur Erna et ses amies, l'aile la plus radicale du mouvement féministe autour d'Anita Augspurg, d'Hélène Stöcker et de Linda Gustava HeymannA 3. (L'aile est radicale dans le sens où elle réclame une égalité totale entre hommes et femmes.)
Édith Stein obtient son baccalauréat avec succès en 1911, et décide de poursuivre des études universitaires en philosophie.

La philosophe


Plaque commémorative d'Édith Stein à Prague.

Université à Breslau

Edith Stein est persuadée que « nous sommes sur terre pour être au service de l'humanité (...) Pour s'y employer du mieux possible, il faut faire ce à quoi l'on incline »A 4,C 2. Elle entame alors de brillantes études à l'université de Breslau, aidée par l'argent (plusieurs milliers de marks) légué par sa grand-mère Johanna SteinA 5. Elle décide d'étudier de nombreuses matières : les langues indo-européennes, l'allemand ancien, l'histoire du drame allemand, l'histoire de la Prusse et de Frédéric le Grand, l'histoire de la constitution anglaise, la philosophie de la nature, l'introduction à la psychologie, l'initiation au grec enfin. Édith Stein étudie particulièrement l'histoire, se considérant comme « passionnée aux événements politiques du présent considérés comme l'histoire en devenir »C 3. Elle tire de cette période de sa vie les nombreux exemples historiques qu'elle utilise par la suite dans ses conférences. Elle étudie aussi la psychologie auprès de William Stern7, et la philosophie dispensée par Richard Hönigswald. C'est au cours de ces études de psychologie qu'elle se déclare athée8. Son ami d'études, Georg Moskiewicz, qui étudie la psychologie avec elle, lui parle en 1912 de l'orientation philosophique nouvelle que présente la phénoménologie d'Edmund Husserl. Elle décide alors de l'étudier et se trouve séduite par le procédé de réduction phénoménologique. C'est cette découverte qui la pousse à aller à GöttingenB 2.
Elle participe aussi à deux associationsC 4 : la première est l'association Humboldt d'éducation populaire, qui donne gratuitement des cours de soutien scolaire à des ouvriers et des employés. Elle y donne des cours d'orthographe. La seconde est une association de femmes, visant à l'égalité des sexes et organisant des petits débats. Elle fait la connaissance à Breslau de Kaethe Scholz, une enseignante qui anime des cours de philosophie auprès de femmes. Son exemple inspire Édith Stein dans la fondation de son « Académie » en 1920.

Études à Göttingen

Edith Stein poursuit ses études à Göttingen, où elle suit, à partir de 1913, les cours du philosophe Leonard Nelson, l'historien Max Lehmann (élève de l'historien Leopold van Ranke), dont Édith Stein se dit « la petite fille spirituelle »A 6. Grâce à son ami Georg MoskiewiczA 7 Édith Stein est acceptée dans la Société de philosophie de Göttingen, qui rassemble les principaux membres de la phénoménologie naissante : Edmund Husserl, Adolf Reinach, et Max Scheler principalement. De ces rencontres, elle garde une correspondance personnelle et approfondie avec Roman Ingarden, Hans Lipps, Alexander Koyré, parmi les plus importants. Elle fera par la suite connaissance avec Dietrich von Hildebrandt, et surtout Hedwig Conrad-Martius, Théodor Conrad, qui deviendront des amis très proches.
Edith Stein décide alors de préparer son examen d'État, première étape avant la thèse. Elle suit les conférences de Max Scheler, qui organise ses allocutions à partir de son nouvel essai intitulé « Le formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs » (1913-1916), et à la lecture duquel Édith Stein trouve de nombreuses inspirations pour ses travaux sur l'empathie. Malgré de grosses difficultés, elle poursuit ses études avec l'aide de Reinach. L'examen est prévu pour novembre 1914.

Première Guerre mondiale

Lors de la Première Guerre mondiale, Edith Stein décide de retourner à Breslau. Dans l'immédiat, elle veut servir et aider de son mieux. Elle fréquente un cours d'infirmière. Pour elle, ce sont des temps difficiles.
Elle écrit : « Quand la guerre sera finie, si je vis encore, je pourrai à nouveau penser à mes occupations personnelles »A 8. Elle retourne à Göttingen pour passer son examen d'État, passe les épreuves et, début janvier, obtient le diplôme avec la mention « très bien ».
Suite à son examen, elle postule à nouveau à la Croix Rouge, et est envoyée à l'hôpital militaire de Mährish-Weisskirchen, en Autriche. Elle soigne les malades du service des maladies infectieuses, travaille en salle opératoire, voit mourir des hommes dans la fleur de l'âge, issus de toute l'Europe de l'Est. Cette expérience la marque profondément. C'est une sorte d'expérience pratique d'empathie: comment communiquer avec des hommes dont on connaît peu la langue?
Elle obtient la médaille de la bravoure pour son dévouementB 3. Epuisée, elle est invitée à rentrer chez elle et n'est plus rappelée.

Thèse de philosophie

Par la suite, elle décide de se consacrer sérieusement à sa thèse. Elle fait désormais partie du cercle intime de ses maîtres. Son ami Reinach se convertit au protestantisme au cours de la guerre9. Il est baptisé le 9 avril 1916. Édith Stein côtoie de plus en plus de chrétiens dans le cercle de philosophes.
Elle poursuit sa thèse tout en étant professeur remplaçante à Breslau. Elle décide de suivre Edmund Husserl à Fribourg-en-Brisgau, où elle est l'une des premières femmes à obtenir sa thèse summa cum laude en 1917, avec le soutien de Edmund HusserlF 1. Celle-ci est intitulée : « Sur le problème de l'empathie », qu'elle définit comme « une expérience sui generis, l’expérience de l'état de conscience d'autrui en général (…) L'expérience qu'un moi en général a d'un autre moi semblable à celui-ci ».
Elle fréquente beaucoup un étudiant polonais, Roman Ingarden, dont elle devient amoureuse10. Son travail enthousiasme Husserl qui a l’impression qu'elle anticipe sur une partie de ses IdéesB 3.

Collaboration avec Husserl

Elle devient ensuite l'assistante d'Edmund Husserl en lui proposant ses services après avoir passé sa thèse, en 1916F 2. Elle apprend la sténographie afin de pouvoir lire les notes d'HusserlF 2. Elle donne des cours d'initiation à la pensée du philosophe. Elle synthétise les tomes 2 et 3 des Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures.
Elle rédige aussi à partir des notes d'Husserl l'ouvrage Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, ouvrage qui est édité par Martin Heidegger en 1928 sans mentionner correctement la contribution d'Edith Stein.
Sa recherche philosophique porte essentiellement sur la personne humaine, les relations interpersonnelles, les communautés d’appartenance (État, peuple, groupe ethnique, religieux, etc.). Elle insiste sur le sens des valeurs, la liberté, le refus du totalitarisme.
Au cours de ces années de recherche elle tente de synthétiser avec ses propres notes l'ensemble de la pensée d'Husserl. Elle remanie cet ouvrage tout au long de sa vie. Il est publié en 1991 sous le titre « Introduction à la philosophie »A 9.
Cependant Husserl refuse de soumettre Edith Stein à l'habilitation, ce qui lui permettrait d'être titulaire d'une chaire. Son opposition semble fondée sur sa crainte de voir échouer ce processus, dans la mesure où encore aucune femme n'est titulaire de chaire de philosophie en Allemagne11. De plus, comme beaucoup des nombreux professeurs juifs, Husserl est lui-même en position difficile.
Elle est très touchée par la mort au front de son ami Reinach12. Elle "hérite" de ses notes philosophiques, où Reinach essaie de comprendre sa propre évolution religieuse. C'est elle qui met en ordre et fait connaître ses notes.

