jeudi 31 mai 2012

La mort de Roland Moreno, génial inventeur de la carte à puce

Roland Moreno, l’inventeur de la carte à puce est mort dimanche à Paris. Il était âgé de 66 ans, génial innovateur et piètre gestionnaire, père d’une découverte qui a changé nos vies.
Lunettes carrées et moue boudeuse. Roland Moreno a 23 ans et vit dans un petit appartement à la déco foutraque ou s’exposent déjà plusieurs de ses inventions. Nous sommes en 1968, six ans avant sa création la plus célèbre.
« J’ai fait un peu de tout, comme tout le monde. J’ai balayé la rue, j’ai été un peu charcutier aussi. Et puis, j’ai fait du maquettisme publicitaire, j’ai distribué des prospectus.
Et puis, l’année dernière j’ai voulu être journaliste, parce que ça me plaisait et je suis entré dans un journal criminel. On m’a mis à la porte, je me suis retrouvé chômeur. Alors, comme j’aime ne rien faire, ça m’a plu... »
Roland Moreno, 23 ans
Difficile d’imaginer que le coursier de L’Express à l’air blasé sera l’inventeur d’un outil révolutionnaire comme la carte à puce. Mais ce touche-à-tout autodidacte a déjà conçu une « machine à tirer à pile ou face » et un orgue sans touche (« je l’ai fait parce qu’un copain m’avait dit : je veux que tu fasses un truc qui, pour une fois, serve à quelque chose »). Et il avoue un penchant pour l’électronique :
« Je suis arriviste. [...] En ce moment c’est l’électronique qui a la faveur publique, je donne dans l’électronique. »
C’est en 1974 qu’il dépose le brevet de la carte à puce et créer sa société : Innovatron. Quelques années plus tard, Roland Moreno explique à la première chaîne le fonctionnement du paiement électronique.
Roland Moreno, 1978
En 2007, il affirmait dans une interview au Point :
« La carte a un nombre d’applications limité. J’en vois cinq : la banque, le téléphone, les parkings, les décodeurs de télévision et la carte de santé (type Vitale). Au-delà, je suis un peu sceptique. »
Parmi les utilisations de la carte à puce, la carté bancaire donc et celle téléphonique, mais aussi le Piaf, parcmètre individuel à fente, lancé à la fin des années 80. Roland Moreno en présente un modèle dans une édition de France 3 Bretagne en 1988.
Le PIAF présenté par Roland Moreno
Mais le patron d’Innovatron a du mal à prendre le tournant des années 90 et à s’adapter à un marché en pleine expansion. Trente de ses brevets tombent dans le domaine public. Le pôle industriel de sa société compte 220 millions de pertes cumulées et il admet alors au magazine L’Expansion :
« C’est vrai, notre diversification dans l’industrie a été catastrophique. On a fait un boulot qui n’était pas le nôtre. »
Innovatron perd les bénéfices sur la carte à puce, mais l’entreprise survit tout de même, notamment grâce aux droits sur la carte « sans contact », autre invention de Roland Moreno, utilisée notamment par la RATP et la Ville de Paris pour le Vélib.
Gestionnaire médiocre mais inventeur génial et infatigable, Roland Moreno était aussi l’auteur de « Théorie du bordel ambiant », un livre publié en 1990. Celui qui, par sa création, a tellement fait progresser l’univers de la communication y écrivait pourtant :
« J’ai décidé que tant qu’on aurait pas inventé la télépathie, il faudrait renoncer à communiquer. »



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