Affichage des articles dont le libellé est religion. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est religion. Afficher tous les articles

jeudi 16 août 2012

La prophétie de Jean de Jérusalem

« Je vois et je sais.
Mes yeux découvrent dans le Ciel ce qui sera,
Et je franchis le temps d'un seul pas.
Une main me guide vers ce que vous ne voyez ni ne savez.


Le Commencement

1. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'Or sera dans le Sang.
Qui regardera les étoiles y comptera des deniers.
Qui entrera dans le Temple y rencontrera les marchands.
Les Souverains seront changeurs et usuriers.
Le Glaive défendra le Serpent.

Mais le feu couvera.
Chaque ville sera Sodome et Gomorrhe.
Et les enfants des enfants deviendront la nuée ardente.
Ils lèveront les vieux étendards.

2. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'Homme aura peuplé les Cieux et la Terre et les Mers de ses Créatures.
Il ordonnera.
Il voudra les pouvoirs de Dieu.
Il ne connaîtra aucune limite.

Mais chaque chose se retournera.
Il titubera comme un roi ivre.
Il galopera comme un chevalier aveugle.
Et à coup d'éperon il poussera sa monture dans la forêt.
Au bout du chemin sera l'abîme

3. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Se dresseront en tous points de la Terre des Tours de Babel.
Ce sera Rome et ce sera Byzance.
Les champs se videront.
Il n'y aura de loi que de soi et de sa bande.

Mais les Barbares seront dans la ville.
Il n'y aura plus de pain pour tous.
Et les jeux ne suffiront plus.
Alors les gens sans avenir
Allumeront les grands incendies.

4. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
La faim serrera le ventre de tant d'hommes
Et le froid bleuira tant de mains
Que ceux-là voudront voir un autre monde.
Et des marchands d'illusions viendront qui proposeront le poison.

Mais il détruira les corps et pourrira les âmes
Et ceux-là qui auront mêlé le poison à leur sang
Seront comme bête sauvage prise au piège
Et tueront et violeront et rançonneront et voleront
Et la vie deviendra une apocalypse de chaque jour.

5. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Chacun cherchera à jouir tout ce qu'il peut.
L'Homme répudiera son épouse autant de fois qu'il se mariera
Et la femme ira par les chemins perdus (creux) prenant celui qui lui plaira
Enfantant sans donner le nom du Père.

Mais aucun Maître ne guidera l'Enfant
Et chacun parmi les autres sera seul.
La tradition sera perdue.
La loi sera oubliée,
Comme si l'Annonce n'avait pas été faite et l'homme redeviendra sauvage

6. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Le père prendra son plaisir avec sa fille,
L'homme avec l'homme la femme avec la femme,
Le vieux avec l'enfant impubère,
Et cela sera aux yeux de tous.

Mais le sang deviendra impur,
Le mal se répandra de lit en lit,
Le corps accueillera toutes les putréfactions de la Terre,
Les visages seront rongés, les membres décharnés,
L'amour sera haute menace pour ceux qui ne se connaissent que par la chair.

7. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Celui qui parlera de Serment et de Loi
Ne sera pas entendu.
Celui qui prêchera la Foi du Christ
Perdra sa voix dans le désert.

Mais partout se répandront les eaux puissantes des religions infidèles.
De faux messies rassembleront les hommes aveuglés,
Et l'infidèle armé sera comme jamais il ne fut.
Il parlera de justice et de droit et sa foi sera brûlante et tranchante.
Il se vengera de la Croisade.

8. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Le bruit de la mort donnée roulera comme l'orage sur la Terre.
Les barbares seront mêlés aux soldats des dernières légions.
Les Infidèles vivront dans le cour des Villes Saintes.
Chacun sera tour à tour barbare, infidèle et sauvage.

Il n'y aura plus d'ordre ni de règle.
La haine se répandra comme la flamme dans la forêt sèche.
Les barbares massacreront les soldats.
Les infidèles égorgeront les croyants.
La sauvagerie sera de chacun et de tous et les villes périront.

9. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes se jugeront entre eux selon leur sang et leur foi.
Nul n'écoutera le cour souffrant des enfants.
On les dénichera comme des oisillons,
Et personne ne saura les protéger de la main raidie par le gantelet.

La haine inondera les terres qui se croyaient pacifiées,
Et nul ne sera épargné, ni les vieux ni les blessés.
Les maisons seront détruites ou volées.
Les uns prendront la place des autres.
Chacun fermera les yeux pour ne pas voir les femmes violées.

10. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Chacun saura ce qui est en tous les lieux de la Terre.
On verra l'enfant dont les os percent la peau
Et celui dont les yeux sont couverts de mouches
Et celui qu'on pourchasse comme un rat.




Mais l'homme qui verra détournera la tête,
Car il ne se souciera que de lui.
Celui-là donnera une poignée de grains comme aumône,
Alors qu'il dort sur des sacs pleins.
Et ce qu'il donnera d'une main il le reprendra de l'autre.

11. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme fera marchandise de tout,
Chaque chose aura son prix.
L'arbre, l'eau et l'animal,
Plus rien ne sera vraiment donné et tout sera vendu

Mais l'homme alors ne sera plus que poids de chair.
On troquera son corps comme un quartier de viande.
On prendra son oil et son cour.
Rien ne sera sacré ni sa vie ni son âme.
On se disputera sa dépouille et son sang comme une charogne à dépecer.

12. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme aura changé le visage de la Terre.
Il se voudra le Maître et le Souverain des forêts et des troupeaux,
Il aura creusé le sol et le ciel,
Et tracé son sillon dans les fleuves et les mers.

Mais la Terre sera nue et stérile,
L'Air deviendra brûlant et l'eau sera fétide.
La vie se fanera car l'homme épuisera la richesse du monde,
Et l'homme sera seul comme un loup,
Dans la haine de lui.

13. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'enfant sera lui aussi vendu.
Certains se serviront de lui comme d'une quintaine
Pour jouir de sa neuve peau.
D'autres le traiteront comme un animal servile.

On oubliera la faiblesse sacrée de l'enfant,
Et son mystère.
Il sera comme un poulain qu'on dresse,
Comme un agneau qu'on saigne qu'on abat
Et l'homme ne sera plus rien que barbarie.

14. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Le regard et l'esprit des hommes seront prisonniers.
Ils seront ivres et l'ignoreront.
Ils prendront les images et les reflets pour la vérité du monde.
On fera d'eux ce que l'on fait d'un mouton.

Alors les carnassiers viendront,
Les rapaces les mettront en troupeau pour mieux les guider vers l'abîme
Et les dresser les uns contre les autres.
On les écorchera pour prendre leur laine et leur peau,
Et l'homme s'il survit sera dépouillé de son âme.

15. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Régneront des Souverains sans croyance.
Ils ordonneront aux foules humaines innocentes et passives.
Ils cacheront leurs visages et garderont leurs noms secret.
Et leurs châteaux forts seront perdus dans les forêts.

Mais ils décideront du sort de tout et de tous.
Personne ne participera aux assemblées de leur ordre.
Chacun sera vrai serf et se croira homme libre et chevalier.
Seuls se dresseront ceux des villes sauvages et des fois hérétiques,
Mais ils seront d'abord vaincus et brûlés vifs.

16. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes seront si nombreux sur les terres
Qu'ils ressembleront à une fourmilière dans laquelle on enfonce le bâton.
Ils grouilleront et la mort les écrasera du talon
Comme des insectes affolés.

De grands mouvements les pousseront d'une contrée à l'autre.
Les peaux brunes se mêleront aux peaux blanches,
La Foi du Christ à celle de l'Infidèle.
Certains prêcheront la paix jurée.
Mais partout ce sera la guerre des tribus ennemies.

17. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes voudront franchir toutes les enceintes.
La mère aura les cheveux gris d'une vieille.
Le chemin de la nature sera abandonné
Et les familles seront comme des grains séparés que rien ne peut unir.

Ce sera donc un autre monde.
Chacun errera sans lien comme un cheval emballé
Allant en tout sens sans guide.
Malheur au chevalier qui chevauchera cette monture
Il sera sans étrier et chutera dans le fossé.

18. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes ne s'en remettront plus à la loi de Dieu
Mais voudront guider leur vie comme une monture.
Ils voudront choisir leurs enfants dans le ventre de leurs femmes
Et tueront ceux qu'ils n'aimeront pas.

Mais que sera l'homme qui se prendra ainsi pour Dieu ?
Les Puissants se saisiront des meilleures terres et des plus belles femmes.
Les pauvres et les faibles seront du bétail.
Chaque masure deviendra donjon.
La peur sera en chaque cour comme un poison.

19. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Un ordre noir et secret aura surgi.
Sa loi sera de haine et son arme le poison.
Il voudra toujours plus d'or et étendra son règne sur toute la Terre
Et ses servants seront liés entre eux par un baiser de sang.



Les hommes justes et les faibles subiront sa règle.
Les Puissants se mettront à son service.
La seule loi sera celle qu'il dictera dans l'ombre.
Il vendra le poison jusque dans les églises
Et le monde marchera avec ce scorpion sous son talon.

20. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Bien des hommes resteront assis les bras croisés
Ou bien iront sans savoir où les yeux vides,
Car ils n'auront plus de forge où battre le métal
Et plus de champ à cultiver.

Ils seront comme une graine qui ne peut prendre racine
Errants et démunis humiliés et désespérés,
Les plus jeunes et les plus vieux souvent sans lieux.
Ils n'auront que la guerre pour salut
Et ils se combattront d'abord eux-mêmes et ils haïront leur vie.

21. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les maladies de l'eau du Ciel et de la Terre
Frapperont l'homme et le menaceront.
Il voudra faire renaître ce qu'il a détruit et protéger ce qui demeure.
Il aura peur des jours qui viennent.

Mais il sera bien tard.
Le désert rongera la Terre et l'eau sera de plus en plus profonde.
Elle ruissellera certains jours en emportant tout comme un déluge,
Et elle manquera le lendemain à la Terre,
Et l'air rongera le corps des plus faibles.

22. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
La Terre tremblera en plusieurs lieux et les villes s'effondreront.
Tout ce que l'on aura construit sans écouter les sages
Sera menacé et détruit.
La boue submergera les villages et le sol s'ouvrira sous les Palais.

L'homme s'obstinera car l'orgueil est sa folie.
Il n'entendra pas l'avertissement répété de la Terre,
Mais l'incendie détruira les nouvelles Rome
Et dans les décombres accumulés
Les pauvres et les barbares pilleront malgré les Légions les richesses abandonnées.

23. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Le Soleil brûlera la Terre.
L'Air ne sera plus le voile qui protège du feu,
Il ne sera qu'un rideau troué,
Et la lumière brûlante rongera les peaux et les yeux.

La mer s'élèvera comme une eau qui bout,
Les villes et les rivages seront ensevelies,
Et des continents entiers disparaîtront,
Les hommes se réfugieront sur les hauteurs,
Et ils reconstruiront oubliant déjà ce qui est survenu.



24. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes sauront faire vivre des mirages.
Les sens seront trompés et ils croiront toucher ce qui n'est pas.
Ils suivront des chemins que seuls les yeux verront
Et le rêve pourra ainsi devenir vivant

Mais l'homme ne saura plus séparer ce qui est de ce qui n'est pas,
Il se perdra dans de faux labyrinthes.
Ceux qui sauront faire naître des mirages
Se joueront de l'homme naïf en le trompant
Et beaucoup d'hommes deviendront des chiens rampants.

25. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les animaux que Noé avait embarqués sur son Arche
Ne seront plus entre les mains de l'Homme
Que bêtes transformées selon sa volonté.
Et qui se souciera de leur souffrance vivante ?



L'homme aura fait de chaque espèce ce qu'il aura voulu
Et il en aura détruit d'innombrables.
Que sera devenu l'homme qui aura changé les lois de la vie,
Qui aura fait de l'animal vivant une motte de glaise ?
Sera-t-il l'égal de Dieu ou l'enfant du Diable ?

26. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Il faudra avoir peur pour l'enfant de l'homme.
Le poison et le désespoir le guetteront.
On ne l'aura désiré que pour soi et non pour lui ou pour le monde.
Il sera traqué pour le plaisir et parfois on vendra son corps.

Mais même celui qui sera protégé par les siens,
Sera menacé d'avoir l'esprit mort.
Il vivra dans le jeu et le mirage
Qui le guidera puisqu'il n'y aura plus maître.
Personne ne lui aura enseigné à espérer et à agir.

27. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme se croira Dieu alors qu'il ne sera rien de plus qu'à sa naissance.
Il frappera toujours vaincu par la colère et la jalousie,
Mais son bras sera armé de la puissance dont il se sera emparé,
Et Prométhée aveuglé il pourra tout détruire autour de lui.

Il restera un nain de l'âme et il aura la force d'un géant.
Il avancera d'un pas immense mais il ignorera quel chemin prendre.
Sa tête sera lourde de savoir,
Mais il ne saura pas pourquoi il vit et il meurt.
Il sera comme toujours le fou qui gesticule ou l'enfant qui geint.

28. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Des contrées entières seront la proie de la guerre.
Au-delà du limès romain et même sur l'ancien territoire de l'Empire
Les hommes des mêmes cités s'égorgeront.
Ici sera la guerre entre tribus et là entre croyants.

Les Juifs et les enfants d'Allah n'en finiront pas de s'opposer
Et la terre du Christ sera leur champ de bataille,
Mais les infidèles voudront partout défendre la pureté de leur foi
Et il n'y aura en face d'eux que doute et puissance.
Alors la mort s'avancera partout comme l'étendard des temps nouveaux.

29. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Des hommes en multitude seront exclus de la vie humaine.
Ils n'auront ni droits ni toit ni pain,
Ils seront nus et n'auront que leurs corps à vendre.
On les rejettera loin des tours de Babel de l'opulence.

Ils grouilleront comme un remords et une menace,
Ils occuperont des contrées entières et prolifèreront,
Ils écouteront les prédications de la vengeance,
Et ils se lanceront à l'assaut des tours orgueilleuses.
Le temps sera revenu des invasions barbares.

30. Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme sera entré dans le labyrinthe obscur.
Il aura peur et il fermera les yeux car il ne saura plus voir.
Il se défiera de tout et il craindra à chaque pas,
Mais il sera poussé en avant car aucune halte ne sera permise.

La voix de Cassandre sera pourtant haute et forte.
Il ne l'entendra pas,
Car il voudra toujours plus posséder et sa tête sera perdue dans les mirages.
Ceux qui seront ses Maîtres le tromperont,
Et il n'y aura que des mauvais bergers.


L'Accomplissement



31. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes auront enfin ouvert les yeux.
Ils ne seront plus enfermés dans leurs têtes et dans leurs cités.
Ils se verront et s'entendront d'un point à l'autre de la Terre.
Ils sauront que ce qui frappe l'un blesse l'autre.

Les hommes formeront comme un grand corps unique
Dont chacun d'eux sera une part infime,
Et ils constitueront ensemble le cour
Et il y aura enfin une langue qui sera parlée par tous
Et il naîtra ainsi enfin le grand humain.

32. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme aura conquis le ciel.
Il créera des étoiles dans la grande mer bleu sombre
Et il naviguera sur cette nef brillante,
Nouvel Ulysse compagnon du Soleil pour l'Odyssée Céleste.

33. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Les hommes pourront s'enfoncer sous les eaux.
Leur corps sera nouveau et ils seront poissons.
Et certains voleront haut plus haut que les oiseaux,
Comme si la pierre ne tombait pas.

Ils communiqueront entre eux,
Car leur esprit sera si grand ouvert qu'il recueillera tous les messages
Et les rêves seront partagés
Et ils vivront aussi longtemps que le plus vieux des hommes,
Celui dont parle les Livres Saints.

34. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme saura quel est l'esprit de toute chose,
La pierre ou l'eau, le corps de l'animal ou le regard de l'autre.
Il aura percé les secrets que les Dieux anciens possédaient
Et il poussera porte après porte dans le labyrinthe de la vie nouvelle.

Il créera avec la puissance et le jaillissement d'une source,
Il enseignera le savoir à la multitude des hommes,
Et les enfants connaîtront la Terre et le Ciel plus qu'aucun avant eux,
Et le corps de l'homme sera agrandi et habile,
Et son esprit aura enveloppé toutes choses et les aura possédées.

35. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme ne sera plus le seul souverain, car la femme viendra saisir le sceptre.
Elle sera la grande maîtresse des temps futurs,
Et ce qu'elle pensera, elle l'imposera aux hommes.
Elle sera la mère de cet An Mille qui vient après l'An Mille.



Elle répandra la douceur tiède de la mère après les jours du Diable.
Elles sera la beauté après la laideur des temps barbares.
L'An Mille qui vient après l'An Mille se changera en temps léger.
On aimera et on partagera,
On rêvera et on enfantera les rêves.

36. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme connaîtra une seconde naissance.
L'Esprit saisira la foule des hommes
Qui communieront dans la fraternité.
Alors s'annoncera la fin des temps barbares.

Ce sera le temps d'une nouvelle vigueur de la Foi.
Après les jours noirs du commencement de l'An Mille qui vient après l'An Mille
S'ouvriront des jours heureux.
L'homme retrouvera le chemin des hommes,
Et la terre sera ordonnée.

37. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Des voies iront d'un bout à l'autre de la Terre, et du Ciel à l'autre bout.
Les forêts seront à nouveau denses,
Et les déserts auront été irrigués.
Les eaux seront redevenues pures.



La Terre sera comme un jardin.
L'Homme veillera sur tout ce qui vit,
Il purifiera ce qu'il a souillé,
Il sentira toute la Terre comme sa demeure,
Et il sera sage, pensant aux lendemains.

38. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
Chacun sera comme un pas réglé.
On saura tout du monde et de son corps,
On soignera la maladie avant qu'elle n'apparaisse,
Chacun sera guérisseur de soi et des autres.

On aura compris qu'il faut aider pour maintenir,
Et l'homme, après des temps de fermeture et d'avarice,
Ouvrira son cour et sa bourse aux plus démunis.
Il se sentira chevalier de l'ordre humain,
Et ainsi ce sera un temps nouveau qui commencera.

39. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme aura appris à donner et à partager.
Les jours amers de solitude seront enfouis.
Il croira à nouveau à l'Esprit,
Et les barbares auront acquis droit de cité.

Mais cela viendra après les guerres et les incendies,
Cela surgira des décombres noircies des tours de Babel,
Et il aura fallu la poigne ferrée
Pour que s'ordonne le désordre
Et que l'homme retrouve le bon chemin.

40. Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille,
L'homme saura que tous les vivants sont porteurs de lumière
Et qu'ils sont créatures à respecter.
Il aura construit les nouvelles cités
Dans le Ciel sur la Terre et sur la mer.

Il aura la mémoire de ce qui fut
Et il saura lire ce qui sera.
Il n'aura plus peur de sa propre mort,
Car il aura dans sa vie vécu plusieurs vies,
Et la Lumière, il le saura, ne sera jamais éteinte »

Jean de Vézelay - 1099

mercredi 15 août 2012

L'Apocalypse de St Jean


Livre d'Esther

Le Livre ou Rouleau d’Esther (hébreu : מגילת אסתר Meguilat Esther) est le vingt-et-unième Livre de la Bible hébraïque. Il fait partie des Ketouvim selon la tradition juive et des Livres historiques de l’Ancien Testament selon la tradition chrétienne.
Il rapporte une série d’évènements se déroulant sur plusieurs années : une Juive accède au trône de l’empire persan, le plus puissant de son temps. Sous son règne, la population juive est menacée d’extermination par le décret du grand vizir Haman mais en est sauvée par l’entregent d’Esther et de son oncle Mardochée. Une fête appelée Pourim est instaurée par les Juifs afin de commémorer annuellement ce miracle.




L’historicité de ce Livre fait débat et selon certains, il a été écrit dans le but apologétique de justifier et exalter la fête de Pourim qui serait, selon les critiques, une version judaïsée de festivals persans.


Un rouleau d’Esther rédigé au Maroc entre les XIIIe et XIVe siècles, conservé au musée du quai Branly

Auteur du livre

La rédaction du livre d'Esther est traditionnellement attribuée à Esdras, auteur présumé des textes de loi qui donnèrent à la communauté juive de Jérusalem sa cohésion religieuse et nationale. Flavius Josèphe et Clément d'Alexandrie soutiennent cette attribution, le personnage ayant vécu en Perse. Cependant, l'œuvre reste anonyme et la date de sa rédaction est discutée.

