vendredi 20 janvier 2012

Les Celtes



Civilisation celtique
Période de Hallstatt
(premier Âge du fer)
1100400 av. J.-C.
Période de La Tène
(second Âge du fer)
4006 av. J.-C.
Îles Britanniques ou Anglo-Celtes
Jusqu'au Ve siècle
Peuples celtes
Art de la guerre
Art celte
Religion celtique
Calendrier celtique
Langues celtiques
Politique et société
Architecture celtique
Série Monde celtique

Les Celtes constituent une civilisation protohistorique1 de peuples indo-européens, qui se définissent par l'usage de langues celtiques et par certains particularismes culturels. Ils ont jadis été présents sur une grande partie du continent européen et en Asie mineure. L’apogée de l’expansion celte se situe entre le VIIIe siècle av. J.‑C. jusqu'au IIIe siècle, en passant par la civilisation laténienne au Ve siècle siècle avant notre ère2. Une succession de conquêtes et de migrations les mènent jusqu’en Galatie, en Asie mineure.

La définition de la culture celtique pose encore problème aujourd'hui. Le critère linguistique est souvent cité comme définissant la culture celtique3, à l'instar d'autres peuples antiques comme les Germains ou les Slaves. Si l'on retient le critère de la langue vernaculaire, la culture celtique n'est attestée par les sources romaines qu'entre la Garonne et le Rhin et en Grande-Bretagne. Ce qui laisse planer des incertitudes concernant la culture « celtique » des régions périphériques comme la péninsule ibérique, l'Italie ou la Turquie.

Les Celtes possèdent une culture riche qui s’épanouit pendant l’Âge du fer. L’art celte tend vers une abstraction, aujourd'hui appréciée. La culture celte de la Tène tardive dure jusqu'au haut Moyen Âge irlandais. Ne connaissant pas d'unité politique, les Celtes forment des tribus indépendantes les unes des autres. La société celtique possède néanmoins des lois, des coutumes, une religion celtique et des rites qui les rapprochent. On les connaît essentiellement à travers les textes antiques grecs et romains, en particulier grâce au Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César. Les textes médiévaux des clercs gallois et irlandais nous ont transmis une abondante littérature, traitant de la mythologie celtique, des vertus royales et des faits héroïques.

C'est probablement leur incapacité à s'unir et à fonder des entités politiques plus vastes que la cité ou la confédération de peuples qui les a perdus : il semble qu'à l'instar des Grecs archaïques, les Celtes aient eu horreur du centralisme et n'aient connu que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme. La civilisation celtique disparaît par acculturation après les conquêtes romaines puis leur soumission à l'Empire romain au Ier siècle avant notre ère, hormis dans les îles britanniques et particulièrement au Pays de Galles, en Écosse et en Irlande.

C'est aux Grecs que nous devons les premiers témoignages ethnographiques concernant les Celtes. Ce serait Hécatée de Milet qui, en 517 avant notre ère, aurait le premier parlé des Celtes. Le mot Κελτοί est attesté dès le VIe siècle avant notre ère et Galatai dès le IIIe siècle. Il est remarquable que ces deux termes désignent chez les Grecs tantôt les Celtes, tantôt les Germains. Le mot latin Celtus (pl. Celti ou Celtae) aurait été emprunté au grec. Κeltoί et Celti ou Celtae ont été rapprochés du germanique Hildi- "guerre, déesse guerrière" ou encore au latin celsus "élevé". Selon une autre théorie, le mot "celte" proviendrait de l'indo-européen keleto qui signifie rapide. Il n'existe pas d'unanimité entre les spécialistes concernant ces étymologies4.

Selon Hérodote, les Celtes habitent les régions qui vont des Colonnes d'Hercule jusqu'au Danube au milieu du Ve siècle av. J.-C., c'est-à-dire de la péninsule ibérique à la Roumanie en passant par la France, la Belgique, le nord de l'Italie, le sud de l'Allemagne, la Bohême, la Moravie, la Slovaquie, la Slovénie, l'Autriche (traditionnellement reconnue comme étant la région d'origine des Celtes du Hallstatt) où la présence de populations à caractère celtique est attestée, et la Hongrie.