Conversion et engagements

Engagement politique et féminisme

Édith Stein s'intéresse beaucoup aux questions concernant les femmes. Elle milite ainsi pour le droit de vote des femmes (qui est obtenu en 1919 en Allemagne). Elle entre dans l'organisation « Association prussienne pour le droit des femmes au vote ». En janvier 1919, elle s’engage au « DDP », le Parti démocrate allemand, un parti de centre-gauche qui abrite des féministes ainsi que des personnalités juives. Alors que dans sa jeunesse elle se dit sensible à l'idéal prussien, elle devient de plus en plus critique devant le militarisme de la Prusse et l'antisémitisme ambiant. Elle écrit en 1919 : « De toute façon, nous (les Juifs) ne pouvons attendre aucune sympathie plus à droite ». Elle dénonce à son ami polonais Roman Ingarden « l'effroyable antisémitisme qui règne ici ». Progressivement, la grande idéaliste est déçue par la réalité de la politiqueE 1. Plus tard, elle écrit : « Jeune étudiante, je fus une féministe radicale. Puis cette question perdit tout intérêt pour moi. Maintenant je suis à la recherche de solutions purement objectives »5.
Elle continue d'être européenne, de refuser le triomphalisme prussien à propos de Sedan et écrit devant le carnage de la Première Guerre mondiale : « Deux choses seulement me maintiennent la curiosité en éveil : la curiosité de voir ce qui va sortir de l'Europe, et l'espoir d'apporter ma contribution en philosophie »13. Dans ses lettres des années 1930, elle parle des auteurs polonais, du français Romain Rolland qu'elle apprécie, et refuse de voir la communauté humaine se déchirer à cause de nationalismes exacerbés. C'est sans doute l'origine commune de son féminisme comme de son pacifisme. Elle dit ainsi qu'elle a « de chaudes discussions »14 au sein de ce parti.
Edith Stein est la première femme devenue docteur en philosophie en Allemagne et la première à avoir demandé officiellement que les femmes soient admises à présenter une habilitation au professorat. Au cours des années 1918 à 1919, elle publie L'Individu et la communauté, sous le titre Contributions à un fondement philosophique de la psychologie et des sciences humaines, se détachant de la pensée d'Husserl, et évoquant la religion. Face aux discriminations sur son habilitation, elle écrit au Ministre de la Culture allemand, qui lui donne raison, affirmant la possibilité pour une femme d'être professeur d'université. Cependant, malgré toutes ses démarches elle est refusée à Kiel, Hambourg, et GöttingenA 10. Face à cette opposition elle fonde une académie privée, et accueille trente auditeurs chez elle, dont le futur sociologue Norbert EliasA 11. Elle poursuit sa réflexion en publiant Étude sur l'État, où elle décrit les différentes notions d'individu, de communauté, de masse et d'État. Elle s'oppose donc à l'idéologie du national socialisme allemand, ainsi qu'aux idéologies marxistes.
Elle observe vers la fin de sa vie le chemin parcouru concernant les droits obtenus par les femmes et le changement de mentalités et rédige un nouvel ouvrage : Formation de femme et profession de femme où elle explique que « les jeunes filles passent aujourd'hui le baccalauréat et s'inscrivent à l'université en ignorant le plus souvent ce qu'il a fallu de réunions, résolutions, pétitions adressées au Reichstag ou aux Staatsregierungen pour que s'ouvrent aux femmes, en 1901, les portes de l'université allemande »15.

Rencontre du Christ


Cathédrale de Francfort-sur-le-Main en 1866.
La conversion d'Edith Stein est précédée d'une longue recherche intellectuelle et spirituelle qui s'étend des années 1916 à 1921. La première étape de sa conversion a été une expérience marquante lors de la visite d'une cathédrale à Francfort-sur-le-Main où elle rencontre une femme venant du marché qui entre, fait une courte prière, comme une visite, puis s'en va. Stein explique : « C’était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les synagogues et les temples que je connaissais, quand on s’y rendait c’était pour l’office. Ici, au beau milieu des affaires du quotidien, quelqu’un pénétrait dans une église comme pour un échange confidentiel. Cela, je n’ai jamais pu l’oublier »14.
Elle est aussi profondément marquée par la mort de son ami Reinach, mais c'est l'attitude de sa femme, qui est, selon l'affirmation d'Edith Stein, l'élément le plus marquant. Pauline Reinach croit dans la vie éternelle, et trouve une consolation et un courage renforcé dans sa foi en Jésus. À travers cette expérience, elle découvre l'existence d'un amour surnaturel16. Elle affirme plus tard que « la cause décisive de sa conversion au christianisme fut la manière dont son amie accomplit par la force du mystère de la Croix le sacrifice qui lui était imposé par la mort de son mari »17.
Dans le cercle des phénoménologues, les conversions au christianisme se multiplient (ses amies Anne et Pauline Reinach, F. Hamburger et H. Conrad notamment)18,B 4. Mais c’est en août 1921 qu’Edith Stein opte définitivement pour la foi catholique. Lors d'une visite à ses amis Conrad-Martius, Edith Stein lit, ou relit, un livre que lui ont offert les Reinach : la Vie de sainte Thérèse de Jésus, par elle-même. Cet épisode est l’aboutissement de sa longue quête de la véritéE 2. Elle affirmera plus tard, dans un écrit objectif, que « l'on peut avoir conscience de la vérité, sans l'accepter, en refusant de se placer sur son terrain »G 1. Dès ce moment elle veut être carmélite. Annoncer sa conversion à sa mère est très difficile. Elle affirme en effet : « Quant à ma mère, ma conversion est la plus lourde peine que je puisse lui porter »19. Elle demande le baptême au sein de l'Église catholique le 1er janvier 1922 et elle prend les noms de baptême : Edith, Theresia (même nom que Sainte Thérèse d'Avila), Hedwig (nom de sa marraine Hedwig Conrad-Martius). Elle fait sa première communion le lendemain et est confirmée le 2 février par l'évêque de SpireA 12.

