mardi 24 avril 2012

Le cerveau à la barre­

Par Agnès Noël
 
Nouvel empiétement de la technique sur nos vies : la possible utilisation d’IRM du cerveau dans le cadre judiciaire, comme détecteur de mensonges. Le Comité con­sul­tatif national d’éthique (CCNE) a rendu récemment un avis très sérieux sur le sujet.
Le contenu de votre cerveau pourrait bien servir de preuve contre vous lors d’un procès. C’est du moins ce qu’appréhende le Comité con­sul­tatif national d’éthique (CCNE) qui a rendu un avis sur le sujet le 22 mars dernier.

Raison de cette inquiétude ? L’élargissement par la loi de bioéthique du 7 juillet des possibilités d’utilisation des techniques d’imagerie cérébrale (IRM) dans le cadre d’expertises judiciaires. Il s’agirait potentiellement d’utiliser un examen d’imagerie par résonance magnétique afin de prouver que les personnes ont des problèmes psychiques ou vérifier qu’elles mentent ou disent la vérité.

C’est d’ailleurs déjà le cas dans certains États des États-Unis et en Inde. Une jeune Indienne s’est ainsi fait con­dam­ner en 2008 à cause d’un examen de ce genre. Accusée d’avoir empoisonné son fiancé, son cerveau a réagi de la mê­me façon lorsqu’on lui a lu la phrase « j’ai acheté de l’arsenic » que lorsqu’on lui a lu « le ciel est bleu ». Le juge en a donc conclu que pour la jeune femme « l’achat du poison était un fait établi au même titre que la couleur du ciel » et l’a jugée coupable.

preuve fondamentale

Le CCNE alerte donc sur les risques liés à une utilisation visiblement détournée de ces techniques alors que celles-ci se bornent à visualiser les marqueurs physiologiques de l’activité cérébrale. « Ce n’est pas parce qu’un comportement se traduit par une image que l’image traduit un comportement » martèle le rapporteur de l’avis, Ali Benmakhlouf.

Un autre risque est aussi, estime l’instance d’éthique, de faire de cette technique une preuve fondamentale et « d’oublier les principes cardinaux de la justice : les interrogatoires croisés, l’établissement de la vérité à partir d’arguments contradictoires, les droits des prévenus de se taire ».

Le CCNE préconise donc la plus grande vigilance et alerte sur le danger de « réduire la complexité de la personne humaine à des données d’imagerie (…) et en raison du risque de l’illusion d’une certitude absolue dont serait porteuse la technique ».

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