Diodore de Sicile et Strabon laissent penser que le cœur celtique se trouvait dans le sud de la France. Le premier affirme que les Gaulois vivaient au nord des Celtes, alors que les Romains considéraient les Celtes comme étant également des Gaulois. Avant les découvertes de Hallstatt et de La Tène, il était généralement admis que la France du sud était le centre celtique (Encyclopédie Britannica éd. 1813). L'historien grec Éphore de Cymé, écrivant au quatrième siècle av. J.-C, croyait que les Celtes étaient venus des îles de la bouche du Rhin et auraient été "repoussés de leurs maisons par la fréquence des guerres et des violentes crues de la mer". Hécatée de Milet qui fut le premier à noter l'existence des Celtes nous mentionne que Narbonne est une ville celte alors que Massalia est une ville de Ligurie près de la Celtique.

À la fin du IVe siècle av. J.‑C., les Grecs se heurtent aux Galates. En -310, des Celtes menés, entre autres, par Molistomos, traversent les Balkans et gagnent l'Asie mineure près de Byzance. Ils sont défaits et intégrés à la République romaine en -1875.

Jules César mentionne ainsi les Celtes :

« La Gaule se divise en trois parts, l’une habitée par les Belges, une autre par les Aquitains et la troisième par ceux qui se nomment dans leur propre langue Celtes et dans la nôtre Gaulois. »

Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules

« Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur. »

Parmi les autres historiens antiques, contemporains des Celtes et qui relatent leur histoire ou celle des conflits avec les nations grecque ou latine, mentionnons : Diodore de Sicile (Bibliothèque historique), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale) ou Pline l'Ancien (Histoire naturelle). Ces témoignages donnent souvent une image négative des peuples celtes, compte tenu des relations belliqueuses qu’ils entretenaient, et de la méconnaissance de leurs voisins.

Entre le VIIIe siècle et le XVe siècle, la consignation, par les clercs irlandais du Moyen Âge, des traditions orales d’Irlande vient compléter les sources antiques. Les mythes et épopées de l'Irlande celtique se sont jusqu’alors transmis oralement de génération en génération. De cette époque date la retranscription du Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured), le Tochmarc Etaine (Courtise d’Etain), la Táin Bó Cúailnge (Razzia des vaches de Cooley), le Lebor Gabála Érenn (Livre des conquêtes d'Irlande) et les Mabinogion gallois. Les collecteurs transcripteurs ont cependant affublé ces mythes d'un vernis chrétien.

Pour l’archéologue Venceslas Kruta, « Le groupe proto-celtique devait avoir occupé au IIe millénaire av. J.-C. de vastes territoires de l’Europe centrale et occidentale, depuis la Bohême méridionale et la partie occidentale de l’Autriche, jusqu’au régions atlantiques6. »

Le Hallstatt (de -1100 à environ -400, âge du bronze final) ou premier âge du fer est une période succédant à l'âge du bronze final. Il tire son nom de celui d'un site archéologique qui se trouve à Hallstatt dans le Salzkammergut en Autriche.

Cette période est caractérisée par des épées de bronze et de grandes épées de fer. Les cavaliers à longue épée, ordre jusqu’alors inconnu, apparaissent sporadiquement dans les tombes, entourés de rites et accompagnés d’éléments — service à boisson, produits exotiques importés, tombe à char, or — qui préfigurent les symboles de la nouvelle classe dirigeante. L'utilisation du cheval est l’un des attributs qui distinguent les détenteurs du pouvoir. Les tombes féminines offrent de nombreuses parures, des fibules volumineuses, typiques du goût exubérant de l’époque. Les sépultures riches possèdent très souvent d’impressionnants services en bronze constitués de seaux, situles (seaux aux bords refermés), bassins et tasses.

Les Celtes établissent des citadelles sur des oppida dominant de vastes étendues. Parmi les plus importantes, une douzaine semblent jouer un rôle économique et politique, et constituent une puissante fédération de communautés organisées sur le même modèle, en Allemagne du Sud, en Suisse et dans l’Est de la France : Hohenasperg, au nord de Stuttgart, la Heuneburg, près de Sigmaringen, Utliberg, près de Zurich, Châtillon-sur-Glâne, près de Fribourg, Britzgyberg dans le Haut-Rhin, Saxon-Sion en Meurthe-et-Moselle, le mont Lassois en Côte-d’Or, Gray-sur-Saône en Haute-Saône, et le camp du château à Salins-les-Bains dans le Jura.

La Tène ou second âge du fer, succédant au Hallstatt, marque la fin de la protohistoire. Elle tire son nom de celui d'un site archéologique découvert en 1857 à Marin-Epagnier, sur la pointe nord-est du lac de Neuchâtel, à l'embouchure de la Thielle, dans le canton de Neuchâtel en Suisse. Attestée en Europe Centrale et de l'Ouest, certains auteurs comme Massimo Guidetti ("Storia del Mediterraneo nell’antichità : 9.-1. secolo a.C" - p.141) contestent le rattachement de la péninsule ibérique à cette culture7.

