vendredi 18 décembre 2015

Dieu n'est nulle part ailleurs que partout

Quand je porte sur l'autre un regard amoureux, je lui révèle sa nature profonde, je le rappelle à son identité véritable. Comme il est dit dans le chant d'Hakuin : " Tu erres parmi les mendiants sans te souvenir de qui tu es. " Le regard de celui qui m'aime, ce regard qui voit en moi ce que je suis dans ma profondeur me place dans ma royauté, me remet dans la lumière originelle.

On dit souvent de l'amour qu'il est aveugle, il est visionnaire. Il voit ce que les autres ne voient pas. Il voit derrière les apparences, derrière toutes ces protections que je me suis constituées pour protéger mon cœur. Pendant toute la vie, je suis menacée de toutes parts, par mes éducateurs, et tous ceux qui veulent m'imposer leurs vues. Je me protège toute une vie durant. Mais le regard qui m'aime fait fondre toutes les carapaces dans lesquelles je me suis cachée autrefois pour survivre.

Et pour finir, l'amour est là, bien sûr, pour nous révéler que " Dieu n'est nulle part ailleurs que partout ", que dans chaque être qui me rencontre sur cette terre, dans chaque regard qui me croise. L'amour est là pour nous dire : dans chacun des êtres que je rencontre, je Te rencontre. Cette expérience de l'amour et de la passion dans nos existences, Maître Eckhart la décrit quand il fait dire à Dieu : " Il n'y a pas de place pour deux en toi, je ne peux entrer que si tu sors. ". C'est ce que nous ressentons dans une passion quand nous sommes évidés comme un tronc d'arbre par la foudre, quand il ne reste plus rien en nous que ce vide béant et vibrant. La présence de l'autre. Cette expérience absolue du sacré. Cette expérience mystique - puisque la rencontre de l'homme et de la femme est de la même nature que la rencontre de l'âme et de Dieu.

Christiane Singer, Du bon usage des crises

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