Résumé du Livre

Le Livre se situe après la destruction du premier Temple de Jérusalem et l’exil de Babylone. Un demi-siècle environ après la victoire de Nabuchodonosor, son empire tombe aux mains du roi Cyrus II de Perse. Bien qu’il ait autorisé le retour des Juifs en Judée, beaucoup continuent à vivre en diaspora dans l’empire perse. Le récit d’Esther se place vers cette époque, à la cour du roi de Perse.

Ascension d'Esther


Premier chapitre d'un rouleau manuscrit du Livre d'Esther

Au temps d’Assuérus, dans sa troisième année de règne, le roi organise en sa capitale, Suse, une fête de 180 jours pour les grands personnages de l'empire et un immense festin de sept jours pour le peuple. Le septième jour, il ordonne à ses sept eunuques d'aller quérir la reine Vashti afin que tous voient sa beauté. Devant le refus de celle-ci de se présenter devant le roi et ses convives, il demande l'avis de ses sept sages, grands officiers perses et mèdes. Ceux-ci jugent le comportement de la reine comme une atteinte faite à tous les maris du royaume. Ils conseillent au roi de faire publier dans tout le royaume une ordonnance signifiant le retrait de son titre royal. Vashti déchue, les serviteurs du palais proposent au roi de faire venir au palais les plus belles jeunes vierges du royaume afin que le roi choisisse la future reine.
Mardochée, un judéen de la tribu de Benjamin vivant incognito à Suse, envoie au palais, Esther, une cousine orpheline qu'il avait adoptée. Subjugué par son charme, l'eunuque gardien des femmes l'installe dans le palais avec sept servantes à sa disposition. Pendant toute l'année où Esther devait prendre soin d'elle-même, Mardochée venait quotidiennement à la maison des femmes prendre des nouvelles de sa cousine. Celle-ci, ayant maintenu l'anonymat que lui avait recommandé son cousin, fut, la septième année de règne, présentée au roi qui, séduit, la choisit comme reine.
Alors que Mardochée était assis à la porte des appartements royaux, il surprit deux eunuques qui veillaient à la sécurité du roi, s'irriter et projeter d'attenter à la vie d'Assuérus. Il les fit dénoncer en son nom par Esther. Les deux gardiens du seuil furent pendus et l'affaire consignée dans les annales royales.

Décret d'extermination des Juifs

Dans la douzième année de règne, Haman, fils de Hamdata et descendant d'Agag, le roi amalécite vaincu par Saül (ancêtre de Mardochée), est promu premier dignitaire du palais et le roi impose que tous s'inclinent devant lui. Mardochée, qui fréquente toujours incognito le palais refuse la prosternation et rétorque aux gardes qui lui en font reproche qu'il est juif. Ceux-ci le dénoncent alors à Haman qui, dès lors, "vit que Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas devant lui". Pris de colère, Haman projette d'exterminer la diaspora judéenne de l'empire. Le tirage du sort (Pour) qui s'effectue au début de l'année calendaire désigne le jour favorable (le 13 du dernier mois). Haman obtient l'approbation du roi en présentant le peuple qu'il souhaite exterminer comme un peuple dissident pour lequel « les lois royales […] sont lettre morte » et en s'engageant à verser 10 000 talents au trésor royal. Le roi lui accorde en la matière les pleins pouvoirs et lui laisse son anneau (le sceau apposé sur les décrets). Le décret d'anéantissement des Juifs est diffusé dans toutes les provinces de l'empire afin que les exterminateurs "se tiennent prêts pour ce jour là".
Mardochée apprend la promulgation du décret. Il parcourt alors les rues, les vêtements déchirés, revêtu d'un sac et de cendres, tant et si bien qu'il finit par attirer sur lui l'attention de la reine Esther. Comme elle prétexte ne pas vouloir briser l'isolement du roi (sous peine de mort), Mardochée lui fait remarquer que le décret concerne tous les Juifs et qu'elle ne doit pas se croire à l'abri loin de son peuple, dans les palais du Roi. Esther, convaincue, lui dit en substance : « Va rassembler tous les Juifs de Suse. Jeûnez à mon intention. Ne mangez ni ne buvez de trois jours et de trois nuits. De mon côté, avec mes servantes, j'observerai le même jeûne. Ainsi préparée, j'entrerai chez le roi malgré la loi et, s'il faut périr, je périrai.»
Le troisième jour, Esther, qui reçoit la faveur du roi, l'invite à dîner avec Haman. Lors du festin, Esther dont la demande a été par avance acceptée par le roi ("jusqu'à la moitié de mon royaume") renouvelle l'invitation pour le lendemain. Mais Haman, en rentrant joyeusement chez lui après les honneurs qui lui ont été rendus par la reine, s'emplit de colère en voyant Mardochée refuser de se prosterner devant lui. Il recueille avec joie l'idée de sa femme, Zeresh, de pendre Mardochée haut et court dans sa cour sur une potence de 50 coudées.
Cette nuit-là, le roi, incapable de trouver le sommeil, demande qu'on lui fasse la lecture des annales. L'épisode du complot des gardes lui est remémoré, ainsi que le fait que son sauveur, un nommé Mardochée, n'a pas été récompensé. Lorsque Haman se présente au palais le lendemain, avec l'intention de lui demander la tête de Mardochée, Assuérus lui demande comment récompenser un fidèle parmi les sujets fidèles, qui a toute l'amitié du roi. Haman, se croyant désigné, répond qu'il serait convenable d'organiser une procession dans la ville, vêtu des habits royaux, monté sur la monture royale et en proclamant que c'est là un homme que le roi veut honorer. C'est ainsi qu'il se retrouve à tirer Mardochée à travers la ville.

Retournement

Au cours du second festin, Esther demande la parole au roi. Celui-ci s'engage par avance à exaucer son désir. Elle dénonce un complot visant à anéantir de nombreux sujets du roi, dont la reine elle-même, et demande « pour elle et son peuple la vie sauve ». Surpris, le roi lui demande qui donc « a manifesté cette intention criminelle ». Esther désigne Haman et dévoile alors son appartenance ethnique. Abasourdi, le roi sort faire un tour dans ses jardins et revient au moment où Haman, tentant d'obtenir la grâce royale, semble menacer la reine. Indigné, Assuérus, fait pendre son premier vizir sur la potence initialement prévue pour Mardochée. La maison de Haman revient à Esther et Mardochée est admis auprès du roi. Celui-ci remet à Mardochée son anneau royal en même temps que les pleins pouvoirs en cette affaire : « Vous-mêmes, écrivez au sujet des Juifs, au nom du roi, comme vous le jugerez bon ». Un nouveau décret autorise « les Juifs à massacrer leurs ennemis » le jour prévu par Haman. Il est supposé compenser le fait qu'une « lettre écrite au nom du roi et scellée avec l'anneau royal ne [puisse] pas être révoquée ». Après que la plus large publicité eut été faite à ce décret, le jour venu, les Juifs « traitèrent comme bon leur semble ceux qui les haïssaient », « mettant la main sur ceux qui leur voulaient du mal », massacrant 75 000 sujets du roi (15 000 selon la version des Septante). « Les gouverneurs et les fonctionnaires du roi soutenaient les Juifs, car la crainte de Mardochée les avaient saisis », celui-ci « devenant de plus en plus puissant ». Pour la même raison, nombre de « gens du pays se firent Juifs ». Ayant ainsi obtenu « la tranquillité de la part de leurs ennemis », les Juifs, le lendemain, « se reposèrent et en firent un jour de festin et de réjouissance ». La fin du récit précise que l'histoire de Mardochée fut notée « dans le livre des Chroniques des rois des Mèdes et des Perses ».

Développements ultérieurs

Une autre version du Livre d'Esther est compilée au Ier siècle AEC et incorporée dans la Septante. Plutôt qu'une traduction du texte hébraïque, il s'agit d'une nouvelle narration des évènements ; elle comporte d'autres traditions (Assuérus est identifié à Artaxerxès, Haman n'est plus agaggite mais macédonien, etc.), un message « religieux » plus prononcé (la version grecque inclut une prière à Dieu, la description d'un rêve prophétique de Mardochée, etc.) et donne le détail des pièces de correspondance à peine mentionnées dans la Meguila. C'est sur la version grecque plutôt, que sur l'hébraïque, que se basent les versions coptes et éthiopiennes1. Flavius Josèphe, historien juif romanisé du Ie siècle EC, préfère utiliser la version hébraïque dans sa narration des faits destinée au public romain, bien qu'il ne semble pas ignorer la version grecque, car il identifie lui aussi Assuérus à Artaxerxès2. Quant à la version latine de Jérôme, elle est une interpolation à partir de ces deux sources1.
Les interprétations du Livre d'Esther se poursuivent au Moyen Âge à travers deux targoumim, « traductions » araméennes qui, à l'instar de la version grecque du Livre d'Esther, réécrivent l'histoire plus qu'elles ne la racontent. Le premier Targoum date environ de l'an 700, tandis que le second lui est postérieur d'environ 900 ans. Il inclut de nombreux ajouts dont le rêve de Mardochée, extrait du Josippon, rédigé en Italie au Xe siècle. Ce rêve est également intégré au corpus ancien du midrash Esther Rabba et lui donne sa forme actuelle

Commémorations juives

Le Livre d'Esther institue une commémoration mémorielle éternelle : "ces jours ne devaient pas être effacés du milieu des Juifs, ni leur souvenir disparaître de leur postérité". Les Juifs accomplissent ce devoir de mémoire en fêtant chaque année les Pourim, le 14 du mois d'Adar. La célébration consiste notamment en deux lectures publiques de l'intégralité du texte de la Meguilat Esther (le rouleau de parchemin) le soir et le lendemain matin de la fête.

Historicité en débat

La valeur historique du récit est depuis longtemps objet de polémique. Depuis le XVIIIe siècle, des universitaires ont affirmé qu'aucun détail vérifiable mentionné dans le Livre d'Esther ne pouvait être corrélé avec ce que les sources classiques nous apprennent de l'histoire perse. Ils ont également souligné que nombre d'évènements décrits étaient invraisemblables ou improbables et en ont tiré la conclusion que cet ouvrage est une fiction. Les auteurs traditionalistes, essentiellement des exégètes religieux, ont maintenu leur soutien à la valeur historique du récit.

