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lundi 30 juillet 2012

Universel, humanisme et diversité des cultures

La question de l’universel hante périodiquement nos débats depuis l’après-guerre. Joseph Yacoub l'explore dans L'Humanisme réinventé.

L'Homme de Vitruve (détail) de Léonard de Vinci. - L'Homme de Vitruve (détail) de Léonard de Vinci.

Joseph Yacoub, L’humanisme réinventé, Paris,  Les Éditions du Cerf,  mai 2012,  216 pages,  22 €.

Tel un serpent de mer, la question de l’universel hante périodiquement nos débats depuis l’après-guerre. Il nous manquait un retour érudit sur la période 1946-1952, années durant lesquelles l’Unesco contribua à la préparation de la déclaration universelle des droits de l’homme, qui fut signée le 10 décembre 1948, avant de se mettre au service de sa diffusion. Elle le fit en conduisant de riches enquêtes minutieusement explorées par Joseph Yacoub dans son dernier ouvrage L’humanisme réinventé. Mais cette approche historique est-elle réellement de nature à clarifier le débat philosophique sur la question de l’universel? Ce n’est pas certain.

Pourquoi cet examen aujourd’hui?

Les années d’après-guerre ont en quelque sorte «donné le la» de tous les débats qui suivront. Alain Finkielkraut fut l’un des premiers à le remarquer dans les meilleures pages de sa Défaite de la pensée (Gallimard, 1987). Mais il lui a peut-être manqué la connaissance de ces enquêtes sur les fondements philosophiques des droits de l’homme et la diversité des cultures conduites par l’Unesco et restituées par Joseph Yacoub.
Ces trois enquêtes furent:
  • 1° L’enquête de 1947 sur les fondements philosophiques des droits de l’homme, couronnée par la publication d’un texte intitulé «Pour une nouvelle déclaration des droits de l’homme».
  • 2° L’enquête menée en 1948-1949 sur la diversité des cultures, aboutissant à la rédaction d’une déclaration intitulée «L’humanisme de demain et la diversité des cultures».
  • 3° Les entretiens de New-Delhi en 1951, qui s’achevèrent par une série de recommandations en faveur d’un «nouvel humanisme», formule qui a suggéré à Yacoub le titre de son ouvrage.
Malgré leurs spécificités, ces trois contributions majeures, dont on doit être reconnaissant à l’auteur de les avoir exhumées de l’oubli, ont en commun de souligner «l’impératif d’élargir de champ intellectuel de l’humanisme et d’étendre son espace géographique et historique à d’autres pays que l’Europe et à d’autres cultures» (p. 19).

Un beau travail d’historien

L’auteur nous apprend comment l’enquête de 1947 a contribué à la rédaction de la déclaration universelle de décembre 1948. Julian Huxley (1887-1975), alors directeur général de l’Unesco, et le Français Jacques Havet, qui représenta l’Unesco lors des travaux de la commission des droits de l’homme de l’ONU, jouèrent alors un rôle éminent. Cette enquête consista en un exposé-questionnaire adressé à deux cents personnalités du monde entier; soixante-dix d’entre elles répondirent. L’auteur choisit de commenter une vingtaine de ces réponses, parmi lesquelles celles de Gandhi, d’Emmanuel Mounier, de Jacques Maritain, de l’Américain Quincy Wright et du Chinois Chung-Shu Lo.
Après la signature de la déclaration de 1948, une seconde enquête fut confiée à Julian Huxley, qui la conduisit de mai 1948 à novembre 1949. Son objectif: «Rechercher si les valeurs, les principes, les idéaux qu’exprime cette déclaration peuvent se concilier avec les doctrines et les pratiques des différents groupes culturels du monde d’aujourd’hui» (p. 96-97). Là encore, l’auteur examine quelques-unes des réponses reçues par la commission.
Enfin fut organisé en 1951 à New-Dehli un «entretien entre penseurs et philosophes de différents pays sur les relations culturelles et philosophiques entre l’Orient et l’Occident». On retiendra cette belle interrogation de l’Egyptien Ibrahim Madkour:
«Qui oserait dire que les notions de liberté et de tolérance sont une invention propre à une seule nation?»
Ces mots ont peut-être été à l’origine du dernier chapitre de l’ouvrage, dans lequel l’auteur se penche sur le monde syriaque et sur le rôle de medium qu’a pu jouer pendant plusieurs siècles cette civilisation trop peu connue pour relier Orient et Occident. Mais ces pages sont sans doute  trop brèves pour convaincre réellement le lecteur de la compatibilité entre diversité culturelle et universalité.