Conséquence d’une crise interne, de la réorganisation des circuits commerciaux ou des luttes entre Grecs et Étrusques pour le contrôle des échanges, les citadelles des Celtes du Premier âge du fer, "poumons" des relations commerciales sont abandonnées les unes après les autres vers -500 au profit d’un mode de vie plus rural dominé par une chefferie guerrière. Des régions se distinguent comme les nouveaux centres de la civilisation celtique au Ve siècle : la Rhénanie (culture de l’Hunsrück Eifel, la Bohême, la Champagne et les Ardennes). Une lente évolution se produit dans les coutumes et les productions. On trouve le stamnos étrusque (vase contenant le vin pur) dans les tombes riches du Ve siècle, à la Motte-Saint-Valentin (Haute-Marne) ou à Altrier (Luxembourg). Le miroir importé d’Étrurie, ou son imitation, est fréquent dans les sépultures féminines (Utliberg, près de Zurich, la Motte-Saint-Valentin). Les mobiliers funéraires laissent entrevoir une moindre disparité sociale entre les puissants et le reste du peuple. Les importations méditerranéennes baissent, les bijoux sont moins somptueux. Les sépultures des chefs perdent de leur monumentalité, en conservant leur mobilier type : le poignard de parade fait place à la panoplie guerrière complète, le char à deux roues, plus léger et rapide, remplace le char de parade.

Si à l’ouest, les Celtes sont défaits par les Romains menés par Jules César et que les sources historiques qu’il nous a laissées relatent avec précision cette histoire, à l’est, les Celtes sont également progressivement écartés : les fouilles de l’oppidum de Stradonice (Bohême) sont incendiées, probablement par les Germains en -9 ou -6 les sépultures laissent à penser que se développe une civilisation germanique sur ces terres.

Aux IIe-Ier siècles avant notre ère, les Celtes sont soumis sur le continent à la pression conjuguée des Germains au nord, des Romains au sud et à la poussée de l'empire dace à l'est.

À la suite d'un appel à l'aide de Marseille, menacée par les peuplades celtiques voisines, Rome annexe la Narbonnaise durant le dernier tiers du IIe siècle av. J.-C.

Les invasions de bandes armées (migration des Cimbres et des Teutons en 113 av. J.-C) et la pression démographique des Germains entraînent des migrations de peuples celtiques vers l'ouest, comme celle des Helvètes conduits par leur roi Orgétorix, et suscitent des tensions avec les peuples gaulois. C'est ce dernier facteur qui provoque la guerre des Gaules et marque la fin de l'indépendance celtique sur le continent à partir de -58. L'intervention de César aurait alors été motivée, écrit-il, par le désir de renvoyer les Helvètes chez eux afin de ne pas laisser des peuples germaniques d'outre-Rhin occuper le plateau suisse. Alors qu'en réalité la principale motivation de César était d'empêcher, comme il l'écrit lui-même, l'installation des Helvètes en Gaule de l'ouest, d'où ils pouvaient menacer la Provincia (Gaule du sud, conquise par Rome vers 120 av. J.-C.).

Occupée par le conquérant romain qui s'est immiscé dans la politique gauloise, une partie de la Gaule se soulève en janvier -52. Après la défaite à Alésia du chef de la coalition gauloise, Vercingétorix, la Gaule est entièrement occupée. Les derniers opposants sont vaincus en -51 à Uxellodunum où ils s'étaient réfugiés.

Au Ier siècle de notre ère, l'île de Bretagne (aujourd'hui Grande-Bretagne) est conquise à son tour : dès lors, la civilisation celtique ne survit plus qu'en Irlande, dans le nord de l'Écosse. L'Helvétie est germanisée entre le Ve et le VIe siècle. Les populations bretonnes, dont une partie au moins avait conservé l'usage de la langue celtique, et irlandaises se christianisent après le IIIe (le Ve pour l'Irlande) et évoluent pour donner naissance aux Irlandais, Écossais, Bretons, Gallois et Cornouaillais modernes.

C’est en Irlande que la civilisation celtique a duré le plus longtemps, son insularité est considérée comme étant la cause principale. Les légions romaines n'ayant pas franchi la mer d'Irlande, les Gaëls n’ont pas subi cette acculturation, même si des relations avec l’Empire romain ont existé dès le Ier siècle av. J.-C.

C’est la conversion des peuples celtes et, en premier lieu de leurs élites, au christianisme qui fait entrer l’Irlande dans le Moyen Âge européen. Changement de religion mais pas de classe sacerdotale : si le druidisme disparaît, les druides sont les premiers convertis et deviennent les prêtres de la nouvelle Église. L’apport des nouveaux enseignements au substrat celtique va donner naissance à ce que l’on appelle le christianisme celtique.

Les conditions de l’évangélisation sont mal connues et les sources dont nous disposons sont largement hagiographiques. En 431, le pape Célestin Ier envoie un Gaulois, nommé Palladius, évangéliser les « Scots ». En 452, c’est le Britto-romain Maewyn Succat, connu sous le nom de saint Patrick, qui débarque dans l’île. Il semble que le premier ait essentiellement œuvré dans le Leinster et que le second ait évangélisé dans l’Ulster et le Connaught. Patrick est réputé pour avoir chassé les serpents de l’île et expliqué la sainte trinité par l’exemple de la feuille de trèfle. La société celtique étant de type théocratique[réf. nécessaire], la conversion n’a pu se faire que par la classe sacerdotale et Patrick aurait « démontré » aux druides que sa magie était plus puissante que la leur. Si certains traits de la tradition celtique n’ont pas totalement disparu, les Irlandais vont se trouver confrontés à la fin du VIIIe siècle à une autre culture, celle des Vikings.

Le contact entre le monde celtique et germanique reste difficile à établir. La première énigme apparaît lors de la Guerre des Cimbres : ce peuple semble avoir migré du nord de l'Europe (plus précisément du Jutland) au deuxième siècle avant Jésus-Christ, puis défaits à la Bataille d'Aix. Bien que généralement considérés comme Germaniques en raison de leur région d'origine, des incertitudes sur leur langue ou leur culture ont pu apparaître, notamment du fait de nombreux anthroponymes celtiques parmi leurs chefs (Henri Hubert - « The rise of the Celts »). Les Teutons n'apparaissent dans les textes que lors de la Bataille de Noreia (sud de l'Autriche). Toujours selon Henri Hubert,le point de jonction entre les deux groupes auraient eu lieu en Allemagne centrale près du Main, région celtique avant sa germanisation au milieu du premier millénaire avant notre ère. Il est donc possible que ces migrations aient pu donner lieu à des confédérations de tribus mêlant Celtes et Germains, d'où l'incertitude.

C'est Jules César qui définira précisément quelques décennies plus tard la limite entre Celtes et Germains dans la Guerre des Gaules, limite définie par le Rhin8. Le but politique paraît établi, d'une part par le caractère trop simple de cette limite, d'autre part par le fait que Celtes et Germains ont pu coexister au-delà ou en-deçà de cette limite (Alain Daubigney - CNRS - voir page 155) 9. Serge Levuillon qualifie cette limite d'aberration, dans un contexte où Celtes et Germains ont pu se côtoyer et échanger culture et coutumes (page 88) 10. Selon Lucien Bely, les Celtes étaient présents au-delà du Rhin ("Connaître l'histoire de France"). Le cas des Belges illustre bien le problème dans la mesure où personne ne peut aujourd'hui affirmer à quel groupe culturel se rattachaient les peuples de la région. César entretien lui-même l'incertitude en ne classant la région ni dans la "Celtique", ni dans la "Germanie". Les études toponymiques, linguistiques ou anthroponymiques n'ont jamais pu éclaircir la question. Les différents auteurs sont partagés entre l'option celtique (Jean Loicq), l'option germanique avec aristocratie celtique (Ugo Janssens), et d'autres encore penchent vers une théorie plus récente dénommée Nordwestblock11 défendue notamment par Rolf Hachmann, Georg Kossack ou Hans Kuhn, et où le nord-ouest de l'Europe continentale aurait connu une culture distincte des Celtes et des Germains. Au demeurant, l'étymologie même des Germains proviendrait (sans certitude) d'une tribu belge de langue celtique, de « gair » signifiant « voisin », et « maon » signifiant « peuple » (Conrad Gessner).

La Gaule, ou Gallia, était le nom romain de la région située entre le Rhin et les Pyrénées. Vers 400 av. J.-C.. environ, tous les Gaulois appartenaient à la culture de La Tène. Les Romains s'emparèrent du Sud du pays au cours du IIe siècle, et les contacts avec la Méditerranée "romanisèrent" en partie les Gaulois, avant que Jules César ne conquière le pays tout entier dans les années 50 av. J.-C..