Lecture historique

L'exégèse traditionnelle (dont le midrash et les pères de l'Église) a toujours soutenu l'historicité du récit. Cette approche tente de trouver parmi les noms historiquement attestés des correspondants à ceux du récit. Assuérus a été ainsi fréquemment assimilé à Xerxès Ier -qui régna de 486 à 464- sur la base d'une mise en équivalence des noms en vieux persan (Khshayarsha) et en hébreu (Ahashwérosh). Mais il a été aussi, avec d'aussi bons arguments, identifié avec Artaxerxès Ier (vieux persan Artakhshatra), nom cité dans la version (grecque) des Septantes. Un auteur a pu avancer qu'il fallait plutôt voir en Assuérus Artaxerxès II Mnemon dont l'époque atteste une lutte entre partisans d'un quasi-monothéisme zoroastrien et ceux d'un retour au culte de Mithra. Enfin, Assuérus a également été assimilé à Cyaxarès qui régna de 625 à 585 et fut l'allié de Nabuchodonosor, sur la citation de son nom dans le Livre de Tobit (Achiachar, supposé dérivé du vieux persan Akhuwakhshatra), hypothèse impliquant que Mardochée ait été lui-même déporté à Babylone. Vashti fut pour sa part assimilée à Amestris, la reine consort de Xerxès Ier, mais l'hypothèse se heurte à des contradictions concernant leurs règnes. Il en est de même de l'identification d'Esther avec Amestris. Quant à Mardochée, le nom dont il dérive, Marduk, semble avoir été largement utilisé sous diverses formes à l'époque de Xerxès Ier et de son père Darius, trouvées dans une trentaine de textes, faisant référence jusqu'à peut-être quatre individus tenant une fonction officielle. Toute assimilation est donc à la fois envisageable et gratuite.

Lecture critique

Selon l'école critico-historique, aucune information vérifiable du récit ne trouve confirmation dans les données disponibles. Vashti et Esther ne sont les noms d'aucune reine connue, et l'épouse de Xerxès s'appelait Amestris. Il en est de même du puissant premier ministre (H)Aman, agaguite ici, macédonien dans le texte grec.
Les historiens ont relevé une petite dizaine de traits qu'ils affirment être en contradiction avec les connaissances acquises sur l'empire perse. Les documents sont muets quant à un quelconque massacre de sujets du roi - par les Juifs ou autres - et ne révèlent aucun décret royal autorisant de telles tueries. Tout au contraire, les souverains perses veillèrent à maintenir la paix entre les divers peuples qu'ils tenaient sous leur domination. On n'a pas d'exemple de décret statuant sur un conflit privé comme la désobéissance d'une épouse, pas plus que de choix de reine par un concours de beauté. On n'a pas non plus connaissance de règle ou de loi qui rendrait une décision royale irrévocable. Le narrateur semble ignorer que Suze n'était que la résidence hivernale de la cour royale, plaçant son récit implicitement dans la continuité de neuf années. Enfin, l'idée qu'un roi puisse épouser une parfaite inconnue heurte toutes les mœurs répertoriées (les mariages royaux sont des arrangements entre familles princières) et les connaissances historiques (selon Hérodote, le roi devait épouser une femme issue de l'une des sept plus grandes familles nobles de Perse)3.
À côté de cela, les observateurs ont pointé une quinzaine de traits qu'ils frappent d'invraisemblance, dont : l'anonymat de Mardochée, maintenu sur plusieurs années de fréquentation du palais, dont le palais des femmes ; les gardes qui complotent ouvertement contre le roi pour une simple irritation ; le désir de Haman de massacrer tout un peuple pour l'affront subi en place de punir le malotru ; l'obtention d'un décret royal pour exterminer les Juifs du royaume sur la base d'une simple calomnie et d'une somme d'argent ; l'ordonnance d'un pogrom un an à l'avance ; la promesse du roi d'accéder par avance à la demande d'Esther ; l'insomnie royale qui établit officiellement et opportunément la sollicitude de Mardochée envers le roi, préparant ainsi la substitution avec Haman.
Les esprits critiques n'ont pas manqué de signaler par ailleurs une dizaine de faits perçus comme absurdes, tels que : le décret visant le rétablissement d'un ordre patriarcal épargné par la déchéance de Vashti ; le fait qu'Haman ait besoin d'une dénonciation pour se rendre compte que Mardochée refuse de s'agenouiller devant lui ; la justification puérile (pour que les massacreurs soient prêts) donnée pour rendre compte de la publicité faite au décret d'extermination ; la surprise du roi devant la demande d'Esther, comme s'il donnait régulièrement son aval aux exterminations ; la coexistence de deux décrets qui mettent en état de guerre civile les autorités locales et les Juifs ; le soutien des gouverneurs et fonctionnaires du roi apporté aux Juifs.
Les auteurs appartenant à l'école historico-critique considèrent donc ce récit qui possède toutes les apparences d'un conte, comme un roman historique dont la datation est sujette à débat, certains optant pour une rédaction à l'époque de la domination perse (jusqu'à 333 av. J.-C.), la plupart cependant la situant à l'époque hellénistique voire macchabéenne.

Lecture allégorique

La fin du livre d'Esther annonce lui-même que son texte est allégorique. En effet, il propose au lecteur de se référer aux livre des chroniques des rois de Médie et de Perse pour avoir les données historiques des évènements. L'allégorie est manifeste à chaque instant dans ce livre puisque Esther dont le livre tire son nom, veut dire 'caché'. Le prénom du personnage Esther est Adassa. Elle a sans doute changé son nom au moment de son élection pour garder son anonymat. Le nom de Dieu n'est pas présent dans le texte, mais de nombreux exégèses donnent une grille de lecture spéciale: lorsque le roi est nommé ("Roi Assuérus") il s'agit du roi effectivement, mais lorsque le texte dit le "Roi" tout court, il s'agit de Dieu. De nombreuses autres grilles de lecture existent.
Certains auteurs chrétiens considèrent le Livre d'Esther comme une allégorie représentant la relation entre l'Église - l'épouse - et Dieu. Cette approche est similaire à celle de la plupart des commentateurs envers le Cantique des Cantiques dans lequel, également, le nom de Dieu n'apparaît pas. Il est par ailleurs évident que la valeur des nombres, à commencer par le chiffre 7, y est largement, sinon totalement, symbolique.

Origine

Des universitaires ont soutenu autour du début du XXe siècle que cette histoire résulterait de l'adaptation littéraire d'une liturgie babylonienne, ce par transposition, un procédé biblique récurrent selon certains hébraïsants4. Esther et Mardochée (qui ne sont pas des noms hébreux) seraient ainsi la transposition des divinités Isthar et Marduk, Vashti et Haman étant celle de divinités élamites -dont Suze était la capitale- Mashti et Humman. La disgrâce de Vashti représenterait une sécularisation du triomphe d'Isthar sur sa concurrente Mashti. Ce mythe babylonien est mis en relation avec les Pûrim babyloniennes qui fêtaient le retour du printemps (le nom est construit sur la racine babylonienne pûru = lot, sort). Un trait du Livre qui a toujours surpris les commentateurs et qui s'accommoderait bien d'une telle hypothèse est l'absence de considérations religieuses et même de la mention du dieu unique, les prières et discours pieux étant des rajouts grecs à l'original hébreu. On s'interrogea aussi sur la résistance opposée à l'institution de la fête des Pûrim par les Juifs d'Égypte5.
La faiblesse essentielle de cette théorie est le caractère hypothétique des divinités élamites citées, ainsi que du mythe du triomphe babylonien. Enfin, le récit, dans sa structure la plus ramassée (triomphe de Mardochée sur Haman, annihilation des ennemis des Juifs), serait tout aussi bien la transposition du triomphe de Saül (ancêtre de Mardoché), roi d'Israël, sur Agag (ancêtre de Haman) et de l'extermination des Amalécites, selon les dires du Livre de Samuel.

Notes et références

  1. a et b George Lyons, Additions to Esther, Wesley Center for Applied Theology, 2000
  2. William Whiston, The Works of Flavius Josephus, the Learned and Authentic Jewish Historian, Milner and Sowerby, 1864, édition en ligne de l'université de Harvard, 2004
  3. Briant, Pierre, Histoire de l'empire perse, 1996, Fayard
  4. Dubourg, Bernard, La fabrication du Nouveau Testament, Gallimard, 1989, ISBN 2-07-071630-9
  5. Rachet, Guy, La Bible, mythe et réalités. La Bible et l'histoiore d'Israël, éd. du Rocher, 2003, ISBN 2-268-04600-1

mardi 14 août 2012

Ecoute, Israël

« Ecoute, Israël: le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un. Et tu aimeras Yahweh, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome, VI, 5).

Cette expression fondamentale du monothéisme sinaïtique renferme les deux piliers de toute spiritualité humaine, à savoir
  • le discernement métaphysique d’une part et 
  • la concentration contemplative d’autre part ; 
ou en d’autres termes :
  • la doctrine et la méthode, ou 
  • la vérité et la voie. 
Le second élément se présente sous trois aspects :  l’homme doit, selon une certaine interprétation rabbinique,
  • premièrement « s’unir à Dieu» dans le coeur, 
  • deuxièmement « contempler Dieu » dans l’âme, 
  • et troisièmement «opérer en Dieu » avec les mains et par le corps (1).

L’Évangile donne de la sentence sinaïtique une version légèrement modifiée, en ce sens qu’il rend explicite un élément qui dans la Thora était implicite, à savoir la « pensée » ; ce terme se trouve dans les trois Evangiles synoptiques, tandis que l’élément « force » ne se retrouve que dans les versions de Marc et de Luc (2), ce qui indique peut-être un certain changement d’accent ou de perspective par rapport à l’ « Ancienne Loi » l’élément. « pensée » se détache de l’élément « âme » et gagne en importance sur l’élément « force », lequel concerne les oeuvres ; il y a là comme le signe d’une tendance à l’intériorisation de l’activité. En d’autres termes : alors que pour la Thora l’ « âme » est à la fois active ou opérative et passive ou contemplative, l’Évangile semble appeler « âme» l’élément passif contemplatif, et « pensée » l’élément actif opératif ; on peut supposer que c’est pour marquer la précellence de l’activité intérieure sur les oeuvres extérieures.