Une litanie de vœux pieux

Si l’étude menée par Joseph Yacoub est un modèle de sérieux et d’érudition, on ne saurait être aussi laudatif concernant la dimension philosophique de l’ouvrage, dont la seconde partie, prétendant à une «approche théorique» (p. 139-163) reste excessivement prisonnière des catégories de l’après-guerre, un peu comme si aucune réflexion philosophique novatrice n’avait été menée depuis.
L’affirmation de Jacques Havet, selon laquelle «la culture est aujourd’hui le domaine où l’homme s’exprime le mieux dans son universalité» (p. 144), est à ce point éloignée des observations contemporaines qu’on ne voit guère en quoi un tel rappel peut éclairer le débat.
Et il ne suffit pas de feindre l’étonnement sur les raisons du «retour du débat sur l’universalité des droits de l’homme depuis deux décennies» (p. 151), il suffit encore moins de proclamer que la liberté et l’égalité des hommes en dignité et en droits est «incontestablement universelle», pour élaborer ne serait-ce qu’un début de conceptualisation. Un adverbe n’y suffit pas. Quant à la distinction entre un «relativisme universel» (visiblement rejeté par l’auteur) et un «relativisme relatif» (qui semble avoir ses faveurs), elle est si faiblement argumentée que le plus relativiste des philosophes se laisserait convaincre au sortir de ce livre par l’universalisme d’un Jean-François Mattéi dont les travaux sur ces thématiques sont d’une tout autre rigueur (cf. Le regard vide, Flammarion, 2007, ou plus récemment Le procès de l’Europe, P.U.F., 2011).

L’exemple privilégié de la dignité

Dans ses pages consacrées à la Mésopotamie, l’auteur rappelle quelques très belles formules du célèbre code d’Hammurabi (1750 av. JC). Mais doit-on lui rappeler que ce Code prescrit aussi que si la maison construite par un maçon s’est écroulée, tuant le fils du propriétaire, on tuera le fils du maçon? Exécuter le fils du maçon n’est alors pas contraire à la dignité de l’homme mésopotamien. Envoyer mourir dans les tranchées des millions d’hommes, est-ce oui ou non contraire à la dignité de l’homme? On répondait non en 1914, on répondrait oui aujourd’hui.
L’universel résiste-t-il à une approche purement historisante? Et si les cultures convergent (ce qui reste à démontrer), cette lente uniformisation est-elle bien de l’ordre de l’universalité? Suffirait-il que le fondamentalisme musulman s’étende à toute la surface de la terre pour que démonstration soit faite de son universalité? Autant de questions philosophique majeures que ce livre très érudit nous conduit à formuler, sans jamais lui-même ne serait-ce que les effleurer.
Philippe Granarolo
Article également publié sur le blog Trop Libre, de Fondapol

Victoire pour des manifestants antipollution en Chine


Emeute contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)
On surnomme ces protestations des « Nimby » (« Not in my back-yard », pas à côté de chez moi), des prises de conscience environnementales provoquées par l’irruption d’un danger de pollution près de chez soi. Et en Chine, les manifs Nimby peuvent être violentes, et elles peuvent gagner.

Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Via Weibo)
Les habitants de la ville de Qidong, dans l’estuaire du fleuve Yangtsé (est de la Chine, non loin de Shanghai), se sont violemment opposés à la police et aux autorités politiques, samedi, lors d’une gigantesque manifestation de dizaines de milliers de personnes contre la construction d’un système d’égouts destiné à évacuer près de leur ville les eaux usées d’une usine de pâte à papier pourtant distante de 100 km.
Les habitants s’inquiétaient des conséquences de ces rejets de l’usine de pâte à papier, appartenant à un groupe japonais, sur la qualité de l’eau courante, et sur la pêche dans l’estuaire du plus grand fleuve chinois, une activité importante.
Les autorités ont annoncé, à l’issue de cette journée violente, l’annulation du projet, un nouveau succès pour de telles manifs environnementales « de voisinage » en Chine.

Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)

Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Via Weibo)
La présence policière était massive pour faire face à cette manifestation, annoncée depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux chinois, et qui promettait d’être très suivie.

Manif contre un projet polluant à Qidong, en Chine, le 28 juillet 2012 (Peter Parks/AFP)

Le maire dévêtu et exhibé à la foule

Cette présence policière n’a pas empêché les manifestants d’envahir le siège du gouvernement local, et d’humilier publiquement le maire en partie dévêtu et exhibé à la foule. Dans les locaux officiels, les manifestants ont trouvé des bouteilles de « vin cher », et... des préservatifs. De quoi alimenter la haine d’une bureaucratie accusée de vivre sur le dos des citoyens.

