mardi 1 mai 2012

La blogosphère politique en 3 cartes

Par Guilhem Fouetillou, cofondateur de Linkfluence

2012 est une année particulière... Pour notre travail de cartographie du web politique aussi. Depuis 2007, Linkfluence représente les sites et les blogs engagés, un exercice difficile mais riche, car il se fonde sur les liens hypertexte qu'ils tissent entre eux.
En 2012, l'image du champ de bataille à la veille de la campagne présidentielle a été enrichie par une nouveauté de méthode : nous avons différencié les sites de sympathisants de ceux directement liés aux parti. Voir la répartition entre les deux est un indicateur de la vitalité d'un courant politique. Les trois cartes que nous présentons montrent la force des réseaux de gauche et, dans une moindre mesure de l'extrême droite. Tour d'horizon.
NB : Ces cartes ne se lisent pas exactement comme des cartes traditionnelles, en cliquant sur l'icône "?" sur chacune vous avez accès à une explication détaillée de leur mode de construction.
4 éléments à retenir en résumé : les points sont des sites plus ou moins influents selon leur taille ; les arcs représentent des liens hypertextes reliant les sites entre eux ; les couleurs marquent l'appartenance politique et les sites ayant beaucoup de liens en commun sont proches, ceux qui en ont peu sont éloignés

La blogosphère politique en France 01/12

Cliquez sur la carte pour accéder à la version interactive de celle-ci.
Pour commencer, évitons la désorientation et proposons, dans la continuité des cartes de 2007, 2009 et 2011 une version 2012 produite selon le même modèle. Nous lui avons ajoutée une nouvelle communauté d'observateurs, éditorialistes, journalistes, médias en ligne traitant de la présidentielle que nous n'avons rattachée à aucune couleur politique. Notons que l'observation des liens partagés par ces sites est un indice intéressant de leurs centres d'intérêts politiques.
Premier enseignement, la blogosphère repasse en régime d'élection présidentielle et se rapproche de sa taille de 2007 en dépassant les 1400 sites. Au fonds régulier des passionnés de politique, commentateurs avisés souhaitant peser sur le débat quelle que soit la période vient s'ajouter la vague conjoncturelle des militants, soutiens, partisans se mettant en ordre de marche pour la bataille électorale qui se jouera dans les 3 prochains mois. Cette croissance forte profite encore et toujours à l'extrême droite qui constitue maintenant près de 15% du corpus et devient la deuxième force politique de cette blogosphère, devant la droite ; et à la gauche qui renforce sa position dominante au sein de cette blogosphère politique.
Si cette carte nous permet un suivi historique des évolutions de la blogosphère, elle n'en présente pas moins des limites qui nous ont maintes fois été soulignées depuis 2007. A travers ces deux nouvelles cartes, nous vous proposons deux nouvelles vues qui permettent d'élargir le répertoire des interprétations et d'affiner sa vision de ce territoire complexe.

Focus sympathisants/militants

Cliquez sur la carte pour accéder à la version interactive de celle-ci.
Cette carte distingue les sites partisans des sites de simples sympathisants, signalés dans une couleur plus claire, vers le centre de l'image, notamment.
Participer aux échanges de la communauté extrême droite, en partager certains des points de vue, des débats, des inquiétudes et des espoirs ne signifie pas forcément avoir sa carte du Front National et appeler à voter Marine Le Pen. C'est à travers l'exploration et la découverte progressive au cours des dernières années de la sphère extrême droite que nous avons avancé sur cette réflexion d'une partition que nous sous-estimions jusque-là et qui semblait pourtant être de plus en plus pertinente. Avoir un blog politique ne signifie pas forcément prendre part au combat des partis et des personnes (élus, cadres, candidats, militants) qui les incarnent. On peut parler de politique sans parler des politiques. On peut se battre pour des idées sans jamais se réclamer d'un parti ou soutenir explicitement tel ou tel. Cette clé de répartition éclaire d'un jour nouveau cette blogosphère politique.
Elle nous donne à voir deux espaces, d'abord celui des partis, des hommes politiques, des cadres, des militants, des candidats, centrés sur leur bataille, en rangs serrés, dressés contre leurs opposants. Ils occupent les espaces périphériques de la carte, la polarisent fortement car ils ne se lient pas les uns les autres ; préférant mailler leur territoire proche, se rapprocher de leurs semblables, pesant ainsi sur l'espace informationnel et sur son grand aiguilleur : Google.
Et un second espace, représentant un quart de cette carte, qui bouleverse les codes de cette blogosphère politique en instaurant une bipolarité plus habituelle chez nos cousins américains qu'en nos longitudes : celui dessiné par les sites de sympathisants. Ceux engagés à gauche et à l'extrême droite en constituent les deux pôles les plus forts : leur position assez centrale montre leur plus grande ouverture au débat et à la confrontation ; leur partition clairement séparée, de leur organisation communautaire. Ils restent éloignés des jeux politiciens et peuvent se montrer très critiques à leur égard (y compris envers leur propre couleur politique), ils proposent leur vision du monde, leur lecture de notre société à travers leur prisme, prisme distancié des affaires de politique politicienne. Du côté de l'extrême droite, ils représentent près de la moitié du territoire et illustrent la complexité de cette partie de la carte qui ne peut en aucun cas être réduite à un lieu militant et de soutien inconditionnel à la candidate Marine Le Pen.

Focus partis/mouvements

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Dernière vision proposée, prolongeant la précédente : la carte des partis et des mouvements. Pour y appartenir, il ne suffit plus de parler de politique mais il faut explicitement se rattacher à un parti politique ou à un des mouvements le constituant. Seulement 1098 sites répondent à cette définition pour plus de 50 partis et mouvements ! La complexité gagne et cette carte illustre parfaitement qu'au delà des grandes masses, cette blogosphère reste un territoire d'expression de toutes les singularités.
Pour la gauche, la droite, le centre, les verts, un parti à chaque fois domine (PS, UMP, Modem, EELV) mais pour l'extrême gauche et l'extrême droite, le tableau est bien différent et nous fait apercevoir un morcellement que les précédentes cartes ne laissaient apparaître ! Pour l'extrême gauche, c'est plutôt facteur d'affaiblissement qui vient se surajouter à une présence déjà très faible et cela depuis plusieurs années. Pour l'extrême droite, c'est un nouvel angle qui avait déjà été entrevu lors de la monographie du web politique d'extrême droite réalisé pour Le Monde. Les sites militants du Front National ne représentent in fine que 3,4% des sites présents sur cette carte (à peine plus de 2% de la carte générale) et l'extrême droite militante (hors sympathisants, non affiliés) compte 15 partis/mouvements pour 86 sites !
Plus qu'aucune autre couleur politique, l'extrême droite a compris combien l'enjeu de la blogosphère était de rester un territoire d'influence, apte à peser sur le débat d'idée, au contact des leaders qui influencent l'opinion. La pratique du militantisme pur transposé sur la blogosphère fait peut-être un effet de masse, permet de jouer la bataille des chiffres mais faillit à impulser, diffuser, viraliser des idées, positions, points de vue. Le travail de lecture oblique de l'actualité proposé d'un côté par cette "réinfosphère" d'extrême droite comme elle aime à se qualifier et par les leftblogs de l'autre réalise un travail de fond, à l'audience délimitée et à l'impact quantitatif toujours faible au regard des médias de masse mais à l'influence grandissante illustrant parfaitement ce que devrait être le rôle des blogs au cours de cette présidentielle.

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