Les Pictes étaient un peuple vivant dans l'actuelle Écosse dans la basse antiquité. L'origine et la culture des Pictes sont obscures, dans la mesure où peu de textes leur ont été consacrés (Constance Chlore les mentionne au troisième siècle). Souvent considérés comme celtes, il n'est pas impossible que les Pictes soient de culture pré-indo-européenne. Les partisans de la théorie pré-indo-européenne mettent en avant le fait que le missionnaire irlandais Colomba d'Iona aurait affirmé avoir besoin d'un traducteur pour convertir le roi picte Brude mac Maelchon. Ce qui n'est pas une preuve puisque l'inter-compréhension n'existe pas toujours entre deux langues d'un même groupe. L'assimilation par les Scots venus d'Irlande s'est faite au début du Moyen Âge.

Plusieurs auteurs sont sceptiques sur l'emploi du terme "celtique" à la péninsule ibérique qui ne dispose que d'un faible héritage archéologique, et où les langues vernaculaires celtique ne sont pas attestées.

Si les interrogations touchent l'Europe du Sud en général,elles visent particulièrement la péninsule ibérique. S'il est établi que des tribus celtiques ont pu traverser ou se fixer dans ce qui est aujourd'hui l'Espagne, le Portugal et la Turquie, leur impact sur les cultures pré-existantes reste sujet à caution sur le plan archéologique ou historique. Quelques inscriptions ont pu être mises à jour en Castille et en Galatie, mais dont on ignore encore l'utilisation.

Sur le plan archéologique, de nombreux auteurs et chercheurs ont encore des doutes aujourd'hui sur le lien réel entre les cultures celtiques attestées d'Europe centrale et les éléments archéologiques trouvées en Espagne. Paul Graves utilise le terme de « mythologisation » concernant la problématique celtique dans le Nord de l'Espagne dans Cultural identity and archaeology : the construction of European communities (p.189-190) 12. La culture des "castros" du nord-ouest de l'Espagne n'est pas formellement reconnue comme étant rattachée aux oppida celtiques d'Europe centrale et de Grande-Bretagne 13. La répartition des chars celtiques se concentre en Europe Centrale et de l'Ouest, alors que le matériel archéologique est très rare ou absent en péninsule ibérique ou en Italie14.

La même problématique existe sur le plan toponymique ou historique. La toponymie celtique tend à se raréfier dans le sud-ouest de la France, région où étaient établis les Aquitains, peuple de culture pré-indo-européenne. Se basant sur le faible nombre de toponymes celtes dans le nord de l'Espagne, Hector Iglesias conclut que les Celtes ont probablement formé dans cette région des groupes épars ou aristocratiques, mais jamais majoritaires15. De nombreux toponymes galiciens sont à rapprocher de la toponymie basque et pyrénéenne, notamment l'étymologie-même de Galice.

À propos de la culture celtique dans la péninsule ibérique, des auteurs comme Friedrich Putzger, Angus Konstam ou Francisco Villar ont exclu ou continuent à exclure ces régions du monde celtique16,17,18.

Le concept même de « Celtibère » est sujet à caution: ainsi, Dominique Garcia (professeur d'archéologie à Marseille), faisant une analyse grammaticale des anciens textes romains et grecs, conclut que l'expression « Celto-ligures », utilisée par les mêmes auteurs qui emploient le terme de « Celtibères », désignait dans les faits des peuples Ligures19.

Même dans des régions se réclamant d'un héritage celtique comme la Galice, Beatriz Diaz Santana ou Hector Iglesias expriment de sérieux doutes sur l'impact des Celtes20,21. L'apparition au dix-neuvième siècle du gualleguisme n'est peut-être pas entièrement étranger à l'éveil d'une conscience celtique de circonstance auquel Paul Graves fait référence dans son ouvrage22,23.

Si des sources antiques utilisent parfois le terme de "Celtes" pour désigner certains peuples vivant en Italie du nord ou en péninsule ibérique, aucune n'indique réellement que ces peuples étaient de langue celtique. De fait, établir un lien entre l'archéologie et la culture est déjà source de controverses. Pour Venceslas Kruta ("la formation de l'Europe Celtique - Etat de la question" - 1999 - voir p.5 et 11), faire un lien entre la présence d'un matériel archéologique et une culture relève de la "spéculation" 24. Pierre-Yves Milcent a une opinion similaire25.