L’élément « force » ou « oeuvres » semble donc avoir dans le Christianisme un autre accent que dans le Judaïsme : dans celui-ci, la « pensée » est en quelque sorte la concomitance intérieure de l’observance extérieure, tandis que dans le Christianisme les oeuvres apparaissent plutôt comme l’extériorisation, ou la confirmation externe, de l’activité de l’âme.
Les Juifs contestent la légitimité et l’efficacité de cette intériorisation relative (3) ; inversement, les Chrétiens croient volontiers que la complication des prescriptions extérieures (mitsvoth) nuit aux vertus intérieures (4) ; en réalité, s’il est vrai que la « lettre » peut tuer 1’ « esprit », il n’est pas moins vrai que le sentimentalisme peut tuer la « lettre », abstraction faite de ce qu’aucun défaut spirituel n’est l’apanage exclusif d’une religion.
En tout état de cause, la raison suffisante d’une religion est précisément de mettre l’accent sur une possibilité spirituelle déterminée ; celle-ci sera le cadre des possibilités apparemment exclues, dans la mesure où ces dernières seront appelées à se réaliser, si bien que nous rencontrons forcément dans chaque religion des éléments qui semblent être les reflets des autres religions.
Ce qu’on peut dire, c’est que le Judaïsme représente, quant à sa forme-cadre, un karma-mârga plutôt qu’une bhakti, alors que le rapport est inverse dans le Christianisme ; mais le karma, l’ « action », comporte forcément un élément de bhakti, d’ « amour », et inversement.
Ces considérations, et celles qui vont suivre, peuvent servir d’illustration au fait que les vérités les plus profondes se trouvent nécessairement déjà dans les formulations fondamentales et initiales des religions. L’ésotérisme, en effet, n’est point une doctrine imprévisible qu’on ne peut découvrir, éventuellement, qu’après de minutieuses recherches ; ce, qui est mystérieux en lui, c’est sa dimension de profondeur, ses développements particuliers et ses conséquences pratiques, non ses points de départ, lesquels coïncident avec les symboles fondamentaux de la religion envisagée (5) ; en outre, sa continuité n’est pas exclusivement « horizontale » comme celle de l’exotérisme, elle est également « verticale », c’est-à-dire que la maîtrise ésotérique s’apparente à la prophétie, sans sortir pour autant du cadre de la religion-mère.
Dans l’Evangile, la loi de l’amour de Dieu est suivie immédiatement de la loi de l’amour du prochain, laquelle se trouve énoncée dans- la Thora sous cette forme : « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur ; mais tu reprendras ton prochain, afin de ne pas te charger d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahweh » (Lévitique, XIX, 17 et 18) (6). Il résulte des passages bibliques que nous citons une triple Loi : premièrement, reconnaissance par l’intelligence de l’unité de Dieu ; deuxièmement, union à la fois volitive et contemplative avec le Dieu Un (7) ; et troisièmement, dépassement de la distinction trompeuse et déformante entre « moi » et « l’autre » (8).
L’amour du prochain reçoit tout son sens par l’amour de Dieu : il est impossible d’abolir la séparation entre l’homme et Dieu - dans la mesure où elle peut et doit être abolie - sans abolir d’une certaine manière, et en tenant compte de tous les aspects que comporte la nature des choses, la séparation entre l’ego et l’alter ; autrement dit, il est impossible de réaliser la conscience de l’Absolu sans réaliser la conscience de notre relativité. Pour bien le comprendre, il suffit de considérer la nature illusoire, et illusionnante, de l’égoïté : il y a en effet quelque chose de foncièrement absurde d’admettre que « moi seul » je suis « moi » ; Dieu seul peut le dire sans contradiction.
Il est vrai que nous sommes condamnés à cette absurdité, mais nous ne le sommes qu’existentiellement, non moralement ; ce qui fait que nous sommes des hommes et non des animaux, c’est précisément la conscience concrète que nous avons du «moi» d’autrui, donc de la relative fausseté de notre propre ego; or nous devons en tirer les conséquences et corriger spirituellement ce que notre égoïté existentielle a de déséquilibré et de mensonger.
C’est en vue de ce déséquilibre qu’il est dit : « Ne jugez point, pour n’être point jugés », et aussi : « Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, tu ne la remarques pas», ou encore : « Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le vous-mêmes pour eux » (Matth., VII, 3 et 12).
Après avoir énoncé le Commandement suprême, le Christ ajoute que le second Commandement «lui est semblable», ce qui implique que l’amour du prochain est essentiellement contenu dans l’amour de Dieu et qu’il n’est réel et recevable que par ce dernier, car « qui n’assemble pas avec Moi, disperse»; l’amour de Dieu peut donc éventuellement contredire celui des hommes, comme c’est le cas chez ceux qui doivent «haïr père et mère pour Me suivre», sans toutefois que les hommes ne soient jamais frustrés par une telle option. Il ne suffit pas d’aimer le prochain, il faut l’aimer en Dieu, et non contre Dieu comme le font les moralistes athées ; et pour pouvoir l’aimer en Dieu, il faut aimer Dieu.
Ce qui permet aux injonctions divines d’être à la fois simples et absolues, c’est que les adaptations nécessitées par la nature des choses sont toujours sous-entendues, et ne peuvent pas ne pas l’être ; ainsi, la charité n’abolit point les hiérarchies naturelles : le supérieur traite l’inférieur - sous le rapport où la hiérarchie est valable - comme il aimerait être traité lui-même s’il était l’inférieur, et non comme si l’inférieur était un supérieur ; ou encore, la charité ne saurait impliquer que nous partagions les erreurs d’autrui, ni que d’autres échappent à un châtiment que nous aurions mérité nous-mêmes, si nous avions partagé leurs erreurs ou leurs vices, et ainsi de suite.
Dans ce même ordre d’idées, nous pouvons faire remarquer ce qui suit : on ne connaît que trop bien le préjugé qui veut que l’amour contemplatif se justifie, et s’excuse, devant le monde qui le méprise, et que le contemplatif s’engage sans nécessité dans des activités le détournant de son but; ceux qui pensent ainsi veulent évidemment ignorer que la contemplation représente pour la société humaine une sorte de sacrifice qui lui est salutaire et dont elle a même strictement besoin. Le préjugé que nous visons est analogue à celui qui condamne les fastes de l’art sacré, des sanctuaires, des vêtements sacerdotaux, de la liturgie: ici encore, on ne veut pas comprendre, premièrement, que toutes les richesses ne reviennent pas aux hommes (9), mais qu’il en est qui reviennent à Dieu et cela dans l’intérêt de tous; deuxièmement, que les trésors sacrés sont des offrandes ou des sacrifices dûs à sa grandeur, à sa beauté et à sa gloire ; et troisièmement, que dans une société, le sacré doit nécessairement se rendre visible, afin de créer une présence ou une atmosphère sans laquelle il dépérit dans la conscience des hommes.
Le fait que l’individu spirituel peut éventuellement se passer de toutes les formes est en dehors de la question, car la société n’est pas cet individu ; et celui-ci a besoin de celle-là pour pouvoir éclore, comme une plante a besoin de terre pour vivre. Rien n’est plus vil que l’envie à l’égard de Dieu ; la pauvreté se déshonore quand elle convoite les dorures des sanctuaires (10) ; certes, il y a toujours eu des exceptions à la règle, mais elles sont sans rapport avec la revendication froide et bruyante des utilitaristes iconoclastes.
Il y a dans la Thora un passage dont on a beaucoup abusé dans l’intention d’y trouver un argument en faveur d’une soi-disant « vocation de la terre » et une consécration du matérialisme dévorant de notre siècle : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur les animaux qui se meuvent sur la terre» (Genèse, 1, 28) (11).
Or cet ordre ne fait que définir la nature humaine dans ses rapports avec l’ambiance terrestre, ou autrement dit, il définit les droits qui résultent de notre nature ; Dieu dit à l’homme : « Tu feras telle chose », comme il dirait au feu de brûler et à l’eau de couler ; toute fonction naturelle relève forcément d’un Ordre divin. Par cette forme impérative de la Parole divine, l’homme sait que, s’il domine sur la terre, ce n’est point par abus, mais selon la Volonté du Très-Haut et partant selon la logique des choses ; mais cette Parole ne signifie nullement que l’homme doive abuser de ses capacités en se vouant exclusivement à l’exploitation démesurée et asservissante, et finalement destructrice, des ressources terrestres.
Car ici comme en d’autres cas, il faut comprendre les mots dans le contexte d’autres mots qui les complètent nécessairement, c’est-à-dire que le passage cité n’est intelligible qu’à la lumière du Commandement suprême : « Tu aimeras Yahweh, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force ». Sans cette clef, le passage sur la fécondité pourrait être interprété comme interdisant le célibat et excluant toute préoccupation contemplative ; mais le Commandement suprême montre précisément quelles sont les limites de ce passage, quel est son fondement nécessaire et son sens total : il montre que le droit ou le devoir de dominer sur le monde est fonction de ce qu’est l’homme en lui-même.
L’équilibre du monde et des créatures dépend de l’équilibre entre l’homme et Dieu, donc de notre connaissance, et de notre volonté, à l’égard de l’Absolu. Avant de demander ce que doit faire l’homme, il faut savoir ce qu’il est. Nous avons vu que le Commandement suprême comporte trois dimensions, si l’on peut dire, à savoir : premièrement l’affirmation de l’Unité divine, et c’est la dimension intellectuelle ; deuxièmement l’exigence de l’amour de Dieu, et c’est la dimension volitive ou affective ; et troisièmement l’exigence de l’amour du prochain, et c’est la dimension active et sociale ; ce troisième mode est indirect, il s’exerce au dehors tout en ayant nécessairement ses racines dans l’âme, dans les vertus et dans la contemplation.
Pour ce qui est de la première dimension, laquelle constitue l’énonciation fondamentale du Judaïsme (12), - préfigurée dans le témoignage ontologique du buisson ardent (13), - elle comporte deux aspects, l’un concernant l’intellection et l’autre la foi ; quant à la seconde dimension, nous rappellerons qu’elle comporte les trois aspects « union », « contemplation » et « opération », le premier se rapportant au coeur, le second à l’âme ou au mental, ou aux vertus et à la pensée, et le troisième au corps. La troisième dimension enfin, l’amour du prochain, est fonction de la générosité qu’engendrent nécessairement la connaissance et l’amour de Dieu ; il est donc à la fois condition et conséquence.
Après avoir énoncé les deux Commandements, - amour inconditionnel et « vertical » de Dieu et amour conditionnel et « horizontal du prochain (14), - le Christ ajoute : « A ces deux Commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes ». (Matth., XXII, 40). C’est-à-dire que les deux Commandements, d’une part constituent la Religio perennis, - la Religion primordiale (15), éternelle et de facto sous-jacente (16), - et d’autre part se retrouvent, par voie de conséquence, dans toutes les manifestations de cette Religio ou de cette Lex, à savoir dans les religions qui régissent l’humanité ; il y a donc là un enseignement qui énonce à la fois l’unité de la Vérité et la diversité de ses formes, tout en définissant la nature de cette Vérité moyennant les deux Commandements d’Amour. 

