vendredi 21 mars 2014

Plus possible de manager dans le secret





L’actualité politique fourmille de situations dans lesquelles les secrets soi-disant bien gardés éclatent en plein jour. À peine la décision est-elle prise en secret, qu’elle fait l’objet de rumeurs dans les médias et les réseaux sociaux. De simples documents de travail supposés émettre des hypothèses se muent en informations sûres et certaines.Il en est de même dans les entreprises. Les fuites touchent aujourd’hui tous les pans de l’activité.
Les   changements internes : promotions, démissions, réorganisations, projets de fusion…Les innovations sur les  produits et services qui se retrouvent dans les bureaux d’étude  de concurrents. La stratégie de l’entreprise et ses business plan, connus par des acteurs qui ne devraient pas « être dans la boucle »
De nombreux managers s’en plaignent, pensant que ce n’est ni normal, ni moral. Ils ont peut-être raison sur le fond mais leur indignation ne colmate pas les brèches. En 2014 et probablement pour les années à venir, prenons ce phénomène comme une donnée et adoptons des dispositions pour s’en protéger.
Quelles sont dans la sphère entrepreneuriale,  ces nouveaux paramètres  à intégrer ? Ces paramètres, loin d’être de simples causes sont corrélés entre eux.
1.Financiarisation de l’économie. En particulier dans les grands groupes multinationaux, les fonds de pension et les actionnaires sont le centre de gravité des préoccupations des dirigeants. De nombreux acteurs, y compris des top-managers estiment que leurs dirigeants font mine de s’intéresser aux produits, aux services  aux clients et au personnel mais que seuls les résultats financiers les motivent. Le sentiment d’appartenance à une communauté et à une culture laisse la place à une contractualisation accrue des relations professionnelles.
2.Employabilité. Fut un temps où la promesse était : « si vous travaillez bien et êtes engagés dans l’entreprise, une belle carrière vous ferez. La Direction de Ressources humaines s’occupera de vous. » Aujourd’hui, le concept de carrière est remplacé par celui de trajectoire professionnelle. Chacun doit se comporter comme s’il était l’entreprise de lui-même. Son projet personnel prime sur son appartenance à telle ou telle organisation.
3.Marchandisation. La phase de développement actuel du capitalisme mondial est une marchandisation de biens et services jusqu’ici subventionnés et prodigués à bas couts par les états « providences ». Tout se monnaie dans les entreprises : un service rendu, une information, l’atteinte d’un objectif, une vente exceptionnelle. Le secret possède une très grande valeur marchande.
4.Flottement éthique. La morale et l’éthique étaient censées nous protéger de notre avidité et de nos pulsions. Le « tout pour moi » estompe des  valeurs telles que sens de la parole donnée, confiance, solidarité. La transparence est hissée au rang de vertu.
5.Intelligence économique. Toutes les entreprises développent des programmes d’intelligence économique pour s’adapter rapidement aux évolutions de l’environnement. Elles sont en veille permanente sur les concurrents, les technologies, les données sociétales et les politiques.
6.Espionnage. Ce phénomène n’est pas nouveau mais accentué grâce à des outils très sophistiqués d’écoute et de visualisation.
7.Les réseaux sociaux et les lanceurs d’alertes, relayés par les médias. Permettent par recoupements et fuites de mettre au grand jour ce qui devait rester dans l’ombre.
Ceci étant dit, le droit nous protège et la grande majorité des collaborateurs sont loyaux. Il existe un juste milieu entre naïveté et paranoïa. Qu’est-ce qu’un manager peut faire ?
  • Dire la vérité et être transparent sur les enjeux et les scénarii possibles des changements et des transformations
  • Dire toujours la vérité, pas toute
  • Lors des réunions sensibles, verbaliser un pacte de discrétion entre les participants, au cours d’un premier tour de table.
  • Faire déposer au vestiaire les Smartphones et tous les appareils électroniques avant les réunions et entretiens sensibles et brouiller les réseaux
  • Au lieu de la simple annotation « confidentiel » sur certains documents, ajouter l’article de loi sur la confidentialité
  • Ne pas diffuser certains documents et préférer l’information orale
  • Changer souvent les codes d’accès aux sites protégés
  • En cas de doute, livrer un secret à une seule personne pour vérifier qu’elle s’y conforme ou pas
  • Sanctionner avec vigueur les personnes « hors-jeu »
Vous avez probablement d’autres idées et astuces, déposez les dans les commentaires de ce billet

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