Conférences

Après son baptême elle veut entrer dans l'Ordre du Carmel, mais son père spirituel, le vicaire général de Spire, le lui déconseille et lui demande d'enseigner l'allemand et l'histoire au lycée et à l'école normale féminine du couvent des dominicaines de la Madeleine de SpireA 13, ce qu'elle fait de 1922 à 1933. C'est un grand centre de formation des enseignantes catholiques, religieuses et laïques, de l'Allemagne du Sud. Edith Stein se plonge ainsi dans la pédagogie tout en essayant de vivre ses journées comme les religieuses, priant régulièrement et cherchant à être religieuse selon le cœurC 5. Elle décide de traduire en allemand, pendant ses temps libres, les œuvres de John Henry Newman, anglican converti au catholicismeA 14. Elle poursuit sa traduction pour une maison d'édition intéressée par le travail de NewmanC 6.
Elle poursuit son travail de traduction encouragé par son père spirituel P. Erich Przywara, en traduisant pour la première fois les écrits de saint Thomas d'Aquin du latin en langue allemande (notamment les Quaestiones disputatae de veritate). L'Église catholique ayant, en 1879, choisi, dans l'encyclique Æterni Patris, la philosophie de saint Thomas d'Aquin comme doctrine officielle de sa théologie, Édith Stein tente donc l'idée d'une « discussion entre la philosophie catholique traditionnelle et la philosophie moderne »C 7. Ce travail durera plus de huit ans, et conduira aux écrits : Les Questions de saint Thomas d'Aquin sur la Vérité, La Phénoménologie de Husserl et la philosophie de saint Thomas d'Aquin, Essai d'étude comparée, Puissance et acte, et Être fini et être éternel. Le père Erich Przywara l'encourage à confronter saint Thomas d’Aquin et la philosophie moderne. Elle écrira plus tard à propos de ces études « Il m'est apparu à la lecture de Saint Thomas qu'il était possible de mettre la connaissance au service de Dieu et c'est alors, mais alors seulement, que j'ai pu me résoudre à reprendre sérieusement mes travaux. Il m'a semblé en effet que plus une personne est attirée par Dieu, plus elle doit sortir d'elle-même pour aller vers le monde en y portant l'amour divin »G 2.
Dès 1926 on la sollicite pour faire des conférences. C'est l'amorce d'une carrière de conférencière qui la conduira à faire plus de trente conférences à travers l'AllemagneA 15. L'archiabbé Raphaël Walzer de l'abbaye de Beuron, son père spirituel à partir de 1928, et le P. Erich Przywara l’encouragent à répondre positivement à ces invitations. Elle commence alors à donner des conférences, faisant de longs voyages en Allemagne et dans d'autres pays. Nombre de ses enseignements portent sur la place de la femme dans la société et dans l'Église, sur la formation des jeunes et sur l'anthropologie. Elle prend résolument position contre le nazisme et rappelle la dignité de tout être humain.
Au cours de ces conférences, elle affirme que l'éducation ne peut pas tout obtenir par la force, mais doit aussi passer par le respect de chaque individu et la grâce. Elle met donc en garde contre la surveillance des étudiants, et montre le rôle exemplaire du professeur dans l'éducation, plus que les moyens coercitifs20. Son père spirituel lui conseille de continuer son œuvre, du fait de son statut de laïc dans la société, fait rare à l'époqueA 16. Elle prend ainsi parti pour le dialogue entre catholiques et protestants au sein de l'éducation21. Édith Stein obtient une notoriété importante au cours d'une conférence en 1930 sur « L'éthique des métiers féminins ». Seule femme à prendre la parole au cours du Congrès, elle parle des métiers féminins et refuse la misogynie de l'époque en affirmant qu'« aucune femme n'est seulement femme, chacune présente des traits individuels et des dispositions propres, tout comme l'homme, par l'aptitude à exercer telle ou telle profession dans un domaine artistique, scientifique ou technique »22. Les comptes-rendus de cette conférence sont repris dans de nombreux journaux de l'époque. Au cours d'une de ces conférencesA 17 elle discute avec Gertrud von Le Fort, amie poétesse. Dans la Position, Gertrud von le Fort affirmera même (mais c'est de mémoire quarante ans plus tard) qu'elle a été en contact avec Edith Stein dès 1925-26 par le biais du P. Przywara. De cette rencontre naît l'inspiration de l'œuvre La Dernière à l'Échafaud, dont Georges Bernanos s'inspire pour écrire les Dialogues des Carmélites. En 1932 elle continue ses conférences demandant une éducation précoce de la sexualitéA 16.
Edith Stein continue parallèlement ses études de philosophie et est encouragée par Martin Heidegger et Honecker dans ses recherches dans le dialogue entre la philosophie thomiste et la philosophie phénoménologiqueA 16. En 1931, elle termine son activité à Spire. Elle tente de nouveau d'obtenir l'habilitation pour enseigner librement à Wroclaw et à Fribourg, ce qu'elle n'obtient pas. Elle trouve un poste à l'Institut des sciences pédagogiques de MünsterA 18, institut géré par l’enseignement catholique (qui sera fermé par le pouvoir nazi quelques années plus tard). Elle participe en septembre 1932 à une conférence à Juvisy en France, organisé par la société Thomiste, ou elle intervient principalement sur la phénoménologie23. Elle continue à dialoguer avec ses amis philosophes, dont Hans Lipps qui la demande en mariage en 1932, demande qu'elle refuse24, ayant trouvé un « autre chemin ».
Edith Stein prend progressivement son autonomie vis-à-vis d'Husserl. Ainsi elle se trouve en désaccord avec lui sur le rôle de la théologie et de la philosophie. Elle considère que la philosophie a pour objectif d’ « approfondir les nécessités et les possibilités de l’être »D 1, par sa fonction de connaissance. Cependant, la philosophie d'Husserl lui semble dans une impasse dans la mesure où elle ne permet pas d’accéder aux questions de l'éthique et de la philosophie de la religion, ne laissant pas « de place pour Dieu »25. La théologie et la philosophie « ne doivent pas se faire concurrence, mais au contraire se compléter et s’enrichir réciproquement »D 2. La théologie peut en effet servir selon elle d'hypothèse permettant d'accéder au logos. Elle critique aussi le fait que la philosophie d’Husserl omette des siècles de recherche chrétienne de la vérité en ne considérant que les philosophes récentsB 5. Cette critique se poursuit avec l'analyse de l'œuvre de Martin Heidegger. Elle conteste sa méconnaissance de la philosophie médiévale dans son analyseB 6. Elle lui reproche de « reculer devant l'infini sans quoi rien de fini ni le fini comme tel n'est saisissable »25.
Très vite après la prise du pouvoir par les nazis, les lois allemandes interdisent aux femmes l'enseignement dans les universités ainsi qu'aux Juifs. Cependant même lorsqu’elle est interdite d'enseignement en 1933, l’Association des enseignantes catholiques continue à lui verser une bourseA 19. Édith Stein est activement opposée au nazisme, dont elle perçoit très tôt le danger. Interdite d'enseignements du fait de l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, elle décide alors d'écrire au pape Pie XI pour demander une prise de position claire de l'Église contre ce qu'elle nomme « l’idolâtrie de la race »26,27. Celle-ci n'aura pas lieu du fait de la mort de Pie XI, décès qui arrête la rédaction de l'encyclique condamnant l'antisémitisme, Humani generis unitas commencée en mai 1938. Certains pensent que la lettre d'Édith Stein peut avoir une influence dans l'origine de cette encycliqueB 7. La condamnation du nazisme par l'Église catholique a lieu dans l'encyclique Mit brennender Sorge (1937). Alors qu'elle ne peut plus s’exprimer publiquement du fait des lois antisémites, elle redemande alors à l’archiabbé Walzer de Beuron de pouvoir rentrer au Carmel.
Elle décide, suite à une conversation avec un religieux, d'écrire un livre sur l'« Humanité juive »G 3 alors de rassembler ses souvenirs et écrit sous le titre Vie d'une famille juive, où elle décrit l'histoire de sa famille, en tentant ainsi de détruire tous les préjugés antisémites et décrivant l'humanité juive. Ce récit autobiographique s'arrête en 1916, peu de temps avant sa conversion. En la fête de sainte Thérèse d’Avila, le 15 octobre 1933, elle réalise enfin son rêve : elle entre au monastère.

Vie religieuse

Le choix du Carmel


Statue commémorant l’itinéraire d’Édith Stein à Cologne.
Le choix du Carmel peut trouver plusieurs explications. La première raison est la lecture des mystiques du Carmel, dans la mouvance des phénoménologues à partir de 1917. En témoigne une conversation qui a lieu vers 191828: dans une période de doute et de difficultés, Philomène Steiger (1896 - 1985), une amie catholique, lui parle de la quête du prophète Élie, le définissant comme le véritable fondateur du Carmel, cherchant dans la solitude l'union à DieuA 20. À cette époque, Edith Stein connaissait déjà les écrits du Carmel. La deuxième raison, la plus importante, est sans doute son admiration pour Thérèse d'Avila et pour son œuvre qui l'ont conduite au Christ. Après la lecture de sa biographie, elle avait fait le choix de devenir catholique et d'entrer un jour au Carmel afin de « renoncer à toutes les choses terrestres et vivre exclusivement dans la pensée du divin »C 8.Mais, comme elle le dit elle-même, elle découvre que la vocation carmélitaine, loin d'être une fuite du "terrestre" est au contraire une manière concrète d'incarner un "grand amour".