Ces interrogations existent pour l'Italie, où il apparaît que les grandes villes du nord du pays ont été fondées pour la plupart par les Étrusques ou les Romains. Bologne, Mantoue ou Vérone sont notamment des fondations étrusques26,27. Concernant Milan, plusieurs sources assimilent le site de Melpum, un site étrusque, avec le site actuel de la ville de Milan, notamment Jean Gagé (voir p. 170) 28, Barthold Georg Niebuhr29, Jean-Jacques Prado (p.212) 30, le Larousse (section "la ville antique")31, Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec dans "A history of Rome" (p.6)32,33, (note p.102). De même, la ville de Melzo étant réputée pour être l'ancien site étrusque de Melpum, Sergio Villa conteste ce fait sur des bases linguistiques34.

Les Celtes n'ayant laissé que très peu de traces écrites de leur civilisation, celle-ci nous est avant tout connue grâce à leur art, largement redécouvert durant la deuxième moitié du XXe siècle.

L'art des Celtes présente une grande diversité selon les époques et les régions considérées. Il n'est pas, non plus, exempt d'influences extérieures : étrusque, grecque, scythique, puis latine, et enfin germanique et chrétienne. Toutefois, quelques caractéristiques majeures le distinguent définitivement de l'art des autres civilisations qui étaient en contact avec l'aire culturelle celtique :

  • les représentations des divinités semblent avoir existé, mais les témoignages en sont rares, d'époque gallo-romaine ou difficiles à identifier (L'une des sources les plus connues est le chaudron de Gundestrup).
  • si l'on excepte le cas de la Hesse et celui du midi de la Gaule (voir plus loin), il semble également que la statuaire de pierre n'ait pas été le domaine de prédilection des Celtes.

Une caractéristique majeure de l'art celte est la domination de motifs anthropomorphes ou issus de la nature, tels que les entrelacs, et une tendance à l'abstraction. Issue du schématisme hallstattien, cette tendance atteint son apogée à travers les enluminures des manuscrits celtiques d'Irlande et d'Écosse de la période chrétienne insulaire, tels que le célèbre livre de Kells (voir aussi le monastère de Iona).

  • la statuaire retrouvée sur certaines tombes représente des hommes debout dotés de curieuses excroissances de part et d'autre de la tête. Outre des guerriers il est possible que ces statues soient celles de druides. Ces derniers se rasaient le crâne au-dessus du front et se laissaient pousser les cheveux sur les côtés dont ils faisaient de longues nattes. Ces excroissances peuvent être la représentation simpliste de ces nattes relevées de chaque côté de la tête.




Les Celtes ont développé un système religieux polythéiste. Un des points les plus délicats à aborder, en l'absence de sources de première main, est la spiritualité des Celtes.

Ceux-ci devaient disposer d'un panthéon au moins aussi développé que celui des Grecs et des Romains (près de quatre cents figures de divinités celtiques sont recensées), mais rien n'indique que ce panthéon ait été homogène sur l'ensemble du domaine celtique, ni qu'il ait possédé une structure unique. Cependant, les principaux dieux gaulois décrits par César se retrouvent, sous leurs noms propres, dans les textes mythologiques irlandais du Moyen Âge, avec les mêmes fonctions.

Les auteurs latins et grecs citent quelques divinités gauloises, sans énoncer les motifs qui dictent leur sélection : Épona, Taranis, Esus et Lug sont ainsi connus.

La toponymie nous livre encore quelques indices sur les croyances des anciens Celtes. Ainsi, on pense que Lug était révéré dans des lieux d'altitude. Le toponyme Lugdunum (forteresse ou montagne de Lug) est directement à l'origine du nom de la ville de Lyon.
Détail d'un panneau intérieur du chaudron de Gundestrup, Musée national du Danemark, Copenhague

La place des divinités celtes dans l'art pose problème. On a longtemps considéré comme témoignage archéologique majeur sur les dieux des Celtes le chaudron de Gundestrup, découvert dans une tourbière au Danemark. Mais celui-ci, qui représente un certain nombre de divinités et évoque plusieurs mythes communs à la plupart des peuples anciens en Europe, n'est pas exempt d'influences extérieures. En tous cas, il représente un dieu cornu qui peut être associé au dieu celte à tête de cerf, Cernunnos et une divinité à la roue solaire en laquelle on peut voir une représentation de Taranis.