Frithjof Schuon, 1907-1998

Jeune FrithjofFrithjof SchuonFrithjof SchuonFrithjof SchuonFrithjof Schuon


jeudi 9 août 2012

Sainte Thérèse d'Avila








Thérèse d'Ávila (en religion : Teresa de Jesús, baptisée : Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada1), née le 28 mars 1515 à Gotarrendura (Vieille-Castille) et morte le 4 octobre 15822 à Alba de Tormes, est une sainte catholique et une réformatrice monastique du XVIe siècle. Elle est connue pour ses réformes des couvents carmélites et est considérée comme une figure majeure de la spiritualité chrétienne, en plus d'avoir été la première femme reconnue comme docteur de l'Église catholique.
 


Sainte Thérèse d'Avila Sainte Thérèse d'Avila Sainte Thérèse d'Avila Sainte Thérèse d'Avila

Biographie

Enfance

L'idéal pieux et l'exemple édifiant de la vie des saints et martyrs lui furent instillés dès son enfance par ses parents, le chevalier Alonso Sánchez de Cepeda et Beatriz d'Ávila y Ahumada. Sa famille paternelle était issue de Juifs convertis séfarades de Tolède. La branche maternelle était de la petite noblesse castillane. Elle est la troisième enfant d'une famille qui en comptera douze.
Selon la description faite dans ses écrits destinés à son confesseur (recueillis dans une autobiographie, sa Vida de Santa Teresa de Jesús), Thérèse montra dès sa tendre enfance une nature passionnée et une imagination fertile. Son père, amateur de lecture, possédait quelques romans, dont l'étude suscita l'éveil de la sensibilité de la petite fille de six ans.

Statue de Thérèse à Ávila
Précocement instruite des histoires édifiantes de la vie des saints, elle souhaitait vivre le martyre en allant avec son frère Rodrigue dans les « terres des infidèles ». Convaincus que leur projet était irréalisable, le frère et la sœur décidèrent de se faire ermites. Thérèse écrit : « Je faisais l'aumône comme je pouvais, et je pouvais peu. J'essayais la solitude pour prier mes dévotions, qui étaient nombreuses, et particulièrement le rosaire… J'aimais beaucoup faire comme si nous étions des nonnes dans des monastères, quand je jouais avec d'autres petites filles, et je pense que je souhaitais l'être. »
En 1527, à l'âge de douze ans, Thérèse perdit sa mère. Passionnée de romans de chevalerie (elle en écrivit en 1529), elle oublia ses jeux d'enfance. Voici ses paroles : « J'ai commencé à porter de beaux habits, et à vouloir paraître élégante, je soignais mes mains, ma coiffure et mes parfums, et toutes les vanités de cet âge, car j'étais très curieuse… J'avais quelques cousins germains… Ils étaient à peu près de mon âge, un peu plus vieux que moi; nous étions toujours ensemble, ils m'aimaient beaucoup et chaque fois que quelque chose les rendait heureux, nous discutions et j'écoutais leurs joies et leurs enfantillages… Tout le mal me vint d'une parente (une cousine semble-t-il) qui venait souvent chez nous. Je me trouvais fréquemment en sa compagnie pour bavarder, car elle m'aidait dans toutes les idées de passe-temps qui me venaient à l'esprit, et m'en proposait même d'autres; elle me faisait également part de ses fréquentations et de ses futilités. Il me semble que ce fut lorsque je me mis à la fréquenter, à l'âge de quatorze ans, que le péché mortel m'éloigna de Dieu. »
Pendant trois mois, et avec la complicité des domestiques, elle succomba aux passe-temps des agréables compagnies, faisant ainsi courir un danger à elle-même et à l'honneur de son père et de ses frères. Elle avait aussi pris le goût de la parure avec le désir de plaire. Cependant elle-même déclare « qu'elle détestait les choses malhonnêtes ». Son père coupa le mal à la racine en envoyant Thérèse au couvent de Santa María de Gracia à Ávila en 1531. Thérèse supporta difficilement son manque de liberté. Elle ne voulait pas devenir sœur, et ses adorateurs lui envoyaient des billets, mais comme selon ses propres mots « il n'y avait pas place pour tout cela, la chose cessa promptement ». Thérèse y resta jusqu'à l'automne 1532, sans se décider à embrasser la vie religieuse.

Vocation religieuse


Santa Teresa de Jesús. Peinture à l'huile d'Alonso del Arco, XVIIe
Tombée gravement malade, elle dut rentrer chez son père. Après sa convalescence, il la confia à sa sœur Marie de Cepeda qui vivait à Castellanos de la Cañada avec son mari, Don Martín de Guzmán y Barrientos. Luttant contre elle-même, elle parvint à dire à son père qu'elle souhaitait entrer dans les ordres, tout en sachant qu'elle ne reviendrait pas sur sa décision. Son père lui répondit qu'il ne l'accepterait jamais de son vivant. Thérèse fugua du domicile familial le 2 novembre 1533 pour le couvent de l'Incarnation d'Ávila. Celui-ci était un monastère non cloîtré permettant aux religieuses de sortir et de recevoir des visites. Elle y fit ses vœux le 3 novembre 1534. Thérèse passa vingt-sept ans dans cette communauté très nombreuse, de style encore médiéval. Ces premières années au Carmel se passèrent sans événements notables. Mais, très critique vis-à-vis des pratiques religieuses de l'ordre, elle souhaitait le réformer.
Après être entrée au couvent, sa santé se détériora. Elle souffrit très probablement de crises d'épilepsie, d'évanouissements, d'une cardiomyopathie non définie et d'autres troubles ; ainsi se passa la première année. Pour la guérir, son père l'emmena en 1535 à Castellanos de la Cañada avec sa sœur. Thérèse resta dans ce village — où elle réussit à convertir un prêtre vivant en concubinage — jusqu'au printemps 1536, puis s'en fut à Becedos. De retour à Ávila (le Dimanche des Rameaux de l'année 1537), elle subit en juillet une rechute de quatre jours chez son père. Elle resta paralysée pendant plus de deux ans. Aussi bien avant qu'après sa rechute, ses souffrances physiques furent extraordinaires.
Vers le milieu de l'année 1539, Thérèse recouvra la santé, selon elle grâce à saint Joseph. Avec la santé revinrent les goûts mondains, faciles à satisfaire, car la vie cloîtrée ne fut imposée à toutes les religieuses qu'en 1563. Thérèse vivait à nouveau au couvent, où elle recevait de fréquentes visites.
Selon elle, son esprit s'alanguissait, au point de lui faire abandonner la prière (1541). Elle affirme qu'en 1542, Jésus-Christ lui apparut dans le parloir, le visage courroucé, et lui reprocha ses relations familières avec les personnes vivant dans le siècle. Thérèse conserva pourtant ce comportement pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle cesse de fréquenter ces personnes après avoir vu une image de Jésus sur la croix.
Les derniers mots de son père (décédé en 1541) l'avaient profondément impressionnée. Le prêtre qui lui avait donné les derniers sacrements (le dominicain Vicente Barón) devint le directeur de conscience de Thérèse, qui jusque là, connaissant ses fautes, ne voulait pas s'en corriger. La lecture des Confessions de Saint Augustin l'encouragea dans sa conversion. En 1555, les Jésuites Juan de Padranos et Baltasar Alvarez fondèrent un collège à Avila. Padranos devint le confesseur de Thérèse ; l'année suivante (1556), celle-ci commença à ressentir des faveurs spirituelles intenses, et peu après (1557) elle se vit encouragée par saint François Borgia. En 1558 elle eut sa première apparition ainsi que la vision de l'enfer; en 1559 elle prit pour confesseur Baltasar Alvarez, qui dirigea sa conscience pendant six ans, et reçut, dit-elle, de grandes faveurs célestes, parmi lesquelles la vision de Jésus ressuscité. En 1560 elle fit le vœu de toujours aspirer à la plus grande perfection ; saint Pierre d'Alcántara approuva cet état d'esprit, et San Luis Beltrán l'encouragea à mettre en œuvre son projet de réforme de l'Ordre du Carmel, qu'elle avait conçu vers cette date : elle voulait fonder à Ávila un monastère observant strictement la règle de l'Ordre, qui incluait l'obligation de la pauvreté, de la solitude et du silence. Son confesseur, le Dominicain Pedro Ibáñez, lui ordonna d'écrire sa vie, travail qui allait durer de 1561 à juin 1562 ; enfin, conseillée par Soto, elle réécrivit sa vie en 1566.
Selon le biographe Pierre Boudot : « Dans toutes les pages (du livre de sa vie) se voient les marques d'une passion vive, d'une franchise absolue et d'un illuminisme de la foi des fidèles. Toutes ses révélations témoignent de sa croyance profonde en une union spirituelle entre elle et le Christ. Elle voyait Dieu, la Vierge, les saints et les anges dans toute leur splendeur et elle recevait d'en-haut des inspirations mises à profit pour discipliner sa vie intérieure. Dans sa jeunesse, ses aspirations furent peu nombreuses et semblent confuses ; ce fut seulement en plein âge mûr qu'elles devinrent plus précises, plus fréquentes et aussi plus extraordinaires. Elle avait plus de quarante trois ans quand elle vécut sa première extase. Ses visions se succédèrent sans interruption pendant deux ans et demi (1559-1561). Soit par méfiance, soit pour la mettre à l'épreuve, ses supérieurs lui interdirent de s'abandonner à cet ardent penchant pour les dévotions mystiques, qui étaient pour elle comme une seconde vie, et lui ordonnèrent de résister à ces extases, dans lesquelles se consumait sa santé. Elle obéit, mais en dépit de ses efforts, sa prière était si continue que même le sommeil ne parvenait à en arrêter le cours. Simultanément, embrasée d'un violent désir de voir Dieu, elle se sentait mourir. Cet état singulier déclencha à plusieurs reprises la vision qui serait à l'origine d'une fête particulière dans l'ordre du Carmel. »