Entrée au Carmel de Cologne

Article détaillé : L'Être fini et l'Être éternel.
En 1933, privée désormais comme juive du droit de s’exprimer publiquement, elle demande à entrer au Carmel, malgré ses 41 ans. Elle est donc admise au Carmel de Cologne. Elle prend l’habit le 15 avril 1934 et reçoit le nom de « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Ses supérieures l’encouragent bientôt à reprendre ses travaux philosophiques. À Pâques le 21 avril 1935, Édith Stein fait ses vœux temporaires. Elle a l'autorisation de poursuivre ses études sur Puissance et Acte, projet d'étude philosophique qu'elle poursuit jusqu'en 1939A 21. Ses travaux conduisent Édith Stein à remanier de manière complète ce projet, qu'elle renomme L’Être fini et l’Être éternel. Cet écrit peut ainsi être considéré comme son œuvre majeure. Elle y établit le chemin de la recherche de Dieu, qui passe par une recherche de la connaissance de soi. L'ensemble de ses travaux ne pourra cependant être publié, en raison des lois anti-juives du Troisième Reich. Elle renouvelle ses vœux temporaires le 14 septembre 1936. Au cours de cette cérémonie, elle affirmera « Quand mon tour est arrivé, de renouveler mes vœux, j'ai senti que ma mère était près de moi, j'ai expérimenté clairement qu'elle était proche de moi »G 4,29. Elle apprendra quelques jours plus tard que sa mère mourrait au même moment. Ce fut pour Edith Stein une profonde consolationG 4.
Le 21 avril 1938, elle prononce ses vœux définitifs en tant que carmélite. Devant le danger que présentent les lois nazies, Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix a l'autorisation de partir au carmel d’Echt, en Hollande, le 31 décembre 1938A 22. Sa sœur Rosa, qui s’est convertie elle aussi au catholicisme, l'y rejoint plus tard après un séjour en Belgique (voir Lettres).

Carmel d’Echt

Article détaillé : La Science de la Croix.
Édith Stein arrive au Carmel d'Echt, aux Pays-Bas, mais elle est inscrite auprès des services de l'immigration néerlandais en tant que juive. Elle est de plus en plus inquiète devant le sort de ses amis et sa famille juive. Elle continue ses travaux mais demande à sa supérieure de « s'offrir en sacrifice au Sacré-Cœur de Jésus pour la paix véritable ». Le 9 juin 1939, elle rédige son testament, dans lequel elle « implore le Seigneur de prendre sa vie » pour la paix dans le monde, et le salut des juifs30. L'annexion de la Hollande par l'Allemagne nazie conduit à une situation de plus en plus difficile pour Édith Stein, soumise à un statut particulier du fait de son origine juive. Néanmoins sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix continue d'écrire, conformément aux souhaits de ses supérieurs. Elle est ainsi déchargée de ses travaux manuels par sa supérieure au début 1941B 8. À l'occasion du quatre-centième anniversaire de la naissance de saint Jean de la Croix, sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix entreprend l'étude de sa théologie mystique.
Stein avait préparé la rédaction de ce gros ouvrage par un court essai sur la théologie symbolique du Pseudo-Denys l'Aréopagite, une des sources de la pensée de saint Jean de la Croix31. Elle cherche à comprendre, avec le recul, comment certains arrivent à mieux découvrir Dieu à travers la création, la Bible et leurs expériences de vie, alors que pour d’autres, ces mêmes éléments restent totalement opaques. Elle intitule son œuvre sur Jean de la Croix Scientia Crucis (La Science de la Croix). Elle y fait une synthèse de la pensée du carme espagnol avec sa propre étude sur la personne humaine, la liberté et l’intériorité. Contrairement à ce qui fut dit, les dernières études graphologiques et littéraires montrent que l’œuvre est achevée au moment de l’arrestation d’Édith Stein32. C’est une sorte de synthèse de son cheminement intellectuel et spirituel. À travers l’expérience de saint Jean de la Croix, elle cherche à trouver les « lois » générales du chemin que peut faire toute intériorité humaine pour parvenir au royaume de la liberté : comment atteindre en soi le point central où chacun peut se décider en pleine liberté33. Cependant Édith Stein cherche à quitter la Hollande afin de partir vers un Carmel en Suisse et vivre sa foi sans la menace des nazis. Ses démarches restent sans succès car elle est privée du droit d'émigrer. Elle écrit en juin 1942 : « Depuis des mois, je porte sur mon cœur un petit papier avec la parole du Christ: « Lorsqu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans une autre »34,B 9.

Décès durant la Shoah

Face à l'augmentation de l'antisémitisme en Hollande, les évêques néerlandais décidentB 10, contre l'avis du pouvoir en place, de condamner les actes antisémites par la lecture lors de l'homélie d'une lettre pastorale dans les églises le 26 juillet 194235,36. Suite à cette lettre, un décret du 30 juillet 1942 conduit à l'arrestation des « Juifs de religion catholique »37,38.
Elle est arrêtée le 2 août 1942 par les S.S. avec sa sœur Rosa et tous les Juifs ayant reçu le baptême catholique. Ses dernières paroles sont, d'après un témoin, pour sa sœur « Viens, nous partons pour notre peuple »39,40.
Elle est déportée avec sa sœur dans les camps d'Amerfort, puis celui de WesterborkB 11. Elle y retrouve deux de ses amies et « filles » spirituelles, deux jeunes filles juives devenues catholiques : Ruth Kantorowicz et Alice Reis. Au camp de Westerbork, elle croise une autre grande mystique juive du XXe siècle, Etty Hillesum, qui vient d’être embauchée par le Conseil juif du camp pour aider à l’enregistrement. Cette dernière consigne dans son Journal la présence d’une carmélite avec une étoile jaune et de tout un groupe de religieux et religieuses se réunissant pour la prière dans le sinistre décor des baraquesE 3. À l’aube du 7 août, un convoi de 987 Juifs part en direction d’Auschwitz. Toutes les personnes du convoi sont gazées au camp d'extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne, le 9 août 1942.

Postérité

Reconnaissance posthume

Canonisation


Portrait d'Edith Stein sur un timbre créé pour la commémorer en 1983.
Édith Stein est béatifiée par Jean-Paul II, le 1er mai 1987, à Cologne, pour l’héroïsme de sa vie et sa mort en martyre, assassinée « ex odio fidei » (en haine de sa foi catholique)41. Avec sa béatification dans la cathédrale de Cologne l’Église honore, comme le dit le pape Jean-Paul II, « une fille d’Israël, qui pendant les persécutions des nazis est demeurée unie avec foi et amour au Seigneur Crucifié, Jésus Christ, telle une catholique, et à son peuple telle une Juive»5. Cette homélie de Jean-Paul II montre l'importance reconnue du peuple juif et de la tradition hébraïque dans la vie d'Edith Stein42. Elle est par la suite canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998 et proclamée co-patronne de l’Europe le 1er octobre 199943.
Le 11 octobre 2006, le pape Benoît XVI bénit une grande statue de sœur Thérèse Bénédicte de la Croix placée dans la partie extérieure de l’abside de la basilique Saint-Pierre du Vatican dans une niche entre les patrons de l’Europe44. Benoît XVI cite par ailleurs en exemple Édith Stein dans son discours lors de sa visite à Auschwitz le 28 mai 200645 affirmant : « de là apparaît devant nous le visage d'Édith Stein, Thérèse Bénédicte de la Croix : juive et allemande, disparue, avec sa sœur, dans l'horreur de la nuit du camp de concentration allemand-nazi ; comme chrétienne et juive, elle accepta de mourir avec son peuple et pour son peuple (...) mais aujourd'hui, nous les reconnaissons en revanche avec gratitude comme les témoins de la vérité et du bien, qui, même au sein de notre peuple, n'avaient pas disparu. Remercions ces personnes, car elles ne se sont pas soumises au pouvoir du mal, et elles apparaissent à présent devant nous comme des lumières dans une nuit de ténèbres »46.
Lors de la béatification d'Edith Stein, celle-ci fut béatifiée pour deux raisons, la première est celle de la reconnaissance de sa vie vertueuse et héroïque, mais aussi celle de martyre47. Avec la canonisation d’Édith Stein, en 1998 une polémique est née, certains reprochant au pape Jean-Paul II d'avoir voulu « récupérer » la Shoah, à travers sa canonisation. Ainsi des personnalités juives critiquèrent le pape lui demandant d’annuler la canonisation48, voyant en celle-ci une tentative pour réaliser la « christianisation de la Shoah »49,50. Cette polémique semble en partie due à une mauvaise interprétation du discours du pape Jean-Paul II qui affirma : « En célébrant désormais la mémoire de la nouvelle sainte, nous ne pourrons pas, année après année, ne pas rappeler aussi la Shoah, ce plan féroce d’élimination d’un peuple qui coûta la vie à des millions de frères et sœurs juifs »50. Certains ont cru y voir l’institution d’une journée commémorant la Shoah, or il s’avère que cette journée n’a jamais été instituée et que les propos ont sans doute été sur-interprétés50.