Dégâts au siège du gouvernement pris d’assaut par les manifestants (Via Weibo)
Cette protestation a été largement commentée sur les réseaux sociaux, malgré la censure et les contrôles. On y trouve de très nombreuses photos des protestations, de la violence des affrontements avec les policiers, mais aussi des dégâts provoqués au siège du gouvernement, des images toujours surprenantes dans un pays autoritaire.

« Wake up ! »

Les protestataires avaient également eu recours à l’humour pour mobiliser, à l’image de ce poster, lui aussi disponible sur les réseaux sociaux chinois.

Poster de mobilisation contre l’écoulement es eaux usées de l’usine japonaise (Via Weibo)
Les questions environnementales sont devenues une préoccupation majeure des Chinois, non pas tant par rapport aux grands enjeux du réchauffement climatique, mais par rapport à leur vie quotidienne, à la dégradation de l’air ou de la qualité de l’alimentation.

La responsabilité des peuples du monde émergent

Mais la prise de conscience est de plus en plus forte, doublée d’une réelle subtilité politique, comme en témoigne l’argumentaire d’appel à la manif de samedi :
  • « Les peuples du monde développé ont le droit et la responsabilité de protéger l’environnement et l’océan, mais nous aussi, peuples des pays émergents ;
  • Nous soutenons totalement la direction du Parti communiste chinois. Le président Mao nous a appris à viser un développement équitable, efficace et durable. Deng Xiaoping nous a appris à nous accrocher au développement durable. Hu Jintao nous a appris à étudier le développement de manière scientifique. Mais vous, les officiels du gouvernement local, n’avez vous rien appris de tout ça ?
  • Protestez de manière civilisée, protestez de manière rationnelle. Protégeons l’océan, protégeons nos foyers. »
Les manifestations comme celle de Qidong sont le plus souvent le fait de la classe moyenne émergente, ces Chinois dont le niveau de vie s’est considérablement amélioré au cours de la décennie écoulée, et qui ne veulent pas voir ces progrès ruinés par les menaces sur la santé de leurs enfants.

Une année politiquement délicate en Chine

Ces dernières années, de telles manifestations se sont déroulées, et l’ont emporté, dans des villes prospères comme Dalian au nord, ou Xiamen au sud.
Les autorités ont cédé samedi, sans doute pour calmer un foyer de tension inutile et dangereux en cette année politiquement délicate en Chine, avec le replacement de l’équipe dirigeante au pouvoir à l’automne.
Le Président, le Premier ministre, et les principaux membres du Bureau politique sont concernés par le changement, qui se produit dans un contexte déjà compliqué par la chute du « prince rouge » Bo Xilai, le plus grand scandale politico-financier chinois depuis plus de quinze ans.

dimanche 10 avril 2011

Il faut sortir des logiques d'affrontement dans l'entreprise

Pour Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République et président du conseil économique, social et environnemental (Cese), l'autorité ne peut plus se fonder uniquement sur la justification d'un titre mais sur la dimension morale du dirigeant.

Propos recueillis par Claire Padych pour LEntreprise.com, publié le 25/03/2011

Quel est le patron idéal de demain ?

Pour envisager l'avenir, il faut d'abord regarder les patrons d'aujourd'hui. Il n'y a pas de sens à l'action sans une vision à moyen et long terme. Or, la France est l'un des rares pays du monde à avoir une voracité du court terme. De plus, les relations dans les entreprises ont changé : l'autorité, pour être acceptée, ne peut se fonder sur la justification d'un titre, mais repose sur la dimension morale de celui ou de celle qui l'exerce. L'année 2011 doit être celle de l'éthique, de la transparence pour toutes celles et tous ceux qui exercent le pouvoir. Connaissez-vous la différence entre un homme intelligent et un homme sage? L'homme intelligent sait sortir d'un problème... que l'homme sage a su éviter !
Quelles sont les attentes des salariés dans l'entreprise ?

Aujourd'hui, ils recherchent avant tout un épanouissement personnel, au détriment du collectif. Les sphères personnelle et professionnelle ne sont plus séparées, les tensions et les frustrations de l'une rejaillissent sur l'autre : au Canada, vous ne parlez pas de problèmes personnels pendant les heures de travail. En revanche, à partir de 18 heures, vous ne parlez plus de travail ! Il est donc nécessaire de repenser l'entreprise avec ses acteurs qui ont une attente qualitative de la vie. Le malaise de la société française trahit un besoin urgent de bâtir de nouvelles espérances à la hauteur des efforts fournis.
Que doivent faire les employeurs avec cette nouvelle donne ?

