vendredi 13 septembre 2013

Génération Y : des corps étrangers pour les entreprises

Les jeunes de moins de 30 ans débarquent dans le monde du travail avec des codes et des motivations bien différents de ceux de leurs aînés. 

 Par À la une du Point.fr 

 
Le "Y" représente la forme de la prise des écouteurs.
Le "Y" représente la forme de la prise des écouteurs. © Julian Love / AFP
 
Certains disent qu'elle n'existe pas. D'autres, au contraire, en font des études, des théories, et même des livres. Dans les deux cas, la génération Y fait parler d'elle, jusque dans les salles de réunion des entreprises françaises, en soulevant cette interrogation : comment intégrer les jeunes de moins de 30 ans au monde de l'entreprise, avec ses codes, ses valeurs et ses exigences ? Que l'on prénomme cette génération "Y" ou non, la question agite les dirigeants, les recruteurs et les salariés, plus âgés que ces représentants de la génération Google, nés entre le milieu des années 1980 et 1995.
 
 
Actuellement, trois générations se côtoient dans les entreprises. Trois tranches d'âge avec leurs propres valeurs doivent travailler ensemble : les "baby-boomers", nés entre 1945 et 1965, qui ont connu la croissance, le plein emploi, le respect de la hiérarchie, la génération X, née entre 1965 et le milieu des années 80, marquée par le sida, Tchernobyl et le choc de la révolution technologique et enfin la génération dite Y, celle de la mondialisation, des échanges Erasmus, des cours de développement personnel, de l'instantanéité, mais aussi de la désillusion économique et de la précarité.

Rapport décomplexé à l'autorité

Ce n'est pas simplement l'arrivée d'une nouvelle génération sur le marché du travail, selon Julien Pouget, auteur du livre Intégrer et manager la génération Y aux éditions Vuibert, c'est l'arrivée "pour la première fois de jeunes avec des attentes exprimées et qui veulent satisfaire ces attentes". Moins dociles que leurs aînés, ils ont un rapport plus décomplexé à l'autorité. "Ils ne vont pas vous respecter pour votre titre, mais pour vos compétences", souligne Julien Pouget. Ce nouveau rapport à la hiérarchie déstabilise certains dirigeants : certains vont sentir leur autorité bafouée, d'autres ne vont pas savoir comment réagir face à la quantité de questions d'une génération qui cherche du sens à son travail, habituée à trouver des réponses à chaque instruction reçue. L'art de faire le lien entre ces générations dans le monde du travail est ce que l'on appelle le "management intergénérationnel", une compétence de plus en plus recherchée par les entreprises françaises.

Écouteurs, musique et SMS

Les Y sont décrits comme une génération qui bouleverse les codes : ils posent la question des congés et des RTT dès l'entretien d'embauche, ils travaillent en écoutant de la musique et en envoyant des SMS, ils demandent des évolutions de poste au bout de six mois, un an. "Qu'est-ce que vous recherchez ?" demande l'employeur, "Qu'avez-vous à me proposer ?" répond le "Yer". Mais tout n'est pas une question de désir et de développement personnel, il y a aussi un contexte : une société où le chômage touche 25 % des jeunes.
"Je me méfie des généralités faites sur la génération Y", signale Nathalie Dey, directrice d'une agence Adecco qui recrute des jeunes en intérim, en CDD ou en CDI, "beaucoup de jeunes de moins de 30 ans ont avant tout envie de travailler". "Être jeune n'est pas une faute !" affirme la directrice, qui admet cependant que beaucoup d'entreprises veulent recruter des jeunes qui connaissent déjà les codes de l'entreprise : être présent, arriver à l'heure, respecter la hiérarchie et les consignes données. Comme si, effectivement, ces prérequis n'étaient pas tout à fait naturels.
En tant que génération mondialisée, habituée aux voyages, hyper-connectée, les "Yers" sont avant tout un atout dans les entreprises. "Moi, je les appelle les empêcheurs de tourner en rond", clame Julien Pouget. "Réfléchir sur la manière d'inclure cette génération Y dans l'entreprise est une manière aussi de réfléchir sur les désirs de ses clients ou de ses futurs clients, c'est avant tout une démarche salutaire pour les entreprises !" Salutaire certainement aussi pour la société française qui laisse une place à sa jeunesse très étriquée au risque de devoir faire face à un exil massif de ses jeunes diplômés : 27 % d'entre eux veulent quitter la France en 2013.

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