vendredi 18 mai 2012

Sarkozy va leur manquer…

Pour rassembler un peuple, disait Freud, il faut lui donner un objet d’exécration qui canalise sa rage. Nicolas Sarkozy a été pendant cinq ans l’ennemi intérieur de toute une partie de la France. L’animosité à son égard est allée d’emblée à la personne et à son physique et non au chef de la droite proprement dite. Est-ce sa morgue, son arrogance de classe, son mépris des faibles, son goût de la confrontation ?
Toujours est-il que les humoristes ont raillé ses talonnettes, sa taille, ses amours contrariées, sa démarche chaloupée. Dans un Hexagone confit dans l’antiracisme de convenance, les moqueries envers sa petitesse ont constitué la seule exception permise.
D’origine hongroise, un quart juif, Sarkozy avait toutes les caractéristiques du cosmopolite qu’on peut accabler parce qu’il n’est pas de chez nous. A son endroit, toutes les censures ont été levées, aucune discrimination n’avait d’importance. On l’a comparé aux pires personnages de l’histoire du XXe siècle, Pétain, Hitler, Franco, Mussolini et j’en passe. Mais en suscitant cette formidable acrimonie, il a sauvé aussi tout un pan de la presse et des médias. Sans lui, aucun des grands quotidiens et hebdomadaires de l’opposition n’auraient connu de tels tirages. Sur qui vont-ils s’acharner maintenant ?
Comment un magazine tel que Marianne va- t-il survivre, privé comme il est de sa tête de turc favorite ? Sarkozy a fait plus fort : il a participé à la résurrection des morts. C’est grâce à lui, par exemple, qu’un philosophe comme Alain Badiou, inconnu du grand public, a pu émerger dans la lumière médiatique à partir de son pamphlet, De quoi Sarkozy est-il le nom, en 2007. Qui dit mieux ? C’est vraiment le retour de la Momie et il est à craindre là aussi qu’elle ne retourne dans ses bandelettes une fois l’ex-président oublié. Sarkozy a carbonisé ses supporteurs mais il aura été, depuis 2007, une véritable rente de situation pour les médias, la littérature, la philosophie, la sociologie, le journalisme, la bande dessinée.
Son départ va s’apparenter pour tous ces secteurs en crise à un avis de banqueroute. En politique, la détestation est un ciment plus fort que l’amour. On tient à ses ennemis plus qu’à tout, ils sont la garantie or de votre existence. Combien vont se sentir orphelins en l’absence de leur croque-mitaine ? Ce président qu’on disait cliveur et diviseur a été en même temps un formidable facteur de cohésion. C’était par sa faute que tout allait mal en France, du chômage au dérèglement climatique. On l’a vomi avec une ferveur inégalée. Jamais François Hollande ne pourra rivaliser avec lui dans l’aversion. C’est pourquoi il tombe à point. Sous sa présidence, les Français vont comprendre qu’il n’est pas de sauveur ni de salaud suprême et qu’ils doivent seuls résoudre leurs problèmes, sans recours à un bouc émissaire. Il signe le retour au principe de réalité. Il devra rassembler non pas autour de la haine, mais d’un sursaut collectif. Si l’élection du candidat socialiste n’avait servi qu’à cela, elle serait déjà une œuvre de salubrité publique.

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