En statuaire, on a plusieurs fois vu représentées des figures de divinités bicéphales ou tricéphales, qui ont été associées à un Hermès. Il est en tout cas probable que le rythme ternaire ait possédé une dimension religieuse pour les anciens Celtes. Des statues de « guerriers assis », inventées dans le midi de la Gaule (Entremont, Roquepertuse), font objet de débat : il est difficile de savoir si celles-ci représentaient des dieux, des guerriers divinisés ou des héros tutélaires.

Le même problème d'interprétation se pose pour certains bustes de la « Gaule chevelue » dont la forme fait penser au haut d'un mât totémique, telle celle en laiton découverte à Bouray-sur-Juine, dans l'Essonne, qui représente un personnage avec torque et pattes de cervidé stylisées, ou encore celle conservée au musée de Saint Germain-en-Laye, en calcaire représentant un personnage avec torque et sanglier.

De même, le sens exact de certains noms associés à des divinités est plus difficile à cerner : Teutatès (qui a inspiré le célèbre Toutatis d'Astérix) pourrait ne pas désigner un dieu particulier, mais le dieu tutélaire, protecteur d'un peuple, chaque peuple celte ayant possédé ses propres divinités, certaines remontant à la préhistoire préceltique.

L’immortalité de l’âme était une des croyances des anciens Celtes, ce qui explique peut-être les témoignages sur leur vaillance et leur intrépidité au combat, puisque la peur de la mort était absente. En revanche, la notion de la réincarnation doit être écartée de leur religion, cette suggestion étant due à des lectures erronées35.

Les Celtes croyaient également en un au-delà. Dans la tradition irlandaise transmise à l'époque chrétienne, le Sidh désigne l'Autre Monde celtique, il se situe à l’ouest, au-delà de l’horizon de la mer, dans des îles magnifiques ; sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; sous les collines et les tertres. C’est le séjour des Tuatha Dé Danann.

Dans le domaine des rites, les sacrifices humains, le culte des têtes coupées, ou encore l'utilisation abondante du sang dans les lieux de culte sont les traits qui ont frappé l'imaginaire des auteurs antiques. L'un d'entre eux, Pausanias, accuse même les Celtes d'anthropophagie. Jules César, très sensible au sujet, écrit quant à lui :

« Ils [les Celtes] se servent pour ces sacrifices humains du ministère des druides ; ils pensent, en effet, que c'est seulement en rachetant la vie d'un homme par la vie d'un autre homme que la puissance des dieux immortels peut être apaisée. Ils possèdent des sacrifices de ce genre qui sont une institution publique. Certains ont des mannequins de très grande taille, dont ils remplissent d'hommes vivants la carapace tressée d'osiers, on y met le feu, et les hommes périssent enveloppés par la flamme. »

Dans les faits, divers témoignages archéologiques corroborent l'existence de pratiques violentes, sans que l'étendue exacte de celles-ci soit connue : culte des têtes à Entremont (Bouches-du-Rhône), réminiscent dans le décor des tympans d'églises de l'Irlande médiévale, rites sanguinaires à Ribemont-sur-Ancre, etc.

Si les Celtes connaissaient l’écriture et l’ont parfois utilisée, ils ont privilégié l’oralité pour la transmission du Savoir, quel qu’en soit le domaine, de sorte qu’il faut étudier le domaine celtique à partir de sources externes ou tardives. La construction de sanctuaires à usage religieux est un fait très tardif dans le domaine celtique puisqu’ils n’apparaissent qu’au IIIe siècle av. J.‑C.. Aux époques précédentes, le culte régi par la classe sacerdotale des druides, se faisait dans des espaces sacrés en pleine nature (nemeton en langue gauloise signifie « sacré », nemed en gaélique), comme les clairières, la proximité des sources. Lucain, dans la Pharsale (III, 399-426), nous donne la description d’un de ces lieux avec un endroit strictement interdit, réservé aux dieux. Le site de Burkovák (Bohême) recèle de très nombreux objets à caractère votif, mais est exempt de toute construction. Il est possible aussi que des ensembles mégalithiques, tels Carnac (département du Morbihan en Bretagne) ou Stonehenge (comté du Wiltshire, Angleterre) aient pu être réutilisés par les druides dans un but cultuel. La construction de palissades autour d'enclos et de bâtiments intervient à une époque où la civilisation celtique entame son déclin. Le plus célèbre de ces sites est celui de Gournay-sur-Aronde.
Deux druides sur le bas-relief d'Autun.

À l'époque précédant la conquête romaine de la Gaule, et, semble-t-il, par la suite dans les îles, la caractéristique majeure de la pratique religieuse des anciens Celtes est le druidisme. Le mot druide qui est spécifiquement celtique provient de « dru-wid-es » qui signifie « très savants ».

