vendredi 15 février 2013

Les farines animales plus rentables pour l'aquaculture

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Ferme aquacole au large de Marseille.
Ferme aquacole au large de Marseille. Crédits photo : GERARD JULIEN/AFP 
 

A partir de juin, les farines animales seront à nouveau autorisées pour nourrir les poissons. Une mesure censée soulager la filière aquacole, notamment en réduisant ses coûts de production.

Pour Guillaume Garot, le ministre délégué chargé de l'Agroalimentaire, le feu vert de Bruxelles au retour des farines animales pour nourrir les poissons «tombe mal», en plein scandale sur la viande de cheval. Pour la filière aquacole, en revanche, cette mesure est plutôt une bonne nouvelle. La réintroduction des protéines animales transformées (PAT), effective au 1er juin, est censée lui permettre de réduire le coût de l'alimentation des poissons d'élevage, qui est principalement à base de farines et huiles de poissons et matières premières végétales depuis l'interdiction des farines animales après la crise de la «vache folle».
La pisciculture française consomme environ 50.000 tonnes d'aliments concentrés, selon le Conseil national de l'alimentation (CNA), qui a publié un rapport sur l'utilisation des PAT l'an dernier. Cette alimentation a subi de plein fouet l'«augmentation structurelle» des prix des matières premières, déplore le Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture (CIPA), cité dans ce rapport. D'après ses calculs, l'utilisation de PAT de porc ou de volaille à hauteur de 7 à 15% dans la formulation des aliments destinés aux poissons d'élevage pourrait représenter une économie, par exemple dans le cas de la truite, comprise entre 1,5 et 5% du coût de production total.
Les PAT ont aussi l'avantage d'être très riches en protéines, un critère sur lequel les céréales ne peuvent rivaliser. Cette alternative est d'autant plus nécessaire, selon les éleveurs, que la pêche est toujours plus encadrée et que les petits poissons utilisés pour nourrir les élevages se raréfient. La filière se reporte donc en masse sur les farines et huiles de poissons, ce qui fait grimper leurs prix. Un cercle vicieux auquel Bruxelles entend apporter une solution en autorisant à nouveau les protéines animales. Cela «améliorera la durabilité à long terme du secteur de l'aquaculture», a fait valoir la Commission européenne jeudi.

«Sens politique d'une huître»

Pour faire passer sa mesure, à laquelle la France s'était d'ailleurs opposée, la Commission insiste autant sur ses bénéfices économiques que sur ses garanties sanitaires. «Elle est conforme aux avis scientifiques les plus récents selon lesquels le risque de transmission d'ESB entre animaux non-ruminants est négligeable», précise Bruxelles. Des arguments qui ne convainquent pas la délégation socialiste française au Parlement européen, échaudée par l'affaire de la viande de cheval. «Faut il avoir le sens politique d'une huitre pour abimer ainsi la perception que se font de l'Europe les citoyens? Nous demandons à la Commission de revenir immédiatement sur cette décision», déclare la députée Isabelle Thomas dans un communiqué. Face à ce tollé, le CIPA assure ce vendredi que «les décisions qui seront prises par la filière ne se feront que sur la base d'un consensus sociétal et uniquement avec des garanties de traçabilité totale de ces PAT».
Dans le sillage du scandale de la viande chevaline, c'est justement la traçabilité qui inquiète les associations de consommateurs. «Il faut que, sur les étals des poissonniers, les produits d'élevage nourris aux farines animales soient signalés comme tels, avec un étiquetage clair», revendique Thierry Damien, président de Familles Rurales. «Le consommateur doit pouvoir faire son choix en connaissance de cause.» D'autres contestent l'intérêt économique de la mesure. «Ces protéines animales sont très utilisées sur le marché de l'alimentation pour animaux, à un prix déjà élevé», souligne Olivier Andrault, chargé de mission alimentation chez UFC-Que Choisir. Selon lui, «la demande supplémentaire issue de la filière aquacole devrait encore faire grimper les prix». Autre bémol: «Si les éleveurs parviennent à faire baisser leurs coûts de production, on peut s'attendre à ce que les négociations avec leurs débouchés soient plus difficiles.» L'industrie agroalimentaire et la grande distribution, en effet, chercheront aussi à réduire leurs marges.
Encore faudra-t-il que ces enseignes achètent des produits fabriqués à base de PAT... Bon nombre de distributeurs - que ce soient pour leurs marques propres (MDD) ou pour les produits vendus sous les labels «Agriculture biologique» ou «Label rouge» - excluent encore de leurs cahiers les quelques matières premières animales autorisées par la réglementation. 

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