Autres reconnaissances

En 2008, Édith Stein entre au « Walhalla », mémorial des personnalités marquantes de la civilisation allemande. La chaîne télévisée publique allemande ZDF consacra une émission entière sur Édith Stein dans le cadre d'Unsere Besten, consacrant les plus grands Allemands de tous les temps. Un film est sorti en 1995 : La Septième demeure, dans lequel Maia Morgenstern joue le rôle d'Édith Stein.

Héritage

Théologie d’Edith Stein

Vision de la Femme


Mémorial de l'abbaye de Beuron en Allemagne
Édith Stein a très tôt été marquée par sa condition féminine. Première femme Docteur ès philosophie d’Allemagne, elle s’est engagée personnellement afin de défendre la possibilité pour les femmes d’aller à l’université et d’y enseigner, malgré les nombreuses réticences du début du XXe siècle.
Sa conversion va l’engager sur une autre voie. Elle pense alors que les revendications féministesB 12 ne suffisent pas: il faut développer une théologie catholique de la femme, ce qu'elle fait à travers de nombreuses conférences dans toute l’Allemagne. Cette théologie spécifique à la condition féminine, qui était quasiment inexistante dans l’enseignement catholique, sera développée par Jean-Paul II, qui semble avoir été influencé par l’analyse d’Édith Stein, dans la lettre apostolique Mulieris dignitatem51.
Certaines de ses conférences ont été regroupées en français dans un premier recueil La Femme et sa destinée, suivi en français de La femme. Ces livres abordent de nombreux thèmes comme l’éducation de la femme, sa vocation, son statut particulier. À partir d’une analyse philosophique Edith Stein affirme l’unité de l’humanité, puis une différenciation des genres qui la conduit à affirmer que la femme a trois buts fondamentaux : « l’épanouissement de son humanité, de sa féminité et de son individualité ». En se fondant sur le récit de la Genèse et de l’Évangile, démarche reprise par Jean-Paul II dans son magistère, elle prend la Vierge Marie pour modèle, et affirme son rôle essentiel dans l’éducation. Cependant, elle nie l’opposition de l’époque affirmant que les femmes doivent se cantonner à la seule sphère familiale et affirme que la vocation de la femme peut avoir une vie professionnelle : « Le but qui consiste à développer les capacités professionnelles, but auquel il est bon d’aspirer dans l’intérêt du sain développement de la personnalité individuelle, correspond également aux exigences sociales qui réclament l’intégration des forces féminines dans la vie du peuple et de l’État »D 3. Cette affirmation est d’autant plus forte qu’elle considère comme une perversion de la vocation féminine la vie des « jeunes filles de bonnes familles et des femmes oisives des classes possédantes »A 23.
Elle affirme, en s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin, qu’il existe des professions naturelles de la femme52, s'appuyant sur des prédispositions féminines. Prédispositions qui n’empêchent pas une singularité et des dispositions singulières, comme chez les hommes. Elle affirme plus loin qu’« un authentique métier féminin, c'est un métier qui permet à l’âme féminine de s’épanouir pleinement »D 4. La femme doit donc se réaliser dans sa profession en recherchant ce qui est le plus dans sa vocation. Elle doit veiller à conserver « une éthique féminine »D 5 dans sa profession, en prenant la Vierge Marie comme modèle de la Femme et dans sa destinéeD 6.
Cette réalisation doit aussi comprendre une mission spirituelle de la femme, qui se réalise par la vie en Dieu, la prière et les sacrements. Dans cette logique elle critique le manque d’instruction donnée aux femmes, et le manque d’enseignement du catéchisme auprès des femmesD 7, l’éducation se focalisant trop sur la piété. Elle affirme ainsi que « la foi n’est pas une affaire d’imagination, ni un sentiment de piété mais une préhension intellectuelle ». Elle mettra en garde les institutions religieuses, qui, dans l’éducation religieuse, utilisaient trop souvent des moyens coercitifs afin de développer la piété. La foi ne pouvant s’obtenir qu’en vertu de la Grâce, elle affirme la nécessité non pas des contrôles mais de l’exemple dans l’éducation des fillesA 24.

Vision du judaïsme


Vitrail d'Alois Plum représentant d'Edith Stein et Maximilien Kolbe à Cassel
La vision du judaïsme d’Édith Stein évolue tout au long de sa vie. Née dans une famille juive, elle abandonne sa foi juive, pour devenir athée, ou en tout cas non pratiquante et agnostique, dès l’adolescence. Cet athéisme est remis en question par sa rencontre du Christ. Cette conversion conduit Édith Stein à un approfondissement de sa foi et à se ré-approprier progressivement ses racines juives et à exprimer sa foi chrétienne d’une manière originaleE 4.
Edith Stein ne renie pas son origine juive, mais l’assume, en se considérant toujours comme appartenant au peuple juif. Elle considère ainsi que Jésus de Nazareth est un juif pratiquant, comme ses disciples des premiers temps. Il en va de même de l’Église, le groupe actuel de ses disciples. L’Église doit donc rester pleinement consciente de cet enracinement et doit être solidaire du peuple juif persécuté53. Ainsi c’est cette réflexion et cette filiation qui conduisent Édith Stein à écrire au Pape Pie XI contre l’antisémitismeB 13, et à agir contre l’antisémitisme tout au long de sa vie54. Elle revendique par ailleurs son héritage juif, par exemple en 1932. Lors d'un séjour à Paris, elle parle « des nôtres » ou de « nous » lorsqu'elle parle de ses amis philosophes juifsB 14, ce qu'elle fera continument tout au long de sa vie.
Dans son œuvre présentée comme autobiographique Vie d’une famille juive, Édith Stein veut, selon l’avant-propos, produire une réfutation de l’antisémitisme nazi à travers la présentation de la vie de sa famille et de ses amis juifs, dont elle est totalement solidaire, cherchant à faire disparaître les préjugés antisémites. Cet héritage est vécu par Édith Stein de façon plus personnelle ; elle écrit ainsi en 1932 : « J'avais entendu parler de mesures sévères prises à l'encontre des Juifs, mais à ce moment-là l'idée se fit jour en moi, soudainement, que Dieu venait à nouveau de poser lourdement sa main sur mon peuple et que le destin de ce peuple était aussi le mien »B 15. Elle écrit La Prière de l'Église, où elle réaffirme le lien profond, vital, entre le catholicisme et les juifs, affirmant que « le Christ priait à la manière d'un Juif pieux, fidèle à la Loi »55. Elle affirme dans la même logique qu'il existe une richesse passée et présente de la liturgie juive. Richesse qui préfigure la richesse de la liturgie catholiqueB 16. En cela, l'œuvre d'Edith Stein est prophétique, elle annonce les avancées du Concile Vatican II et de l'amitié judéo-chrétienne qui suivra.
Enfin sa mort, qu’elle veut vivre comme un holocauste pour « son peuple », montre son attachement profond à ce lien entre christianisme et judaïsme56. Elle ne renie pas sa foi catholique, mais s’identifie au Christ, qui meurt pour ses disciples. Édith Stein fait donc de même, en partant aux camps en tant que juive. Le pape Jean-Paul II dans l'homélie de sa béatification affirmera qu'il n'y a pas de contradiction pour Edith Stein dans sa foi : « Pour Edith Stein, le baptême chrétien n'était pas une façon de briser avec son héritage juif. Tout au contraire elle déclara : « J'avais abandonné la pratique de la religion juive dès l'âge de quatorze ans. Mon retour à Dieu me permit de me sentir à nouveau juive ». Elle a toujours été consciente du fait qu'elle était liée au Christ « non seulement par la spiritualité, mais aussi par le sang. » (...) Dans les camps d'extermination, elle mourut en fille d'Israël « pour la gloire du Très Saint Nom et, à la fois, en tant que sœur Teresa Benedicta de la Croix, c'est-à-dire, « bénie par la Croix » »57.