L'existence du clergé druidique est attestée chez plusieurs auteurs antiques, pour différentes époques et en différents lieux du monde celtique. Ainsi, dans la tradition irlandaise, le druidisme apparaît comme une création des Partholoniens, arrivés en Irlande 312 ans après le déluge36. Ou encore, en Gaule, les druides paraissent avoir joué un rôle clef dans l'insurrection de -52 et, par la suite, dans les révoltes gauloises du premier siècle : celle des equites, menée par l'Éduen Julius Sacrovir en 21 après J.-C. et rapportée par Tacite dans ses Histoires, aurait conduit au déclenchement des hostilités de Rome à l'égard des druides gaulois.

Le « clergé » druidique avait en charge la célébration des cérémonies sacrées et des rites cultuels : lui seul avait le droit de pratiquer les sacrifices, parfois humains, mais plus généralement d'animaux ou symboliques (comme l'attestent les ex-voto en bois inventés aux sources de la Seine). C'est d'ailleurs la pratique des sacrifices humains qui servit de prétexte à l'interdiction des druides sous l'Empereur Tibère (ou Claude pour certains historiens).

Les autres prérogatives des druides comprenaient logiquement l’enseignement, la diplomatie, l’histoire, la généalogie, la toponymie, la magie, la médecine et la divination. Le druide, grâce à son savoir (dont l'acquisition pouvait nécessiter vingt ans d’études, selon César) et grâce à sa maîtrise des pratiques magiques, était un intermédiaire entre les dieux et les hommes.

Le druide avait aussi un rôle de conseiller politique auprès du roi avec lequel il a pu former un binôme dans lequel le roi exerçait la souveraineté sous l’inspiration du druide. Le druide Diviciacos, contemporain de Cicéron et directement à l'origine de la conquête romaine de la Gaule, apparaît notamment comme le chef politique des Éduens.

À tous égards, le druide était le personnage prédominant de la société celtique, à la fois ministre du culte, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Il est également possible que toute la vie des Celtes ait été sous le contrôle des druides à certaines périodes.

Aussi, on peut penser que les druides ont joué un rôle fondateur pour l'ensemble de la civilisation celtique et pour le règlement de l’ensemble de la société celte.

Sans entrer dans les spécifications de la classe sacerdotale, trois types de « professions » à caractère religieux sont connus dans le monde celte :

le druide qui désigne tout membre de la classe sacerdotale, dont les domaines d’attribution sont la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poésie, la divination, etc. ;
le barde est spécialisé dans la poésie orale et chantée, son rôle est de faire la louange, la satire ou le blâme ;
le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie.

En Gaule, l'existence d'une hiérarchie druidique est également presque certaine si l'on se réfère aux témoignages latins qui portent sur l'existence d'une assemblée annuelle des druides (sur le territoire des Carnutes, près de Chartres) et sur l'existence d'un Gutuater, sorte de chef des druides, qui aurait participé activement à la politique des Gaules. Le druidisme aurait ainsi pu servir de trait d'union entre les peuples celtes.

Au XIXe siècle, d'abord sous le manteau du néo-druidisme, inventé au Pays de Galles, et auquel François-René de Chateaubriand a, involontairement, donné un coup d'envoi en France, puis développé sous des aspects plus politiques, ce que l'on apprend des anciens Celtes devient un mouvement politico-culturel appelé celtisme ou, au début du XXe siècle, panceltisme.
C'est l'héritagne linguistique, à la lumière des recherches en langues comparées qui est mis en valeur dans les aires où se parle encore une langue celtique.
On définit alors les six pays celtiques : Bretagne, Cornouailles, Écosse, Île de Man, Irlande et Pays de Galles.
Des organisations culturelles et/ou politiques organisent jusqu'à nos jours des échanges privilégiés entre ces six pays et incluent parfois les régions d'Espagne qui se revendiquent comme celtiques, sans qu'une langue celtique y soit en usage : Asturies, Cantabrique et Galice. Il n'est pas juqu'à l'Italie du Nord qui ne soit touchée par l'idée d'un héritage celte, mis en avant dans le Val d'Aoste et par la Ligue du Nord.
En Bretagne, l'impact de ce mouvement d'idée est encore mesurable par le nombre élevé de communes jumelées avec des collectivités publiques de Cornouailles, d'Écosse, d'Irlande et du Pays de Galles.

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