mardi 1 mai 2012

Georges Mandel

Georges Mandel, de son vrai nom Louis Georges Rothschild né le 5 juin 1885 à Chatou et assassiné le 7 juillet 1944 en forêt de Fontainebleau par la Milice française, est un homme politique majeur de l’entre-deux-guerres et un actif résistant français. S’il a été décrit comme le fils naturel d’une fille Rothschild, il est sans parenté avec la famille de banquiers du même nom.
Jeune journaliste collaborateur de Georges Clemenceau à L’Homme libre, il le suit sur les chemins de la politique en devenant un de ses attachés de cabinet en 1908. Lorsque son vieux directeur accède à la présidence du conseil en novembre 1917, il devient son chef de cabinet. Une longue carrière politique lui est ouverte dans le camp conservateur après la Grande Guerre.

Georges Mandel
Mandel 1932.jpg
Georges Mandel, député de la Gironde, en 1932.

Parlementaire français
Date de naissance 5 juin 1885
Date de décès 7 juillet 1944 (59 ans)
Mandat Député 1919-1924
puis 1928-1940
Début du mandat 1928
Circonscription Gironde
Groupe parlementaire NI (1919-1924)
Ind. (1928-1936)
IR (1936-1940)
IIIe République

Né en 1885 d’un père tailleur, dans une famille juive d’Alsace ayant opté de rester française après l’annexion consécutive à la défaite de 1870, il s’engage très jeune en faveur d'Alfred Dreyfus et se lance dans le journalisme. De convictions conservatrices et nationalistes, il entre à 21 ans à L'Aurore, le journal de Georges Clemenceau qui a fait paraître l’article J'accuse d’Émile Zola.
Quand, en 1906, Clemenceau accède à la présidence du Conseil, Georges Mandel saisit l’occasion de participer à l’action gouvernementale, ce qu’il réalise pleinement en 1908. Malgré les propos peu amènes rapportés, il sait se rendre indispensable auprès du vieillard et devient son chef de cabinet en novembre 1917. Au début de la Première Guerre mondiale il est facilement réformé. Après la guerre, ses ennemis politiques ne se privent pas de désigner ce favorisé en « planqué » .

Élu député modéré de Gironde durant la vague Bleu Horizon de la droite, ce proche de Clemenceau défend en 1920 le projet de rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican. Ceci lui vaut moult quolibets antisémites de certains députés de gauche, Alexandre Varenne en tête qui reprennent des rumeurs l’accusant d’être un Rothschild, mais aussi de Jules Uhry ou Pierre Valude1.
Il perd son mandat en 1924 face au Cartel des gauches, mais après ce premier déboire, il est réélu continûment aux élections de 1928, de 1932 et de 1936 jusqu’à 1940.
Entre temps, il se porte à la présidence du Groupe Indépendant de la Chambre des députés (en 1932), puis s’affirme comme ministre des Postes, Télégraphe et Téléphone entre 1934 et 1936. Il réforme avec une remarquable fermeté l’administration des PPTT, autant du point de vue de sa gestion administrative que sous l’angle de son adaptation technique. C’est sous son égide que la première émission officielle de télévision française est diffusée le 26 avril 1935.
Dans les années 1930, il élève la voix pour avertir des dangers de l’Allemagne nazie. Le ministre énergique opposé à tout compromis avec les États totalitaires ne change pas de ton : il obtient en 1935 la condamnation par la Société des Nations du rétablissement du service militaire obligatoire par Adolf Hitler puis s’oppose à Pierre Laval sur la question de la guerre d'agression menée contre l’Éthiopie par l’Italie de Benito Mussolini.
Après la victoire du Front populaire, il critique les réformes sociales menées par le gouvernement de Blum, du fait qu’elles risquent – selon lui – d’affaiblir la productivité française face à la menace de l’Allemagne nazie en plein réarmement, dont les ouvriers fournissent un travail accru.

Après la chute du Front populaire, il est nommé ministre des Colonies d’avril 1938 à mai 1940, et s’emploie, tout en luttant contre les mouvements nationalistes au Maghreb, à préparer l’empire colonial français à un conflit qu’il sent inévitable. Cet homme de droite propose alors une alliance avec l’Union soviétique pour faire face à la menace hitlérienne, dont le danger pour la France lui paraît primordial, puis proteste contre les accords de Munich.
Georges Mandel, véritable homme fort de la droite politique est promu en urgence Ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Paul Reynaud formé le 18 mai 1940, mais il est trop tard. S’il fait tout pour endiguer l’esprit de débâcle qui s’abat sur la France et envisage un « réduit breton », puis un repli sur l’Afrique du Nord pour les forces françaises, il ne peut contrer l’arrivée au pouvoir en 1940 d'un vieux maréchal, Philippe Pétain, qui s’incarne, avec un brio trompeur, en sauveur du pays.
Georges Mandel eut une influence directe dans le choix du jeune sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général (à titre provisoire) Charles de Gaulle, pour représenter la France à Londres, conformément au vœu de Churchill. Le premier ministre britannique voulait un homme politique conservateur de premier plan, Paul Reynaud ou Georges Mandel, pour réaliser le projet d’une fusion d’États (idée de Jean Monnet, dans la note Union franco-britannique) et à défaut, continuer la lutte sans concession contre les nations de l’Axe.
Il est de même à l’origine de la détermination du général de Gaulle, le 14 juin 1940, d’aller à Londres représenter la France libre ; l’épisode est en partie relaté par le général dans ses Mémoires de guerre.