Théologie de la Croix

Edith Stein a développé une spiritualité particulière centrée autour de la Passion du Christ. Dès le début de sa conversion elle est frappée par le mystère de la souffrance à travers la mort de son ami Adolf Reinach. Elle découvre comment sa jeune veuve assume l'épreuve dans l'espérance chrétienne. Edith Stein a été touchée par l'expérience de la foi vécue dans l'épreuve.
Une fois au Carmel elle prendra le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix montrant par là-même l'importance pour elle de la théologie de la Croix. La rédaction de La Science de la Croix, sur la spiritualité de Jean de la Croix, permettra à Edith Stein de développer une théologie de la Croix. La Croix est, selon Edith Stein, « cette vérité ... enfouie dans l'âme à la manière d'un grain de blé qui pousse ses racines et croît. Elle marque l'âme d'une empreinte spéciale qui la détermine dans sa conduite à tel point que cette âme rayonne au dehors et se fait connaître par tout son comportement ». Pour Edith Stein la science de la Croix consiste en l'imitation du Christ, homme des douleursG 5. La souffrance décrite par Jean de la Croix dans la Nuit obscure est une participation à la Passion du Christ et à « la souffrance la plus profonde celle de l'abandon de Dieu ». Jean de la Croix affirme que pour entrer dans « la richesse de la sagesse de Dieu, il faut entrer par la porte : cette porte est la croix et elle est étroite »G 6.
Pour Edith Stein, la science de la Croix est la possibilité de s'unir à Dieu: l'âme ne peut ainsi s'unir que si « elle a été purifiée auparavant par un brasier de souffrances intérieures et extérieures et d'après les plans de la Sagesse Divine. Nul ne peut en cette vie obtenir une connaissance même limitée des mystères, sans avoir beaucoup souffert »G 6. Ces souffrances sont considérées par Edith Stein comme le « feu de l'expiation ». Jésus en venant sur la terre a pris le fardeau des péchés de l'homme. Les souffrances du Christ tout au long de sa vie et accentuées au Jardin des Oliviers sont le signe de la douleur qu'il éprouve dans ce délaissement de DieuG 7. La mort du Christ, sommet de souffrance, marque aussi la fin de ses souffrances et la possibilité d'union de l'Amour éternelG 7, Union de la Trinité.
Pour Edith Stein, après la nuit obscure qui est purification du coeur, nous accédons à l'Union divineG 8. Edith Stein affirme ainsi qu'« On ne peut acquérir une scientia crucis que si l'on commence à souffrir vraiment du poids de la croix. Dès le premier instant, j'en ai eu la conviction intime et j'ai dit du fond du cœur: Ave Crux, spes unica »G 9,58 il ne faut pas pour autant avoir une vision doloriste de ce que dit Edith Stein: le but est bien la joie d'un amour vécu en plénitude. Tout doit mener à l'amour: "Il est à peine besoin de parler de l'amour: tout l'enseignement de saint Jean de la Croix est un enseignement de l'amour, une manière d'indiquer comment l'âme peut parvenir à être transformée en Dieu, qui est l'Amour". Du reste, saint Jean de la Croix n'utilise pas l'expression "science de la croix" mais "science d'amour". Un des plus beaux poèmes d'Edith Stein porte sur la joie de l'Esprit Saint:
"Es-tu le doux cantique de l'amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte,
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature?
le son harmonieux
l'accord unanime des membres et de la Tête,
dans lequel chacun au comble de la joie
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
rendu libre
en participant à ton propre jaillissement:
Saint-Esprit, jubilation éternelle" (Cf Malgré la nuit)
Cette science de la croix conduira Edith Stein à vouloir s'offrir et souffrir en s'unissant au Christ. Dès 1930, elle écrira « je ressens combien est faible l'influence directe, cela aiguise en moi le sentiment de l'urgence de l'holocaustum59 personnel. »F 3. La rédaction de son testament confirmera la volonté d'Edith Stein de vivre jusqu'au bout cette science de la Croix, affirmant « accepter déjà maintenant avec joie la mort que Dieu a prévue pour moi dans une parfaite soumission à Sa très Sainte Volonté. Je demande au Seigneur d'accepter ma vie et ma mort pour son honneur et Sa gloire ».

Philosophie d'Edith Stein

Empathie

L'empathie, ou Einfühlung, est un terme emprunté par Husserl à Théodor Lipps, désignant l’expérience intersubjectiveB 3. Elle adopte un point de vue différent du philosophe Theodor Lipps5. La thèse d'Édith Stein analyse l'empathie comme le don d'intuition et de rigueur qui permet de saisir ce que vit l'autre en lui-mêmeE 5. L'empathie peut permettre à la personne humaine, considérée comme un univers en soi, de s'enrichir et d'apprendre à se connaître au contact des autresD 8. Ainsi, même si nous ne les vivons pas personnellement par expérience, nous pouvons, par l'empathie, découvrir des choses sur nous-mêmes.
Édith Stein affirme que « par l'empathie, je peux vivre des valeurs et découvrir des strates correspondantes de ma personne, qui n'ont pas encore eu l'occasion d'être dévoilées par ce que j'ai vécu de manière originaire. Celui qui n'a jamais vu le danger de près peut, en réalisant la situation d'un autre par empathie, découvrir qu'il est lui-même lâche ou courageux. En revanche, ce qui contredit ma propre structure d'expériences, je ne peux pas le « remplir » mais je peux me le représenter de manière vide, abstraite »E 6. De cette analyse, Édith Stein affirme que « seul celui qui vit lui-même comme personne, comme unité de sens, peut comprendre d'autres personnes ».
C'est l'ouverture aux autres qui permet ainsi de mieux connaître la réalité. Celle-ci ne peut donc pas se fonder uniquement sur le moi pour atteindre la connaissance mais a besoin d'accepter les choses extérieures comme elles sont, ouvrant ainsi la porte à une plus grande connaissance des choses, sinon « nous nous emmurons dans la prison de nos particularismes ».

