jeudi 1 janvier 2015

La zone morte

« La zone morte. En gardant son secret, une femme se coupe de tous ceux qui lui apporteraient amour, secours et protection. Elle porte seule son fardeau de chagrin, de peur, quelquefois pour un groupe entier, que ce soit sa famille ou sa culture. En outre, comme dit Jung, garder des secrets nous coupe de l’inconscient. Là où il y a secret honteux, il y a toujours une zone morte dans la psyché de la femme, un lieu qui ne ressent pas les événements de la vie émotionnelle ou de celle des autres, ou bien n’y réagit pas correctement. La zone morte est extrêmement protégée. On trouve là une infinité de murs et de portes, chacune fermée avec une vingtaine de verrous, et les homunculi, les petites créatures des rêves féminins, sont toujours en train de construire d’autres portes, d’autres barrages, d’autres systèmes de sécurité, de peur que le secret ne s’échappe. Pourtant, on ne peut tromper la Femme sauvage. Elle est parfaitement au courant de sombres paquets qui gisent dans l’esprit de la femme, enveloppés de mètres et de cordes. La lumière, la grâce n’atteignent pas ces endroits tant ils sont couverts et recouverts. Bien sûr, dans la mesure où la psyché joue un rôle compensatoire, le secret filtrera de toute manière à l’extérieur, sinon sous forme de mots, du moins sous forme d’accès soudains de mélancolie, de rages mystérieuses et intermittentes, de toutes sortes de tics et de maux physiques, de conversations qui cessent brutalement, sans explication, de réactionsbizarres à des films ou même à des publicités à la télévision. Le secret filtrera donc toujours et la plupart du temps ce sera d’une façon impossible à gérer de front. »
— Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups (chap. 13)

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