En laboratoire, des chercheurs ont génétiquement modifié le virus H5N1, le virus de la grippe aviaire qui n'est pas transmissible entre humains. Leur objectif: savoir s'il pouvait devenir très contagieux entre mammifères.
Leur résultat: le H5N1 est bien devenu transmissible entre furets - le modèle animal favori pour la grippe - et donc potentiellement entre humains.
Les autorités américaines, qui financent en grande partie ces travaux via les NIH (National Institutes of Health), s'en sont inquiétées et ont demandé aux chercheurs de ne pas publier intégralement leurs recherches (lire Quand la sécurité prime sur la science).
Fait rare, les chercheurs ont décidé d'un moratoire sur leurs recherches de deux mois, moratoire qui a été prolongé.
Pourquoi manipuler ainsi le virus de la grippe? Ces manipulations sont-elles risquées? l'expérience est-elle facile à reproduire? Faut-il publier les résultats?
Pour répondre à ces questions, Sciences et Avenir a interrogé de nombreux chercheurs, dont les avis sont parfois très divergents!
"Je pense que ce genre d'entreprise n'aurait pas dû être mené. Les micro-organismes qui nous parasitent ont une énorme plasticité génétique. C'est le cas du virus du sida [...] Les mutations de ce dernier ne seront jamais là où on les attend!"
Pr Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine en 2008
"Il n'y a pas d'interdit dans la recherche" estime de son côté le virologue Jean-Paul Gonzalez, de l'IRD, "on peut publier avec des réserves". "Mais aujourd’hui la grippe c’est la grande peur, hyper-médiatisée", déplore le directeur du centre de recherches médicales de Franceville (Gabon), qui héberge un laboratoire de haute sécurité (lire son interview en ligne).
Pour ou contre la publication?
"Que ces deux articles soient publiés sans certaines données sensibles est ridicule. Lorsqu'une connaissance scientifique est établie, il faut la communiquer". Bruno Lina, virologue, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe
"C’est une recherche dangereuse qui ne devrait pas être publiée". Patrick Berche, chef du service de microbiologie à l’hôpital Necker-Enfants malades (Paris) (lire son interview en ligne)
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