Annexes

Bibliographie

Œuvres d’Édith Stein
  • Correspondance 1917-1933, Ad Solem, Cerf, Edition du Carmel, 2009 (ISBN 978-2-204-08807-7)
  • La femme cours et conférences, Ad Solem, Cerf, Edition du Carmel, 2009 (ISBN 978-2-204-08608-0)
  • De la crèche à la Croix, Ad Solem, 2007 (ISBN 978-2-940402-10-6)
  • Voies de la connaissance de Dieu. La théologie symbolique de Denys l’Aréopagite, Ad Solem, 2003 (ISBN 2-88482-004-3)
  • Malgré la nuit, poésies complètes, Ad Solem, 2002
  • Vie d’une famille juive, édition du Cerf-Ad Solem, 2001
  • Source cachée, édition du Cerf-Ad Solem, 1999 (2e édition)
  • Le Secret de la croix, Parole et Silence, 1998
  • De la Personne : recueil de textes choisis par Ph. Secrétan (éd.), éd. du Cerf, 1992
  • De l’État, éd. du Cerf, 1989
  • Phénoménologie et philosophie chrétienne, éd. du Cerf, 1987
  • L’Être fini et l’Être éternel, essai d’une atteinte du sens de l’être, Nauwelaerts, 1972
  • La Science de la Croix, Passion d’amour de saint Jean de la Croix, Nauwelaerts, 1957
  • La Femme et sa destinée, éditions Amiot – Dumont, 1956 (recueil de six conférences données par Édith Stein sur le thème de la Femme)
Biographies et études sur Edith Stein
  • E. Godart, "Edith Stein ou l'amour de l'autre", éditions De l'Oeuvre, 2011
  • Yann Moix, Mort et vie d’Édith Stein, éditions Grasset et Fasquelle 2008, (ISBN 2246732611)
  • E. de Rus, L'art d'éduquer selon Édith Stein. Anthropologie, éducation et vie spirituelle, Cerf-Ad-Solem-Carmel, 2008
  • C. Rastoin, Édith Stein (1891 - 1942) : enquête sur la source, Cerf, 2007
  • E. de Rus, Intériorité de la personne et éducation chez Édith Stein, Cerf, 2006
  • V. Aucante, De la solidarité. Essai sur la philosophie politique d’Édith Stein, Parole et Silence 2006
  • C. Rastoin et D.-M. Golay, Avec Édith Stein découvrir le Carmel français, éd. du Carmel, 2005
  • Sylvie Courtine-Denamy, Trois femmes dans de sombres temps : Édith Stein, Hannah Arendt, Simone Weil, Le Livre de Poche, Biblio essais, no 4367, 2004 (ISBN 2-253-13096-6)
  • J. Hatem, Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry, L'Harmattan, 2004
  • U. Dobhan, S. Payne et R. Körner, Édith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, éd. du Carmel, 2004
  • M. A. Neyer, Édith Stein au carmel, Lessius, 2003
  • V. Aucante, Le Discernement selon Édith Stein. Que faire de sa vie ?, Parole et Silence, 2003 (ISBN 978-2-84573-165-3)
  • B. Weibel, Édith Stein prisonnière de l'Amour, Téqui, 2002
  • M. A. Neyer et A. U. Müller, Édith Stein, une femme dans le siècle, J.-C. Lattès, 2002(ISBN 2-7096-2080-4)
  • Élisabeth de Miribel, Comme l'or purifié par le feu : Édith Stein, 1891-1942, Plon, 1984 ; Perrin, 1998
  • J. Bouflet, Édith Stein philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998
  • C. Rastoin, Édith Stein et le mystère d’Israël, Ad Solem, 1998
  • Florent Gaboriau, Lorsque Édith Stein se convertit, éditions Ad Solem, 1997

