Emeute contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)
On surnomme ces protestations des « Nimby » (« Not in my back-yard »,
pas à côté de chez moi), des prises de conscience environnementales
provoquées par l’irruption d’un danger de pollution près de chez soi. Et
en Chine, les manifs Nimby peuvent être violentes, et elles peuvent
gagner.
Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Via Weibo)
Les habitants de la ville de Qidong, dans l’estuaire du fleuve
Yangtsé (est de la Chine, non loin de Shanghai), se sont violemment
opposés à la police et aux autorités politiques, samedi, lors d’une
gigantesque manifestation de dizaines de milliers de personnes contre la
construction d’un système d’égouts destiné à évacuer près de leur ville
les eaux usées d’une usine de pâte à papier pourtant distante de
100 km.
Les habitants s’inquiétaient des conséquences de ces rejets de
l’usine de pâte à papier, appartenant à un groupe japonais, sur la
qualité de l’eau courante, et sur la pêche dans l’estuaire du plus grand
fleuve chinois, une activité importante.
Les autorités ont annoncé, à l’issue de cette journée violente,
l’annulation du projet, un nouveau succès pour de telles manifs
environnementales « de voisinage » en Chine.
Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)
Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Via Weibo)
La présence policière était massive pour faire face à cette
manifestation, annoncée depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux
chinois, et qui promettait d’être très suivie.
Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)
Le maire dévêtu et exhibé à la foule
Cette présence policière n’a pas empêché les manifestants d’envahir
le siège du gouvernement local, et d’humilier publiquement le maire en
partie dévêtu et exhibé à la foule. Dans les locaux officiels, les
manifestants ont trouvé des bouteilles de « vin cher », et... des
préservatifs. De quoi alimenter la haine d’une bureaucratie accusée de
vivre sur le dos des citoyens.
Dégâts au siège du gouvernement pris d’assaut par les manifestants (Via Weibo)
Cette protestation a été largement commentée sur les réseaux sociaux,
malgré la censure et les contrôles. On y trouve de très nombreuses
photos des protestations, de la violence des affrontements avec les
policiers, mais aussi des dégâts provoqués au siège du gouvernement, des
images toujours surprenantes dans un pays autoritaire.
« Wake up ! »
Les protestataires avaient également eu recours à l’humour pour
mobiliser, à l’image de ce poster, lui aussi disponible sur les réseaux
sociaux chinois.
Poster de mobilisation contre l’écoulement es eaux usées de l’usine japonaise (Via Weibo)
Les questions environnementales sont devenues une préoccupation
majeure des Chinois, non pas tant par rapport aux grands enjeux du
réchauffement climatique, mais par rapport à leur vie quotidienne, à la
dégradation de l’air ou de la qualité de l’alimentation.
La responsabilité des peuples du monde émergent
Mais la prise de conscience est de plus en plus forte, doublée d’une
réelle subtilité politique, comme en témoigne l’argumentaire d’appel à
la manif de samedi :
- « Les peuples du monde développé ont le droit et la
responsabilité de protéger l’environnement et l’océan, mais nous aussi,
peuples des pays émergents ;
- Nous soutenons totalement la direction du Parti communiste chinois.
Le président Mao nous a appris à viser un développement équitable,
efficace et durable. Deng Xiaoping nous a appris à nous accrocher au
développement durable. Hu Jintao nous a appris à étudier le
développement de manière scientifique. Mais vous, les officiels du
gouvernement local, n’avez vous rien appris de tout ça ?
- Protestez de manière civilisée, protestez de manière rationnelle. Protégeons l’océan, protégeons nos foyers. »
Les manifestations comme celle de Qidong sont le plus souvent le fait
de la classe moyenne émergente, ces Chinois dont le niveau de vie s’est
considérablement amélioré au cours de la décennie écoulée, et qui ne
veulent pas voir ces progrès ruinés par les menaces sur la santé de
leurs enfants.
Une année politiquement délicate en Chine
Ces dernières années, de telles manifestations se sont déroulées, et l’ont emporté, dans des villes prospères comme
Dalian au nord, ou
Xiamen au sud.
Les autorités ont cédé samedi, sans doute pour calmer un foyer de
tension inutile et dangereux en cette année politiquement délicate en
Chine, avec le replacement de l’équipe dirigeante au pouvoir à
l’automne.
Le Président, le Premier ministre, et les principaux membres du
Bureau politique sont concernés par le changement, qui se produit dans
un contexte déjà compliqué par la chute du « prince rouge »
Bo Xilai, le plus grand scandale politico-financier chinois depuis plus de quinze ans.