mercredi 18 décembre 2013

Comment la révolution énergétique va rendre les villes intelligentes et durables

LE CERCLE. Alors que l’urbanisation du monde s’accélère, la « ville » devient l’enjeu principal de toutes les politiques environnementales. Grâce à la convergence entre les technologies numériques et l’énergie, les villes deviennent capables de mieux répondre aux besoins de la population en améliorant leur confort et en diminuant la consommation d’énergie.
Aujourd’hui, les « villes » consomment les trois quart de l’énergie produite et génèrent environ 80% des émissions de CO2 à l’échelle mondiale. Ce sont les villes qui constituent le défi le plus important de toutes les politiques environnementales. Or ce défi urbain est devant nous : alors qu’elles rassemblent aujourd’hui la moitié de la population mondiale, les villes en accueilleront les trois quart en 2050. Nul doute que nous devons inventer de nouvelles formes d’organisation des villes, afin de les rendre plus efficaces. Or, la convergence entre les technologies numériques et le monde de l’énergie, que j’ai appelée « Energie 3.0 », fait émerger un écosystème de nouveaux services permettant de mieux vivre en consommant moins.
Convergence entre les technologies numériques et l’énergie pour rendre la ville plus efficiente
« Software is eating the world ». La célèbre formule de l’investisseur Marc Andreessen, inventeur du premier navigateur internet Mozaïc, semble chaque jour plus vrai : les technologies numériques, après avoir engagé un grand mouvement de « disruption » du secteur de l’information, sont en train de transformer l’organisation de l’ensemble des secteurs économiques, dont celui de l’énergie.
Les innovations qui font converger le secteur de l’énergie et les innovations numériques sont très répandues, notamment les technologies de pilotage de la consommation d’énergie et les équipements communicants, tels que les capteurs de température, de qualité de l’air, les variateurs de vitesse et robots, ou encore les compteurs communicants et le pilotage de l’intensité lumineuse.
Ainsi, la ville de Boston, première du « City Energy Efficiency Scorecard » de l’American Council for an Energy-Efficient Economy, travaille avec des acteurs des acteurs du monde informatique et énergétique pour devenir à la fois plus intelligente, plus efficiente et plus propre. Cela passe par la collecte et le suivi de données de 350 bâtiments, 850 feux routiers, 64 000 éclairages publics et 3 100 véhicules municipaux. L’objectif : optimiser la consommation de chaque entité, grâce à des investissements dédiés. Les logiciels permettent de suivre d’autres paramètres, comme la qualité de l’eau, le recyclage, l’inventaire des équipements, etc. L’initiative participe de l’objectif de la ville de réduire de 80 %ses émissions de CO2 d’ici 2050.
From « cloud » to « roots » : un travail d’ingénierie qui nécessite la convergence de nombreux corps de métiers
A l’heure du « cloud », il faut rappeler que cette évolution est rendue possible grâce à deux autres ruptures technologiques, plus proche des « roots » : des capteurs chaque jour plus performants et miniaturisés et des réseaux qui interconnectent et font communiquer l’ensemble des objets entre eux. Aujourd’hui, la qualité de l’air et de l’eau, les mouvements des personnes et des objets, les évolutions de la météorologie, la circulation des véhicules, la production et la consommation d’énergie, tous ces paramètres peuvent être mesurés, suivis et interconnectés en temps réels. Rendre la ville intelligente n’est donc pas seulement inventer les logiciels et algorithmes les plus sophistiqués : c’est interconnecter les bâtiments, usines, véhicules, centrales de production d’énergie, éclairages, etc. Cela nécessite de travailler sur des standards et des normes ouvertes et non propriétaires, compatibles. Cela nécessite aussi de former les différents acteurs, électriciens, chauffagistes, entreprises de construction, facility managers, afin qu’ils soient capables de relier les équipements entre eux. Les distributeurs professionnels d’équipements électriques jouent un rôle clé pour informer et former les installateurs, et composer des solutions clé en main de maîtrise de l’énergie.
Donner le pouvoir aux citoyens dans les villes intelligentes
A l’instar de la révolution digitale, qui a été portée par les besoins des besoins clients, la révolution énergétique ne se fera que si l’utilisateur final est au centre du dispositif. De même que les blogs, les réseaux sociaux ou les plateformes vidéos leur ont permis de produire de l’information et de personnaliser leurs contenus, les nouvelles technologies vont rendre possible l’autoproduction d’énergie et la personnalisation de la consommation. A l’échelle des villes, de nouveaux services urbains vont être rendus possibles grâce à l’ouverture et la mise à disposition des données au public : liaison facilitée entre moyens de transport, alertes en cas de risque d’accident, suivi à domicile des personnes malades… Les municipalités ont une grande responsabilité dans la collecte et l’ouverture de ces données, afin de donner la possibilité aux start-ups ou aux grandes entreprises de proposer des services personnalisés aux usagers.
Logiciels, interconnection des équipements, empowerment du consommateur : la révolution urbaine est à l’œuvre pour l’optimisation de la consommation énergétique mondiale. Reste à savoir si les pouvoirs publics feront le pari de l’intelligence collective ou se réfugieront derrière un sur-protectionnisme des données.

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