Articles connexes

Liens externes

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Notes et références

Principales sources utilisées
  • Andreas Uwe Müller et Maria Amata Neyer, Édith Stein Une femme dans le siècle, La Flèche (France), Jean-Claude Lattès, novembre 2002, 276 p. (ISBN 2-7096-2080-4)
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  2. ↑ p. 29-30.
  3. ↑ a et b p.40
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  18. ↑ p. 201.
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  22. ↑ p. 256.
  23. ↑ p. 180.
  24. ↑ p. 170.
  • Sylvie Courtine-Denamy, Trois femmes dans de sombres temps, Édith Stein, Hannah Arendt, Simone Weil ou amor fati, amor mundi, Albin Michel, 2002, 22p, (ISBN 2-253-13096-6)
  1. ↑ p. 20.
  2. ↑ p. 29.
  3. ↑ a, b et c pp. 33-34
  4. ↑ p. 32.
  5. ↑ p. 49.
  6. ↑ pp. 64-65.
  7. ↑ Thèse du jésuite J. H. Nota, dans (de) Edith Stein und der Entwurf für eine Enzyclika gegen Rasisismus und Antisemitisismus, Freiburger Rundbrief, pp. 35-41, 1975, cité pp. 107-108.
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  13. ↑ pp. 107-108.
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  15. ↑ Citation reproduite p. 175.
  16. ↑ p. 155.
  • Édition complète des œuvres d'Édith Stein (Edith Stein Werke), éditions du Cerf, 2009
  1. ↑ (all) Volume VI,Stein Edith, Welt und Person. Beitrag zum christlichen Wahrheitsstreben, Herder Freiburg, 1962, p. 143.
  2. ↑ (all) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. p. 237.
  3. ↑ (all) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965, p. 160.
  4. ↑ (all) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. p.162
  5. ↑ Elle veut être selon ses mots : « religieuse selon le cœur, même si je ne porte pas le voile et ne suis pas lié par la clôture et par les vœux et ne peux pour le moment penser à me lier de la sorte », in (de) Selbstbildnis in Briefen, Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 185.
  6. ↑ «Entrer en contact étroit comme celui que donne la traduction avec un Esprit comme Newmann est merveilleux pour moi. Sa vie tout entière a été une recherche constante de la vérité en matière de religion», (all) Briefe an Roman Ingarden 1917-1938, Einleitung von Hanna-Barbara Gerl, Anmerkungen von Maria Amata Neyer O.C.D., 1991. p. 154.
  7. ↑ (de) Selbstbildnis in Briefen. Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 159.
  8. ↑ (de) Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965, p. 54.
  • Édith Stein, La Femme et sa destinée, éditions Amiot – Dumont, 1956
  1. ↑ Chapitre 1, pp. 37-40.
  2. ↑ Chapitre 1, pp. 37-40.
  3. ↑ pp. 73-74.
  4. ↑ pp. 86-87.
  5. ↑ p. 89.
  6. ↑ pp. 129-130.
  7. ↑ p. 135.
  8. ↑ p. 46.
  1. ↑ pp. 167-168.
  2. ↑ pp. 130-131.
  3. ↑ pp. 345-346.
  4. ↑ pp. 133-134.
  5. ↑ p. 46.
  6. ↑ Extrait de la thèse d'Édith Stein (1917) : Zum Problem der Einfühlung, chapitre IV, § 7.b), « Les types de personnes et les conditions pour pouvoir comprendre par empathie des personnes », cité p. 46.
  1. ↑ p. 49 -50
  2. ↑ a et b p. 52
  3. ↑ p. 414-415
  • Edith Stein, Thérèse bénie de la Croix, Revue du Carmel, N°49
  1. ↑ "p. 37"
  2. ↑ p. 39
  3. ↑ p. 21
  4. ↑ a et b p. 24
  5. ↑ p. 54
  6. ↑ a et b p. 56
  7. ↑ a et b p. 57
  8. ↑ p. 58-59
  9. ↑ p. 59
Autres sources
  1. ↑ Joachim Bouflet, Edith Stein: philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998, (ISBN 9782856167007).
  2. ↑ Lettre apostolique en forme de «Motu proprio» pour la proclamation de Sainte Brigitte de Suède Sainte Catherine de Sienne et Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix co-patronnes de l'Europe [archive]
  3. ↑ « Devenue catholique, Edith Stein se considère toujours comme appartenant au peuple juif » (voir ci-dessous sa vision du judaïsme) et dans Jean-Marie Lustiger « Toute sa vie, il expliquera que son christianisme n'a jamais signifié un renoncement à son identité juive ».
  4. ↑ (de) Uitgeverij De Moas et Waler Drten, Aus dem Leben einer jüdische Familie. Das Leben Edith Steins: Kindheit und Jugend, Verlag Herder, Fribourg, Bâle, Vienne, 1985, p. 42.
  5. ↑ a, b, c, d et e (fr) Biographie officielle d'Édith Stein sur le site du Vatican [archive], Vatican.va, 1998. Consulté le 17 mars 2010
  6. ↑ (de) Posselt, Teresia Renata, Edith Stein, eine grosse Frau unseres Jahrhunderts, Nuremberg, 1952.
  7. ↑ Edith Stein, Vie d'une famille juive, traduction de C. et J. Rastoin, 2001, Ad Solem Cerf, p. 261 (ISBN 2-204-06520-X).
  8. ↑ Déclaration d'Édith Stein faite à Philomene Steiger en 1918, soulignée dans sa thèse en 1916 où elle affirme que « l'homo religiosus lui est étranger dans son être même ».
  9. ↑ Adolf Reinach, Œuvres complètes, p. 789.
  10. ↑ Vincent Aucante, Le discernement selon Edith Stein, 2003, éditions Parole et Silence, (ISBN 978-2-84573-165-3), p. 38.
  11. ↑ (de) Theresia Wobbe, « Sollte die akademische laufbahn für Frauen geöffnet werden. Edmund Husserl und edith Stein », in Edith-Stein-Jahrbuch tome 2, p. 370, 1996.
  12. ↑ Roman Ingarden affirme : « À mon avis, ce fut le début des évolutions qui s'accomplirent en elle par la suite », in Edith Stein, Waltraud Herbstrith.
  13. ↑ Lettre à Roman Ingarden, 1917.
  14. ↑ a et b Édith Stein, Vie d’une famille juive.
  15. ↑ Voir également l'article « Édith Stein une pédagogie féminine », in revue Carmel, no 120, juin 2006.
  16. ↑ Andreas Uwe Müller, Édith Stein une femme dans le siècle.
  17. ↑ Confidence faite au professeur Hirchmann, jésuite, au parloir du Carmel d'Echt.
  18. ↑ (fr) Martine de Sauto, « Extrait de la Biographie d'Édith Stein parlant des conversions des philosophes [archive] », Journal La Croix, 2008. Consulté le 17 mars 2010
  19. ↑ Archive d'Édith Stein à Cologne (ESTA) C VII p. 78
  20. ↑ Conférence de 1929 intitulée « La part des institutions religieuses dans l'éducation religieuse de la jeunesse ».
  21. ↑ Feuille épiscopale de Spire, in Le Pèlerin, no 30, 27 juillet 1930, 699, 700p, repris par EWS Tome XII, p. 123-125.
  22. ↑ Conférence d'Édith Stein le 1er septembre 1930 à Salzburg intitulée « L'éthique des métiers féminins ».
  23. ↑ La Phénoménologie, 1932, éditions du Cerf.
  24. ↑ Vincent Aucante, Le discernement selon Edith Stein, 2003, éditions Parole et Silence, p. 38 (ISBN 978-2-84573-165-3).
  25. ↑ a et b Phénoménologie et philosophie chrétienne, Édith Stein, 1987, les éditions du Cerf, (ISBN 2-204-02737-5), p. 131.
  26. ↑ (fr) Edith Stein, « Lettre d’Édith Stein du 12 avril 1933 au pape [archive] Pie XI », Site du Carmel, 1933. Consulté le 17 mars 2010
  27. ↑ M.A. Neyer, Édith Stein au carmel, Lessius 2003, pp. 9-14.
  28. ↑ (de) Elisabeth Otto, Welt, Person, Gott. Eine Untersuchung zur theologischen Grundlage der Mystuk bei Edith Stein, p. 183 et suivantes, Vallendar-Schönstatt, 1990.
  29. ↑ (de) R. Leuven, Heil im Unheil. Das Leben Edith Stein: Reife und vollendung, in Edith Steins Werke, t, X Druten, Fribourg-en-Brisgau, Bâle, Vienne, 1983, p.116
  30. ↑ . Le testament d'Édith Stein peut être problématique quant à la formulation de sa pensée sur le peuple juif. Elle parle ainsi, par exemple, de l' « incroyance (Unglauben) du peuple juif ». L'ensemble de sa vie, ses écrits et son rapport aux Juifs permettent de donner une interprétation plus globale et non réductrice de cette formulation traditionnelle de l'Église d'avant le Concile. Le livre : Édith Stein, Une femme dans le siècle développe plus longuement ce passage afin de permettre une interprétation qui semble cohérente avec l'ensemble des écrits et de la vie d'Édith Stein.
  31. ↑ Essai publié en français sous le titre de Voies de la connaissance de Dieu.
  32. ↑ Steven Payne, Édith Stein et Jean de la Croix dans Édith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, pp. 90-91. Voir aussi la dernière édition allemande de Kreuzeswissenschaft.
  33. ↑ Voir le paragraphe « L’âme, le moi et la liberté » dans La science de la Croix.
  34. ↑ Évangile de saint Matthieu, Chapitre 10, verset 23
  35. ↑ (fr) Site faisant mention des actions menées par l'Église catholique contre les juifs [archive], 2000. Consulté le 22 mars 2010
  36. ↑ (fr) René Rémond, « Interview de René Rémond sur l'Église pendant l'entre-deux guerre faisant mention de la lettre pastorale [archive] », 2006. Consulté le 22 mars 2010
  37. ↑ http://www.mediapart.fr/club/blog/pihoute/070110/pie-xii-pape-bavard-quand-le-vatican-brisait-la-loi-du-silence [archive] Site parlant de la déportation des catholiques juifs suite à la protestation des évêques
  38. ↑ (de) Edith Stein, Wie ich in den Kölner Karmel kam, p. 132, Maria Amata Neyer.
  39. ↑ Marike Delsing témoin de la scène à transmis ses dernières paroles.
  40. ↑ Une double interprétation de l'expression « notre peuple » est envisageable. Elle peut désigner le peuple allemand comme le peuple juif. Les deux interprétations sont possibles, conformément à son testament.
  41. ↑ (fr) John H. Nota, « article « Édith Stein, femme d’Église » faisant mention de la cause de béatification "ex odio fidei" [archive] », Revue catholique internationale Communio, 1990. Consulté le 17 mars 2010
  42. ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Editions JC Lattès, 1999 p. 661 (ISBN 2-7096-2116-9)
  43. ↑ (fr) Jean-Paul II, « Lettre apostolique Spes aedificandi proclamant Édith Stein co-patronne de l'Europe [archive] », vatican.va, 1999. Consulté le 17 mars 2010
  44. ↑ Article du site eucharistiemisericor.free.fr [archive] d’octobre 2006.
  45. ↑ (fr) Hervé Yannou, « Article citant des extraits du discours du Pape à Auschwitz [archive] », Le Figaro, 2006. Consulté le 17 mars 2010
  46. ↑ (fr) Benoît XVI, « Discours complet de Benoit XVI à Auschwitz [archive] », vatican.va [archive], 2006. Consulté le 17 mars 2010
  47. ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Editions JC Lattès, 1999 p.658 à 662 (ISBN 2-7096-2116-9)
  48. ↑ (fr) Article faisant part de la demande de certains Juifs d’annuler la canonisation intitulé « Une martyre juive de confession chrétienne » [archive] sur christusrex.org [archive], 2000. Consulté le 22 mars 2010
  49. ↑ (fr) Article faisant mention des réactions négatives à l'instauration d'une journée de la Shoah [archive], humanite.fr [archive], 1998. Consulté le 17 mars 2010
  50. ↑ a, b et c Article de l’Arche citant le président du CRIF, intitulé « Juifs et catholiques : le malaise qui perdure » [archive] sur le site col.fr [archive].
  51. ↑ (fr) Jean-Paul II, « Lettre Apostolique du Pape Jean-Paul II Mulieris dignitatem sur la dignité de la femme [archive] » sur vatican.va [archive], 1988. Consulté le 22 mars 2010
  52. ↑ Anima forma corporis, de Thomas d'Aquin.
  53. ↑ Édith Stein, Source cachée, Œuvres spirituelles, in « La Prière de l’Église », 1998, CERF, (ISBN 2204060968).
  54. ↑ Cécile Rastoin, Édith Stein et le mystère d’Israël, CERF, 1998, (ISBN 2-940090-37-8).
  55. ↑ Édith Stein, La Prière de l'Église, traduit par G. Catala, Ph. Secretan, Ad Solem , 1995, (ISBN 2-940090-04-1).
  56. ↑ Edith Stein, De la crèche à la Croix, Ad Solem, 2007, pp. 69-70, (ISBN 978-2-940402-10-6).
  57. ↑ George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Éditions JC Lattès, 1999 p.662 (ISBN 2-7096-2116-9) extrait de l'homélie lors de sa béatification cité dans le livre de George Weigel
  58. ↑ Mère Thérèse-Renée du Saint Esprit, Edith Stein, Lebensbild einer Philosophin und Karmelitin, cité dans le livre Comme l'or purifié par le feu Mirabel Elisabeth, 1984, 284p, (ISBN 2-259-01126-8)
  59. ↑ traduction: holocauste