Contre l’Armistice et le pouvoir autoritaire en voie de constitution, il est arrêté le 17 juin 1940 sur l’ordre de Pétain, à peine promu président du Conseil, sur la base de fausses accusations. Libéré, il exige une entrevue avec Pétain et obtient du chef de l’État qu’il écrive sous sa dictée un sauf-conduit personnel sur le territoire national. Il cherche à organiser le départ pour l’Afrique du Nord du Président de la République, des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat et de nombreux parlementaires, afin de poursuivre la lutte et la résistance au nazisme.
En fait, seuls Georges Mandel et vingt-cinq autres députés, dont Pierre Mendès France, s’embarquent sur le Massilia le 21 juin avec un seul sénateur.
Au Maroc, les Anglais essaient de le faire venir à Londres pour diriger un gouvernement en exil. Une suite d'incidents empêche Mandel de rencontrer le ministre anglais. Un peu plus tôt, alors que Spears, officier britannique et représentant de Churchill, lui avait réservé une place dans un avion, Mandel avait répondu « ils vont dire que j'ai fui ».
Le 8 août 1940, Georges Mandel est arrêté au Maroc, déféré à la cour de Riom et conduit au château de Chazeron dans le Puy-de-Dôme où se trouvent déjà Paul Reynaud, Édouard Daladier et le général Maurice Gamelin. Ils sont tous quatre transférés dans un hôtel de Vals-les-Bains et condamnés à la prison à vie par le tribunal d’exception voulu par le maréchal Pétain le 7 novembre 1941. Ils sont emprisonnés au fort du Portalet, dans les Pyrénées, gardé par des gendarmes français.

Suite à l’invasion de la zone libre par l’armée allemande en novembre 1942, les Allemands veulent s’emparer de Georges Mandel et Paul Reynaud et organisent un coup de main sur le fort du Portalet. Les gendarmes leur ouvrent les portes et remettent les prisonniers aux Nazis qui les transfèrent dans un camp de la Gestapo à Oranienburg-Sachsenhausen, non loin de Berlin.

George Mandel est ensuite incarcéré près de Buchenwald où se trouve déjà Léon Blum (les autres occupants, non juifs, du Portalet seront eux incarcérés dans le château d'Itter dans le Tyrol). Il est ramené à la prison de la Santé à Paris et livré à la Milice le 4 juillet 1944. Le 7 juillet dans la forêt de Fontainebleau, le milicien Mansuy l’abat de seize balles de mitraillette dans le dos, en représailles à l’assassinat par la Résistance du ministre collaborationniste de la Propagande Philippe Henriot2.
Il est enterré au cimetière de Passy à Paris. Un monument à sa mémoire, réalisé par le sculpteur François Cogné, a été érigé à l’endroit où il fut assassiné, sur le bord de la route Fontainebleau-Nemours (D607 ex N7 à 1,9 km de l’obélisque).
La cinquante-sixième promotion de commissaires de police issus de l’École nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 2006, porte son nom.

Jacques Gagliardi, ancien dirigeant de l’UIMM, ex-comité des forges, déclare dans un entretien au journal Le Monde du 24 juillet 2008 : « Tout le monde sait bien qu’avant 1914 des campagnes électorales sont financées par le Comité des forges. M. Georges Mandel, qui était d’origine très modeste, menait grand train, et tout le monde se demandait d’où il tirait son train de vie. Eh bien, c’était le Comité des forges qui subvenait à ses besoins, comme pour bien d’autres. »
Dans le fonds de Gaulle déposé aux Archives nationales, on a retrouvé une note relative à l’« affaire Brasillach » dressant une liste des charges pesant sur l’écrivain. Parmi elles, il est présenté comme « un des responsables de l’assassinat de Mandel », personnalité dont il demandait régulièrement la mise à mort dans son journal Je suis partout et pour laquelle de Gaulle éprouvait estime et respect. C’est une des causes du refus par de Gaulle de la grâce demandée pour Brasillach.



Pétain et l'armistice, extrait de Le Dernier été


Le général et le ministre, extrait de Le Dernier été
  • Paul Coblentz, Georges Mandel, Éditions Du Bélier, Paris, 1946
  • Georges Wormser, Georges Mandel. L’homme politique, Plon, 1967.
  • Bertrand Favreau, Georges Mandel : un clemenciste en Gironde, Paris, Pedone, 1969.
  • John M. Sherwood, Georges Mandel and the Third Republic, Stanford University Press, 1970.
  • Nicolas Sarkozy, Georges Mandel, moine de la politique3,4, 1994 ; adapté en téléfilm (Le dernier été) avec Jacques Villeret dans le rôle-titre.
  • Bertrand Favreau, Georges Mandel ou La passion de la République 1885-1944, Fayard (1996) Collection « Pour une histoire du XXe siècle », 568 p.ISBN 2-213-59441-4
  • Emmanuel Berl, dans La Fin de la IIIe République (Gallimard, 1968, réédité en 2007), dresse un long portrait de Georges Mandel.
  • Jean-Noël Jeanneney, Georges Mandel, l’homme qu’on attendait, Paris, Seuil, 1991, sur la thématique des médias.
  • François Delpla, Qui a assassiné Georges Mandel ?, Paris, Éditions de l’Archipel, 2008.
  • Adrien Le Bihan, La Fourberie de Clisthène. Procès du biographe élyséen de Georges Mandel, Cherche-bruit, 2008.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire