vendredi 11 mai 2012

Les détenus palestiniens en grève de la faim contre la détention administrative

Deux prisonniers palestiniens, soupçonnés d’appartenance au Djihad islamique, sont entrés mercredi 9 mai dans leur 73e  jour de grève de la faim. 

Manifestation de soutien aux détenus palestiniens des prisons israéliennes, lundi 7 mai, à Gaza.
(MOHAMMED ABED/AFP)

Manifestation de soutien aux détenus palestiniens des prisons israéliennes, lundi 7 mai, à Gaza.


La grève de la faim est utilisée par les détenus palestiniens pour faire pression sur Israël afin que la détention administrative soit abolie.

Leur vie tient à un fil. Deux prisonniers palestiniens, Thaër Halahla et Bilal Diab, âgés de 34 et 27 ans, sont en grève de la faim depuis le 29 février, la plus longue de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Un combat jusqu’au-boutiste pour dénoncer les conditions de détention israéliennes, et notamment leur maintien en détention administrative. Cette disposition légale permet à Israël d’incarcérer des suspects palestiniens, sans inculpation ni jugement, pour des périodes de six mois, renouvelables indéfiniment.
Lundi 7 mai, la Cour suprême de l’État hébreu a rejeté l’appel de demande de libération des deux détenus, soupçonnés d’appartenance au mouvement radical du Djihad islamique. Pour le magistrat, « la détention administrative ne satisfait aucun juge »,  mais « elle est nécessaire lorsque le dossier repose sur des renseignements confidentiels dont la divulgation mettrait en danger les sources et les moyens par lesquels ils ont été obtenus ».  Autrement dit, les informateurs des services de sécurité israéliens.
Depuis le 17 avril, date de la Journée nationale des prisonniers politiques dans les Territoires palestiniens, Thaër Halahla et Bilal Diab ne sont plus des cas isolés. Depuis trois semaines, sur près de 4 700 prisonniers, plus de 2 000 seraient en grève de la faim, selon les responsables palestiniens, tandis que l’administration pénitentiaire en recense 1 550.

Pression sur Israël

Ce mouvement collectif inédit par son ampleur et sa durée vise à augmenter la pression sur Israël. « Après l’échange de prisonniers palestiniens contre la libération de Guilad Shalit, en octobre 2011, Israël s’était engagé à améliorer les conditions de détention, mais il n’y a eu aucune amélioration, explique Hadas Zev, porte-parole de l’ONG israélienne Physicians for Human Rights-Israel. Les détenus protestent contre l’isolement carcéral qui a des conséquences sur leur santé mentale. Ils ne reçoivent pas les soins médicaux adéquats. Les familles de Gaza n’ont pas le droit de rendre visite aux prisonniers et, pour les familles de Cisjordanie, c’est au cas par cas. Dès qu’un détenu commence une grève de la faim, en guise de punition les visites sont interdites. Bilal Diab ne peut pas voir sa famille, alors qu’il peut mourir à tout moment, c’est inhumain. »
Les ONG de médecins israéliennes peuvent se rendre auprès des grévistes de la faim et leur prodiguer des soins, mais chaque visite nécessite une autorisation et des délais, « alors qu’il faudrait un suivi journalier »,  souligne Hadas Zev.
 « Je suis écœuré par ces violations continues des droits de l’homme, j’appelle Israël à respecter les obligations internationales »,  martèle Richard Falk, le rapporteur spécial de l’ ONU pour les droits de l’homme dans les Territoires palestiniens. Il souligne que, depuis le début de l’occupation en 1967, 750 000 Palestiniens ont été en détention dans les prisons israéliennes. Soit près de 20 % du total de la population.

Les Palestiniens mobilisés

Face à la dégradation de l’état de santé de six détenus, en « danger de mort imminent »,  le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé qu’ils soient transférés « dans un hôpital correct, de telle sorte que leur état puisse être constamment surveillé et qu’ils puissent recevoir les soins médicaux et infirmiers spécialisés, adaptés à leur état » .
Dans toutes les grandes villes de Cisjordanie, des Palestiniens se mobilisent pour soutenir ce mouvement. En tête des cortèges défile Khader Adnane, célèbre prisonnier libéré par Israël le 17 avril, après avoir passé soixante-six jours sans s’alimenter. Ce porte-parole du Djihad islamique est devenu dans les Territoires palestiniens un symbole.
Alors que son état de santé s’était fortement détérioré, et face aux pressions internationales, le bureau du procureur avait décidé de ne pas prolonger la détention administrative du prisonnier. « La grève de la faim est un outil politique qui peut fonctionner face aux Israéliens, prévient-il. C’est un outil pour l’avenir. »
Véronique CHOCRON (à Jérusalem et Naplouse)

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