dimanche 23 juin 2013

L'ex-patron d'Autonomy répond aux attaques de HP

L'ancien patron d'Autonomy, Mike Lynch, a quitté HP un peu plus tôt cette année. L'ancien patron d'Autonomy, Mike Lynch, a quitté HP un peu plus tôt cette année.
La semaine dernière, HP a fait savoir qu'elle allait demander réparation pour la surévaluation d'Autonomy, rachetée en 2011 pour 10,3 milliards de dollars. Selon le constructeur, le vendeur aurait masqué une charge pour perte de valeur hors trésorerie de 8,8 milliards de dollars. HP estime que ces malversations ne lui ont pas permis d'évaluer Autonomy à sa juste valeur. Meg Whitman a aussi mis en cause quelques possibles responsables : deux anciens dirigeants de HP, le fondateur et ancien CEO d'Autonomy, Myke Lynch, plus le cabinet d'audit Deloitte qui a préparé la transaction.
Mardi dernier, HP a annoncé qu'une enquête interne avait permis de constater que l'entreprise Autonomy avait été considérablement surévaluée au moment de son acquisition. Selon HP, toutes les informations concernant la performance financière de l'entreprise, son chiffre d'affaires, son taux de croissance de base et ses marges brutes, et la présentation de son portefeuille d'activités auraient été falsifiées. Pour HP, qui a saisi la SEC (Securities and Exchange Commission) aet le Serious Fraud Office britannique, la fraude présumée avait pour objectif « de tromper délibérément les investisseurs et les acheteurs potentiels ».  Mardi dernier, au cours d'une conférence téléphonique, Meg Whitman, CEO de HP, a déclaré que « les deux personnes qui auraient du être tenues responsables sont parties », désignant sans les nommer Léo Apotheker, l'ancien et bref CEO de HP et Shane Robison, son ancien Chief Strategy Officer (CSO). Celle-ci a ajouté que, même si elle s'attend à ce que les procédures soient longues, « plusieurs années », HP « était déterminée à obtenir réparation ».

Mike Lynch, fondateur et CEO d'Autonomy, qui a quitté HP en avril dernier, est sorti de son silence et a fermement démenti toutes malversations. Dans une interview au Wall Street Journal, celui-ci a déclaré qu'il n'était pas au courant de ces malversations avant qu'elles ne soient révélées publiquement, et s'est plaint de se retrouver « pris dans une embuscade ». Celui-ci nie toutes ces allégations et renvoie la responsabilité à HP, à Meg Whitman et au cabinet d'audit Deloitte qui ont préparé le rachat. « Je ne comprends pas comment on peut évaluer la dépréciation à 8,8 milliards de dollars et dire ensuite qu'on n'a rien remarqué, et cela après avoir fait diligence raisonnable avec 300 personnes. C'est comme si on n'avait pas vu un gros éléphant. Cela remet en question la crédibilité de l'annonce. On nous demande de croire qu'un gros éléphant a échappé aux parties, aux 300 personnes impliquées dans le rachat et qu'on s'en serait rendu compte un an après ». Pour l'instant, le cabinet Deloitte n'a pas fait de commentaire.

HP aurait détuire de la valeur selon M. Lynch


Mike Lynch suggère également que HP essaie de détourner l'attention de ses pertes énormes (près de 7 milliards de dollars au quatrième trimestre). Ajoutant : « Ce que je constate, c'est que cela coïncide avec l'annonce par HP de ses plus mauvais résultats jamais réalisés en 70 ans d'existence. Je pense que HP est dans la tourmente. Le rachat d'EDS avait déjà plombé les comptes de l'entreprise. Il y a eu ensuite le rachat de Palm. Lorsque Autonomy a été racheté, le directeur général d'alors [M. Apotheker] voulait se débarrasser de différents départements et tout recentrer sur le logiciel ». Celui-ci poursuit : « Il y a eu plusieurs erreurs de gestion. HP a laissé de côté des centaines de personnes de talent qui travaillaient chez Autonomy. Malheureusement, au final, le résultat c'est que HP a détruit toute valeur. C'est ce qu'ils essaient de cacher aujourd'hui avec cette affaire ». Victor Basta, directeur général de Magister Advisors, qui conseille les entreprises technologiques sur les introductions en bourse, soutient également que la responsabilité en incombe à HP, dans la mesure où l'entreprise a cherché, à tort, une solution miracle avec Autonomy. « Sa stratégie, qui consistait à acheter un « logiciel pour sortir du hardware", a échoué. Autonomy a toujours été une transaction hors-cadre. Beaucoup de grandes entreprises bâtissent leur gagne-pain sur des transactions de taille moyenne. Mais dans le cas de HP, ils ont tenté le tout pour le tout », a déclaré Victo Basta. « Soit, HP veut se transformer. Mais il aurait été essentiel qu'ils s'emploient d'abord à consolider la culture d'entreprise et à se réorganiser avant de procéder à une acquisition avec pour objectif de faire changer l'entreprise ». Selon lui, « les responsables de HP ont fait une énorme erreur en tentant de « consolider l'entreprise par un rachat ».

Il est impossible d'acheter une culture d'entreprise

Selon le directeur général de Magister Advisors, l'activité d'Autonomy est basée sur un modèle de licence logicielle unique, par opposition à un modèle par abonnement, et au moment de l'acquisition, Autonomy était en très forte croissance. Celui-ci estime que, compte tenu de ce modèle unique de vente et de sa croissance rapide, « Autonomy était très difficile à évaluer ». Ajoutant : « HP aurait mieux fait, comme IBM et Dell, de cibler une série de petites acquisitions qui lui assuraient des revenus plus prévisibles, et elle aurait construit quelque chose autour, progressivement. Sauf qu'il faut une dizaine d'années, et non pas un an, pour faire ce genre de transition. La culture de HP a rendu ce changement impossible. Convertir un constructeur de matériel dans une activité logicielle demande un changement fondamental de sa culture d'entreprise. Et cela ne s'achète pas ».

Richard Holway, président du cabinet d'analystes TechMarketView a commenté la nouvelle en déclarant qu'il était « désolé pour tous ». Celui-ci a dit qu'il considérait Mike Lynch comme un ami, et qu'il détenait également des actions dans HP et Autonomy.  HP a donné des détails sur les accusations proférées la semaine dernière. Notamment, le constructeur avance qu'Autonomy a attribué des ventes de licences IDOL faites par des revendeurs à des utilisateurs finaux. Ces revenus, issus de la revente de matériel, ont été comptabilisés à tort comme logiciel. Les deux ont des impacts différents sur les perspectives de recettes de l'entreprise.

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