Vue d'ensemble de la Chapelle Cornaro et de la Transverbération de sainte Thérèse.
Cette allusion est évoquée dans sa biographie en français de 1559 : « Je vis un ange proche de moi du côté gauche… Il n'était pas grand mais plutôt petit, très beau, avec un visage si empourpré, qu'il ressemblait à ces anges aux couleurs si vives qu'ils semblent s'enflammer … Je voyais dans ses mains une lame d'or, et au bout, il semblait y avoir une flamme. Il me semblait l'enfoncer plusieurs fois dans mon cœur et atteindre mes entrailles : lorsqu'il le retirait, il me semblait les emporter avec lui, et me laissait toute embrasée d'un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu'elle m'arrachait des soupirs, et la suavité que me donnait cette très grande douleur, était si excessive qu'on ne pouvait que désirer qu'elle se poursuive, et que l'âme ne se contente de moins que Dieu. Ce n'est pas une douleur corporelle, mais spirituelle, même si le corps y participe un peu, et même très fort. C'est un échange d'amour si suave qui se passe entre l'âme et Dieu, que moi je supplie sa bonté de le révéler à ceux qui penseraient que je mens… Les jours où je vivais cela, j'allais comme abasourdie, je souhaitais ni voir ni parler avec personne, mais m'embraser dans ma peine, qui pour moi était une des plus grandes gloires, de celles qu'ont connu ses serviteurs » (Vie de Sainte Thérèse, chap. XXIX).
Pour perpétuer la mémoire de cette mystérieuse blessure, le Pape Benoît XIII, à la demande des Carmélites d'Espagne et d'Italie, établit en (1726) la fête de la Transverbération du cœur de Sainte Thérèse. Le biographe français ajoute : « Jusqu'à son dernier soupir, Thérèse eut le privilège de converser avec les personnes divines, qui la consolaient ou lui révélaient certains secrets du ciel; celui d'être transportée en enfer ou au purgatoire, et encore celui de prévoir l'avenir. »

Caractéristiques physiques

Francisco de Rivera, le confesseur de la sainte la décrivait ainsi : « Elle était de bonne stature, et au temps de sa jeunesse, belle, et encore au temps de sa vieillesse, elle supportait bien sa fatigue, le corps épais et très blanc, le visage rond et plein, de bonne taille et proportion ; le teint de couleur blanche et incarné, et lorsqu'elle était en prière, il s'enflammait et elle devenait très belle, tout ce teint clair et paisible ; la chevelure, noire et crépue, le front large, égal et beau ; les sourcils de couleur claire et tirant un peu sur le noir, grands et un peu épais, non en arc, mais un peu plats3 ».

Des couvents fondés dans toute l'Espagne

Dès 1560, Pierre d'Alcantara inspira Thérèse dans sa détermination à mettre en pratique sa foi et son appel mystique. Il devint son maître spirituel et son conseiller. Ce support moral lui permit d'entreprendre la création d'un carmel différent du laxisme qui l'avait choquée dans de nombreux cloîtres dont celui de l'Incarnation. L'entreprise fut financée par Guimara de Ullon, une riche donatrice et amie de la sainte.
Fin 1561, Thérèse reçut une somme d'argent envoyée par l'un de ses frères depuis le Pérou. Elle finança son projet de fondation du couvent Saint-Joseph. Pour ce projet, elle reçut l'aide de sa sœur Jeanne, dont le fils aurait été ressuscité par la sainte. Au début de l'année 1562, Thérèse partit à Tolède chez Doña Luisa de la Cerda, chez qui elle resta jusqu'en juin. La même année, elle fit connaissance du père Báñez, qui devint ensuite son principal directeur, et du frère García de Toledo, tous deux Dominicains.
Mécontente du « relâchement » des règles, qui avaient été assouplies en 1432 par Eugène IV, Thérèse décida de réformer l'ordre pour revenir à l'austérité, la pauvreté et l'isolement qui faisaient partie pour elle de l'esprit carmélite authentique. Elle demanda conseil à Francisco de Borja et à Pedro de Alcántara qui approuvèrent sa ligne de pensée et sa doctrine.
Après deux années de combat, la bulle de Pie IV pour la construction du couvent Saint-Joseph lui fut remise par ordre de frère García de Toledo à Ávila. Il fut inauguré le 24 août 1562, créant un type nouveau de communauté, mieux adapté à l'époque et plus fidèle à la tradition du Carme : selon elle, les religieux doivent vivre dans la pauvreté. Ils abandonnent les chaussures et sont ainsi rebaptisés les Carmes déchaussés ou les Carmes déchaux. Quatre novices du nouvel ordre des carmélites déchaussées de Saint-Joseph y emménagèrent.
Le dépouillement absolu du couvent Saint-Joseph suscita critiques et hostilité chez les Avilans de tous bords et les édiles de la cité. Rapidement la nouvelle institution fut menacée de fermeture. Mais l'appui de puissants prescripteurs, dont l'évêque, et les succès de subsistance déjouèrent l'animosité. Peu à peu, l'expérience devint un modèle.
En mars 1563, elle reçut la sanction papale pour ses principes de pauvreté absolue et de renoncement à la propriété formulés dans une "Constitution." Son but était le retour aux règles monastiques strictes telles que :
  • trois disciplines de cérémonie (flagellation) pour les messes hebdomadaires
  • le déchaussement des carmes
  • ou la substitution des chaussures par des sandales.
Les cinq premières années, Thérèse resta recluse, engagée dans son projet d'écriture.

Une réformatrice

Rubeo de Ravenna, principal des carmes, publia une lettre patente en 1567, autorisant la création d'autres couvents. Cet essaimage dans toutes les provinces d'Espagne généra de nombreux voyages pour la sainte qui fonda 17 couvents (Le Livre des fondations (publié, Madrid, 1880)). De 1567 à 1571, des couvents réformés furent ainsi établis à Medina del Campo, Malagón, Valladolid, Tolède, Pastrana, Salamanque et Alba de Tormes. Elle suscite le même élan chez les carmes, dont l'un des premiers fut Jean de la Croix.
Des émeutes à Ávila obligèrent la sainte à retourner au couvent de l'Incarnation, et, une fois les esprits calmés, Thérèse vécut quatre ans au couvent de Saint-Joseph dans une grande austérité. Les religieuses fidèles à sa réforme dormaient sur une paillasse, portaient des sandales de cuir ou de bois ; elles consacraient huit mois par an aux rigueurs du jeûne et s'abstenaient totalement de manger de la viande. Thérèse ne désira aucune distinction pour elle-même et vécut de la même manière que les autres religieuses.
La réforme progressa rapidement, malgré les faibles moyens dont disposait son instigatrice. Le père Rossie, supérieur général du Carmel, visita en 1567 le couvent de San José, et donna à Thérèse la permission de fonder d'autres couvents de femmes et deux couvents d'homme. Elle se rendit à Madrid et Alcalá de Henares (fondé par son amie Marie de Jésus) pour réformer de nouveaux couvents. Puis la réforme prit de l'ampleur dans les couvents d'hommes : un nouveau monastère fut fondé à Malagón. Thérèse se rendit ensuite à Tolède, où elle tomba malade, et passant par Escalona, elle revint à Ávila, avant de repartir pour Valladolid où elle fonda un nouveau couvent4.
Elle vint ensuite à Alba (1574) avant d'aller, malgré son état de santé, déplorable à Medina del Campo, Ávila et Ségovie. Dans cette ville, elle créa un nouveau couvent qui servit aux religieuses chassées de leur cloître par Ana de Mendoza de la Cerda, princesse d'Éboli, ayant décidé de se convertir en religieuse sous le nom de sœur Ana de la Madre de Dios, sous un ordre différent de celui des Carmes.
Suivant son exemple et son esprit, Jean de la Croix initia un mouvement de réforme monastique analogue. Les fondations de couvents de Ségovie (1571), Beas de Segura (1575), Séville (1575), et de Caravaca de la Cruz (Murcie, 1576) furent appuyées par Jérôme Gratian, visiteur de l'ancienne observance carmélite et vicaire apostolique. Mais, le charismatique et mystique Jean usa de son pouvoir de prédication et d'enseignement pour donner son âme au mouvement.
La même année fut soumise à l'Inquisition, pour la première fois, l'autobiographie de Thérèse, qui de retour à Ávila, après avoir terminé son prieuré à l'Incarnation le (6 octobre) était retournée à son couvent de Saint-Joseph. Puis elle alla à Valladolid en fin d'année. Début janvier 1575 elle vint à Avila en passant par Medina. Après une courte halte, elle repartit pour Béas, Tolède, Malagón et Almodóvar. Dans cette dernière localité, elle fit les prophéties élégiaques du bienheureux Juan Bautista de la Concepción, réformateur des Trinitains. Après la fondation du dixième carmel à Veas le 24 février, et celui d'Almodóvar del Campo, elle continua le 7 mars, malade et éprouvée par le voyage, vers Séville. Elle y subit de nombreuses contradictions, mais parvint à ouvrir un couvent, son dernier, dans cette ville.
En 1576 une série de persécutions fut lancée par l'ordre carmélite de l'ancienne observance contre les réformateurs, Thérèse et ses disciples5. En suivant des décrets adoptés lors de la réunion générale du chapitre à Plaisance, les "définisseurs" de l'ordre gelèrent toute nouvelle ouverture de couvents. Thérèse fut assignée à rester dans l'un de ses couvents. Elle obéit et choisit Saint-Joseph à Tolède. Ses amis et disciples furent soumis à des décisions encore plus sévères.

Dernières fondations


Thérèse d'Ávila par Rubens.
Après (1582), elle fut à Medina del campo, Valladolid, Palencia et Burgos, presque toujours malade. Elle sut que le seizième couvent carmélite avait été créé à Grenade et un de déchaussées à Lisbonne. Le dix-septième carmel fut créé à Burgos. Après Burgos, elle continua sa route en passant par Palencia, Valladolid, Medina del Campo et Peñaranda.

