dimanche 29 juin 2014

Le chemin de croix


« Nul n’a de plus grand amour que celui-ci :
donner sa vie pour ses amis. »
Jean XV, 13.

L’origine de la dévotion du chemin de croix remonte au quatorzième et quinzième siècles. Les Franciscains, qui recevaient les fidèles, venus en pèlerinage à Jérusalem, pour participer à la passion de Jésus en cheminant sur un parcours allant du tribunal de Pilate au calvaire, prirent alors l’initiative d’étendre cette pratique à ceux qui ne pouvaient se rendre en terre sainte. Ceci étant, il s’agit d’une dévotion essentiellement catholique, celle-ci n’étant apparue qu’après le schisme de 1054. Comme le chemin de croix n’existe pas davantage dans l’Église anglicane, celui de l’Église-Cathédrale Saint Jean l’Évangéliste ne fut installé qu’en 2012, à la demande de Dom Charles-Rafaël Payeur, après les restaurations des murs intérieurs de l’église. Il date de la fin du dix-neuvième et chacune de ses stations est constituée d’une peinture à l’huile, réalisée sur cuivre, sur fond d’or et trame de style gothique. La peinture sur cuivre présente l’avantage d’être moins fragile qu’une toile et de mieux résister aux variations de température. Chaque station est ornée d’un cadre en chêne massif, surmonté d’une croix, comme le prévoit la tradition.


La première station du chemin de croix
de l’Église-Cathédrale Saint Jean l’Évangéliste

Chaque station du chemin de croix symbolise une étape du chemin parcouru par le Christ lors de sa montée au calvaire. Le nombre de stations varia dans le passé, comme les thèmes illustrés. Il fallut attendre la fin du dix-septième siècle pour que leur nombre soit fixé à quatorze, par les papes Clément XII et Benoît XIV qui donnèrent au chemin de croix la forme qu'on lui connaît aujourd’hui. Les « stations » ainsi fixées rappellent des épisodes rapportés par les évangiles, ou des scènes empruntées à une tradition plus large, comme la rencontre avec Véronique, ou les trois chutes du Christ portant sa croix. Certaines scènes sont  donc tirées des évangiles, alors que d’autres appartiennent à la tradition orale.


Les  quatorze stations du chemin de croix
de l’Église-Cathédrale Saint Jean l’Évangéliste

Ceci étant précisé, Dom Charles-Rafaël Payeur nous invite à revisiter chaque station, afin d’y percevoir autant d’étapes constituant un véritable parcours initiatique. Celui-ci favorise un véritable processus de divinisation de l’homme en lui indiquant la voie privilégiée de sa conformation au grand mystère de l’amour. Dans cette perspective, le canon traditionnel rassemble les scènes suivantes, chacune associée à un enjeu psycho-spirituel précis sur le chemin de l’amour :


Ces quatorze stations sont généralement disposées, depuis l’extrémité Est de la nef Nord, jusqu’à l’extrémité Est de la nef Sud, en passant par l’Ouest. Ce circuit, inversé par rapport à la circumambulation habituelle dans une église, montre que le parcours ainsi balisé est étroitement associé à la mort et ne sera pleinement accompli que dans l’expérience de la mort, au sens fort du terme. Dès lors, le chemin de croix se fait habituellement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, bien que cela ne soit pas une règle absolue.

Dans notre Église-Cathédrale, il est intéressant de noter que son point de départ se fait sous le regard de l’Ange, l’un des quatre Vivants. Il nous invite essentiellement à faire en sorte que notre action soit conforme aux engagements de notre foi. Il se termine sous le regard du Lion qui nous invite, pour sa part, à vivre pleinement le sacrifice de soi dans la pratique de la charité.


La pratique du chemin de croix

Avant de préciser des modalités plus techniques dans la pratique du chemin de croix, il importe de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un chemin de pénitence douloureux et larmoyant, comme trop de fidèles l’ont malheureusement considéré au cours des siècles. En effet, cette dévotion a trop souvent évolué vers des formes de piétismes fortement empreintes de dolorisme. Le chemin de croix était alors vécu dans un état d’esprit qui pourrait se résumer ainsi : « Offre tes souffrances personnelles à Jésus qui a souffert pour tes péchés. ». Rien n’est pourtant plus contraire à la foi chrétienne qu’une telle vision des mystères de la Passion. En effet, le chemin de croix ne fut pas pour le Christ une simple avancée vers le lieu de son supplice. Chacun de ses pas, chacun de ses gestes et chacune de ses paroles matérialisèrent un aspect du mystère de la divinisation.

Ainsi, le sacrifice de la croix n’a pas d’abord été vécu pour « enlever les péchés du monde », mais pour indiquer le chemin qui conduit l’homme à l’expérience de sa divinisation : « Celui qui veut marcher derrière moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » (Mt XVI, 24). C’est d’ailleurs dans cette perspective que la croix fut pour le Christ une « heure de gloire ». De même, pour les chrétiens, elle est un chemin qui les prépare à une expérience de participation à la nature divine, ce qu’est le véritable sens du sacrifice de la croix : « …accordez-nous, selon le mystère de cette eau et de ce vin, de prendre part à la divinité de Celui qui a daigné revêtir notre humanité… » (Liturgie catholique traditionnelle, Messe de Saint Pie V). À cet égard, faut-il rappeler l’affirmation sans cesse répétée des Pères de l’Église, affirmation sur laquelle repose fondamentalement le christianisme : « Deus homo factus est ut homo fieret Deus. » (Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu).

Dans cette perspective, le chemin de croix, loin de tout dolorisme malsain et déviant, devient un parcours de réflexion et de prière sincères portant sur le mystère de l’amour et de la renaissance. En effet, il est essentiellement au coeur d’une cérémonie qui nous fait revivre les événements de la passion du Christ en nous permettant de réfléchir sur sa signification, tout en méditant sur la manière de concrétiser les différents enjeux qu’elle incarne dans notre vécu quotidien. La pratique du chemin de croix est particulièrement fréquente lors des vendredis du carême, et, plus encore, le vendredi saint. Elle a bien souvent un caractère communautaire, étant accompagnée de divers chants et prières, dont la séquence du Stabat Mater Dolorosa. Cependant, il s’agit d’abord d’une pratique personnelle et privée.

Sur un plan plus technique, le Chapitre Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Jean l’Évangéliste propose aux pèlerins, de passage dans son Église-Cathédrale, de parcourir son chemin de croix en méditant sur le mystère correspondant à chacune des stations. En faisant cette déambulation, le corps est associé à la méditation, ce qui est fort important. La voie judéo-chrétienne a d’ailleurs toujours été celle d’un certain nomadisme. En ce qui concerne la durée des méditations, il n'y a pas d’exigences particulières. Il n’est pas davantage nécessaire de réciter des prières spécifiques, bien que Dom Charles-Rafaël Payeur propose un petit rituel, utilisant des prières qui évoquent clairement les enjeux associés aux différentes stations. Il peut évidemment être modifié selon la sensibilité de chacun.

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