Il faut créer une empathie du patron par rapport à la dynamique créée. Les salariés qui posent le plus de problèmes ne sont pas ceux que l'on ne juge pas bons car ils peuvent toujours s'améliorer : ce sont ceux qui sont hyper-performants mais qui n'adhèrent pas aux valeurs de l'entreprise. Il faut que les employeurs travaillent sérieusement autour de ces valeurs afin que les salariés adhérent et s'impliquent dans le projet. La différence fondamentale entre la France et l'Allemagne est que dans les rapports sociaux de la première le conflit est le mot d'ordre alors que dans la seconde, c'est le dialogue. Là est toute la différence. Il faut absolument sortir des logiques d'affrontement, remettre le patron du côté des salariés et pas seulement du côté des actionnaires !

samedi 12 février 2011

Humanisme Méthodologique


L’Humanisme Méthodologique c’est une pensée pour l’action. Né à la fin des années 70 il s’est développé sur quatre axes. Un axe théorique, philosophique pour donner ses fondements à un humanisme ancré dans une vision cohérente de l’homme et du monde. Un axe méthodologique pour mobiliser les processus d’efficience humaine dans l’action individuelle et collective avec "l’intelligence symbolique". Un axe d’analyses et de relectures fondamentales des affaires humaines. Un axe de propositions opérationnelles dans différents domaines y apportant de nouvelles compréhensions et des méthodes de nature à répondre aux enjeux de notre époque.

Le Journal permanent de l’Humanisme Méthodologique rassemble les textes qui constituent la ressource principale pour connaître cette pensée et ses moyens pour l’action. Il procurera au lecteur l’expérience d’un nouveau regard dans un contexte de grande mutation où les propositions foisonnent, dans tous les Sens. En tant qu’auteur je vous en souhaite une expérience personnelle enrichissante et j’espère vos initiatives pour transmettre et réaliser les promesses d’un nouvel humanisme attendu.

http://journal.coherences.com/

jeudi 11 novembre 2010

Nouvelles Cohérences Humaines

Le Sens du bien commun
http://coherences.com/BLOG-HM/

Post-démocratie
http://coherences.com/BLOG-HM/2010/01/post-democratie/

Journal Permanent de l’Humanisme Méthodologique
par Roger Nifle
http://coherences.com/RN/

L'évolution humaine
http://journal.coherences.com/article31.html

L’existence humaine est marquée par des âges et stades d’évolution qui correspondent d’une part à un parcours d’intégration des dimensions de l’existence et d’autre part à des niveaux successifs de conscience et de maîtrise. Tout se passe comme si il en allait de même pour les communautés humaines.

Il est assez couramment admis (mais pas toujours) que les enfants doivent être éduqués pour devenir adultes, que c’est important pour leur vie d’homme que d’évoluer vers des capacités de comportements, des capacités sociales, qui prennent leur premier visage dans l’émerveillement de voir grandir les tout petits. Manger, tenir dans ses mains, marcher, parler, raisonner font partie de ce que l’on voit visiblement se transformer dans un Sens de progrès, non sans moments difficiles. On sait qu’il s’agit alors de régressions auxquelles le petit d’homme doit renoncer pour discipliner sa façon d’exister et s’ouvrir ainsi tous les champs d’une existence réussie.

Bien sûr on sait aussi les échecs et par eux que ce grandir ne va pas de soi, qu’il n’est possible que grâce à la présence attentive d’autres personnes, mères, parents, tuteurs, autres enfants... On sait aussi que les conceptions de l’éducation ne sont pas toutes les mêmes sans qu’elles soient en général clairement identifiées.

Cela étant il est beaucoup moins fréquent de considérer que le grandir est l’enjeu de toute l’existence, nous dirons même qu’elle est faite pour cela. Si le Sens de l’existence choisi est celui de l’accomplissement humain alors le grandir et le faire grandir sont la justification de toutes les activités et les organisations humaines à toutes les échelles. Si d’autres Sens humains sont choisis alors le grandir a d’autres buts qui ne seront pas l’accomplissement humain mais en général des bénéfices relevant d’un aspect particulier de l’existence (affectif, corporel, mental).

C’est là un des points majeurs de l’humanisme méthodologique.

Toute activité, toute organisation, toute situation, quelles qu’elles soient, peuvent être considérées toujours comme une occasion de grandir et faire grandir, humainement parlant, et toute responsabilité se justifie uniquement par rapport à cet enjeu.

Ensuite une question se pose. Quelles sont les phases et les étapes du grandir humain, en quoi consistent-elles, que visent-elles, comment procède se grandir ?