Décès et reliques

À son arrivée à Alba de Tormes (le 20 septembre) son état empira. Elle mourut le 4 octobre 1582, quand l'Espagne et le monde catholique basculèrent du calendrier julien au calendrier grégorien (c'était donc la nuit du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582). Elle est fêtée le 15 octobre6. Sa dépouille fut enterrée dans le couvent de l'Annonciation de la ville, une main ayant été sectionnée et conservée dans un reliquaire d'Avila (le père Gracián en coupa le petit doigt).
À son exhumation le 25 novembre 1585, découverte incorrompue alors que les vêtements avaient pourri, on y laissa un bras et le reste du corps fut envoyé à Avila, dans la salle du chapitre du couvent de Saint-Joseph. Le transfert se fit un samedi du mois de novembre de 1585, presque en secret. Les religieuses du couvent d'Alba de Tormes demandèrent à conserver un bras comme relique. Quand le duc d'Alba se rendit compte du transfert, il se plaignit à Rome et entama des négociations pour le récupérer. Le corps fut renvoyé à nouveau à Alba de Tormes, par ordre papal (1586). En 1598, un sépulcre fut édifié. On y transféra son corps, toujours intact, dans une nouvelle chapelle en 1616, puis en 1670, dans une chasse d'argent.
Après ces événements, on ne fit plus d'autres atteintes à ses restes. Ils sont désormais dans plusieurs endroits :
  • Son pied droit et une partie de la mandibule supérieure sont à Rome.
  • Sa main gauche à Lisbonne
  • Son œil gauche et sa main droite à Ronda (Espagne).
  • Son bras gauche et son cœur dans des reliquaires du musée de l'église de l'Annonciation d'Alba de Tormes.
  • Ses doigts sont conservés dans divers endroits d'Espagne.

Titres posthumes

Thérèse fut béatifiée en 1614 par Paul V, et canonisée par Grégoire XV le 12 mars 1622 puis fut désignée (1627) comme patronne d'Espagne par Urbain VIII. Lors de sa béatification en 1614, trente courses de taureaux au cours desquelles cent taureaux sont combattus et mis à mort sont organisées.[réf. nécessaire]
Le mysticisme de son œuvre influença durablement les théologiens des siècles suivants, notamment saint François de Sales, Fénelon, et les jansénistes de Port-Royal. Le pape Paul VI la proclame, avec Catherine de Sienne, docteur de l'Église en 1970.
Elle a profondément inspiré Paul Verlaine dans son travail de conversion, et notamment pour le recueil Sagesse (« Ô mon Dieu vous m'avez blessé d'amour »). Elle était pour lui l'exemple même de « la femme de génie » (Voyage en France par un Français).
Thérèse est la sainte patronne de l’Espagne, des écrivains espagnols et des joueurs d'échecs7. Elle est également docteur de l'Université de Salamanque et porte le titre honorifique de mairesse d'Alba de Tormes depuis 1963.

Œuvre littéraire

Œuvres mystiques à portée didactique

Elle a laissé plusieurs écrits traitant de spiritualité, en particulier :

Œuvres d'organisation et de prière

  • Apuntaciones [« Annotations »]
  • Avisos [« Avis »]
  • Desafío espiritual [« Défi spirituel »]
  • Exclamaciones del alma a su Dios [« Exclamations de l'âme à son Dieu »]
  • Libro de las constituciones [« Les Constitutions »] (1563)
  • Libro de las fundaciones [« Les Fondations »] (1573-1582)
  • Libro de las relaciones [« Relations spirituelles »]
  • Meditaciones sobre los cantares [« Méditations sur les cantiques »]
  • Modo de visitar los conventos de religiosas [« Manière de visiter les couvents de religieuses »]
  • Ordenanzas de una cofradía [« Ordonnances d'une confrérie »]
  • Vejamen [« Humiliation »]
  • Vida de Santa Teresa de Jesús [« Vie de Sainte Thérèse de Jésus »] (1562-1565). Autobiographie dont le manuscrit original se trouve au Monastère Saint-Laurent de l'Escorial.
  • Visita de descalzas [« Visite de déchaussées »]

Autres contributions

Thérèse écrivit aussi de nombreux poèmes et entretint une importante correspondance, dont plus de 400 lettres ont été conservées. Ses écrits ont fait l'objet de traductions dans beaucoup de langues. Son nom figure parmi le Catalogue des autorités de la langue (espagnole) publié par la Real Academia Española.

Citations

  • « Si Satan pouvait aimer, il arrêterait d'être mauvais. »[réf. nécessaire]
  • Un court fragment poétique :
"Nada te turbe,
nada te espante,
todo se pasa,
Dios no se muda
La paciencia todo lo alcanza
quien a Dios tiene
nada le falta
solo Dios basta."[réf. nécessaire]
« Que rien ne te trouble
Que rien ne t'effraie
Tout passe
Dieu ne change pas
La patience permet tout
Qui en Dieu a foi
Ne manquera de rien
Seul Dieu suffit. »[réf. nécessaire]
« Que rien ne te trouble.
Que rien ne t'épouvante.
Tout passe.
Dieu ne change point.
La patience tout obtient.
Qui a Dieu rien ne lui manque.
Dieu seul suffit. »8

Iconographie

Adaptations de sa vie ou ses œuvres

Notes et références

  1. (en) Saint Teresa of Avila [archive] sur http://saints.sqpn.com [archive], Saints.SQPN.com, 26 octobre 2010. Consulté le 9 novembre 2010. Voir aussi l'article espagnol de Wikipédia.
  2. (en) Article « Saint Teresa of Ávila » dans l'Encyclopædia Britannica, version en ligne disponible au 02/11/2010.
  3. « los ojos negros y redondos y un poco carnosos; no grandes, pero muy bien puestos, vivos y graciosos, que en riéndose se reían todos y mostraban alegría, y por otra parte muy graves, cuando ella quería mostrar en el rostro gravedad; la nariz pequeña y no muy levantada de en medio, tenía la punta redonda y un poco inclinada para abajo; las ventanas de ella arqueadas y pequeñas; la boca ni grande ni pequeña; el labio de arriba delgado y derecho; y el de abajo grueso y un poco caído, de muy buena gracia y color; los dientes muy buenos; la barba bien hecha; las orejas ni chicas ni grandes; la garganta ancha y no alta, sino antes metida un poco; las manos pequeñas y muy lindas. En la cara tenía tres lunares pequeños al lado izquierdo, que le daban mucha gracia, uno más abajo de la mitad de la nariz, otro entre la nariz y la boca, y el tercero debajo de la boca. Toda junta parecía muy bien y de muy buen aire en el andar, y era tan amable y apacible, que a todas las personas que la miraban comúnmente aplacía mucho. »
  4. Pasó a Toledo y Madrid; de aquí otra vez a Toledo, ciudad en la que experimentó muchas dificultades para la fundación de un convento, la cual quedó hecha a 13 de mayo, y vencidos otros obstáculos, tomó posesión del monasterio de Pastrana (9 de julio). De vuelta en Toledo, allí permaneció un año, durante el cual hizo algunas breves excursiones a Medina, Valladolid y Pastrana. En Duruelo se había fundado el primer convento de hombres (1568). Se afirma que vio Teresa milagrosamente el martirio del Padre Acevedo y otros 40 Jesuitas asesinados (1570) por el pirata protestante Jacobo Soria. Tras una visita a Pastrana, de donde regresó a Toledo, entró en Ávila (agosto). Poco después se fundaba en Alcalá el tercer convento de Descalzos, y en Salamanca, ciudad en que estuvo la santa, el séptimo de Descalzas, al que siguió otro de mujeres en Alba de Tormes (25 de enero de 1571). De Alba volvió Teresa a Salamanca, siendo hospedada en el palacio de los condes de Monterrey; pasó a Medina, y de vuelta en Ávila, aceptó el priorato del convento de la Encarnación, cuya reforma consiguió. El priorato duró tres años. Se fundaron varios conventos más de Descalzos; algunos en Andalucía abrazaron la reforma, y comenzó la discordia entre Calzados y Descalzos, todo ello en 1572, año en que Teresa recibió muchos favores espirituales en el convento de la Encarnación: tales fueron su desposorio místico con Jesucristo y un éxtasis en el locutorio cuando conversaba con San Juan de la Cruz. Teresa, que en el transcurso de su vida escribió muchas cartas, estuvo en Salamanca en 1573. Allí, obedeciendo a su director, el Jesuíta Ripalda, redactó el libro de sus fundaciones.
  5. Estalló la discordia entre Carmelitas Calzados y Descalzos en el capítulo general celebrado por aquellos en Plasencia; en virtud de las bulas pontificias se acordó tratar con rigor a los Descalzos, que se habían extralimitado en sus fundaciones, y como fuera el Padre Gracián (21 de noviembre), por comisión del nuncio, a visitar los Carmelitas Calzados de Sevilla, estos resistieron la visita con gran alboroto. El padre Salazar, provincial de Castilla, intimó a Teresa que no hiciera más fundaciones y que se retirase a un convento sin salir de él. Trató la santa de retirarse a Valladolid, pero se opuso Gracián. En Sevilla estaba Teresa al fundarse en Caravaca (1 de enero de 1576) el duodécimo convento de Descalzas. Delatada a la Inquisición por una religiosa salida del convento, eligió para su residencia el convento de Toledo. Dejó Sevilla (4 de junio), llegó a Malagón (11 de junio), y de allí a Toledo, donde ya estaba a principios de julio. Antes de establecerse, marchó al convento de Ávila para arreglar varios asuntos; pero regresó rápidamente a Toledo en compañía de Ana de San Bartolomé, a la que había tomado por secretaria. Allí concluyó el libro de las fundaciones, las cuales se suspendieron en los cuatro años que duraron las persecuciones y conflictos entre Calzados y Descalzos. Eligió en Toledo por confesor a Velázquez. Propaladas muchas calumnias contra Teresa, se trató de enviarla a un convento Americano. Hizo la santa un viaje de Toledo a Ávila (julio de 1577), para someter a la Orden del Carmen el convento de San José, antes sujeto al ordinario. Miguel de la Columna y Baltasar de Jesús, desertores de la reforma, extendieron las calumnias contra los Descalzos, a los que con tal motivo persiguió el nuncio Felipe Sega. Acudió Teresa al rey, que tomó mano en el asunto. Las monjas de la Encarnación, en Ávila, la eligieron priora, a pesar de las censuras del Padre Valdemoro (octubre de 1577). La santa escribió (julio a noviembre) el libro De Las moradas. Sostuvo luego (1578) una polémica con el Padre Suárez, provincial de los Jesuítas, y el nuncio redobló sus persecuciones hasta el punto de pretender destruir la reforma, desterrando a los principales Descalzos y confinando a Toledo a Teresa, por él calificada de fémina inquieta y andariega. En Sevilla un confesor delató a la Inquisición las supuestas faltas de la priora de las Descalzas y de Teresa misma, sobre lo cual se formó un ruidoso expediente que puso en claro la inocencia de ambas.
  6. Sainte Thérèse d'Avila [archive]. Nominis.cef.fr.
  7. Le carmel en France, chronologie de sainte Thérèse d'Avila [archive]
  8. Œuvres complètes, Tome 1. Ma vie. Relations spirituelles, 1982, p. 477