jeudi 31 mai 2012

Chine : l’incroyable évasion de Chen Guangcheng, le dissident aveugle


Chen Guangcheng
Selon le militant des droits de l’Homme Hu Jia, l’avocat dissident Chen Guangcheng, qui a réussi à fuir de son domicile il y a plus d’une semaine, serait bien à l’ambassade des Etats-Unis à Pékin. Washington n’a pas confirmé. Retour sur cette incroyable évasion qui sème la zizanie dans les relations sino-américaines.
C’est un véritable pied de nez au régime de Pékin. Il y a huit jours, Chen Guangcheng, le dissident le plus célèbre de Chine, est parvenu à s’échapper de chez lui où il vivait confiné avec sa famille depuis 18 mois.

Chen Guangcheng et Hu Jia (Zeng Jinyan via Twitter)
Depuis, on l’a vu dans une vidéo appelant le Premier Ministre Wen Jiabao à démocratiser la société, puis en photo ce week-end avec l’activiste Hu Jia depuis un lieu « tenu secret » mais visiblement chaleureux, au décor typiquement chinois.
Une évasion digne d’un roman d’espionnage, au scénario presque trop beau pour être vrai.
Comment l’avocat aveugle a-t-il pu s’évader en pleine nuit en escaladant seul le mur de sa maison, déjouant la garde d’une centaine de nervis ? Comment Hu Jia, le dissident le plus suivi de Chine, a-t-il pu rencontrer Chen Guangcheng sans attirer l’attention de la sécurité d’Etat ? Et cette « Perle », à la beauté hollywoodienne, qui l’a rejoint en rase campagne pour le conduire à Pékin en pleine nuit …
Sur les réseaux sociaux chinois, certains s’interrogent déjà sur un éventuel lien entre les services de renseignement américains et des responsables chinois au sein de l’appareil de sécurité ...

La grande évasion

D’après le récit livré par la fameuse Perle, alias He Peirong, à AP, « l’avocat aux pieds nus » préparait son coup depuis deux mois. Il serait resté couché pour habituer ses gardiens à ne plus le voir. Jusqu’au 22 avril …
En pleine nuit, le juriste autodidacte déjoue alors la garde d’une centaine d’hommes, des voyous payés 100 yuan par jour par les autorités locales, pour tabasser l’avocat dissident, ainsi que sa famille et empêcher quiconque d’approcher de leur domicile.
Il marche ensuite seul pendant des heures, traversant un fleuve, se blessant à la jambe avant de réussir à contacter la fameuse « Perle » qui le conduira en lieu sûr, à Pékin.
Ce n’est que 4 jours plus tard que les autorités locales découvriront qu’il s’est évadé. D’après l’ONG China Human Rights Defenders, citée par le Guardian, le chef du village, Zhang Jian, fait alors arrêter quatre membres de la famille de Chen, dont son frère et son neveu.
Les journalistes qui ont depuis essayé de se rendre à Dongshigu, son petit village du Shandong, se sont tous fait refouler. Des journalistes hongkongais ont vu leur voiture violemment caillassée.

Perle et Guo Yushan


He Peirong (Twitter)
Depuis huit jours, un mythe est né : Perle, alias He Peirong, cette enseignante de Nankin au sourire radieux, à la chevelure brune magnifique, sans laquelle Chen n’aurait pu s’enfuir.
Soutien de la première heure du juriste, c’est elle qui l’a mené en lieu sûr à Pékin. Elle a depuis été arrêtée.
Sur Weibo et Twitter, ses innombrables soutiens, dont Zeng Jinyan, la femme de Hu Jia - qui a elle aussi été interpellée samedi, tout comme son mari ; tous les deux ont été relachés depuis – twittent depuis lundi matin l’adresse, ainsi que le nom du commissariat dont Perle dépend à Nankin pour que des internautes aillent y jeter un oeil.
La toile s’inquiète également du sort de Guo Yushan, cet avocat qui s’est également chargé du transfert de Chen, dont on n’est aujourd’hui sans nouvelles.

Crise entre Pékin et Washington

Selon l’organisation ChinaAid, basée aux États-Unis et proche de Chen, le dissident serait « sous protection américaine » dans l’ambassade ou dans une autre enceinte relevant de la diplomatie américaine.
Ai Weiwei devant l’ambassade américaine à Pékin
Un diplomate américain de haut rang, le secrétaire d’État adjoint Kurt Campbell, est d’ailleurs arrivé ce dimanche à Pékin pour tenter, selon certaines analystes, de limiter l’impact de l’affaire Chen Guangcheng sur la session annuelle du dialogue stratégique et économique qui doit commencer ce jeudi en présence de la secrétaire d’Etat américain Hillary Clinton et du secrétaire au Trésor Timothy Geithner.
Ni les États-Unis ni la Chine n’ont intérêt à ce que cette affaire ne fasse trop de bruit. C’est un peu la crise de trop pour Pékin alors que l’affaire Bo Xilai secoue déjà le pays et le parti.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire