samedi 5 avril 2014

Le normal fait la différence

M le magazine du Monde | • Mis à jour le |
Comment être "in" tout en semblant "out"... Le terme "normcore" a déjà investi les réseaux sociaux.

Et si, finalement, la mode avait fini par avoir raison de la mode ? Voilà l'idée qui sous-tend le mouvement "normcore", nouvelle marotte des chasseurs de tendances. Mot-valise composé à partir des termes "normal" et "hardcore" ("normal pur et dur", pourrait-on dire), le vocable a été popularisé par un article du New York Magazine publié le 26 février. La journaliste Fiona Duncan y raconte sa stupeur lorsque, partie en balade dans le quartier branché de SoHo, à Manhattan, elle s'est trouvée incapable de distinguer les jeunes à la mode des touristes ou des Américains moyens. Tous arboraient le même uniforme stylistique : grosses chaussettes de sport, polaires multicolores, jeans droits et délavés, sandales.

Un constat qui, selon l'auteure de l'article, rejoint un rapport du cabinet de tendances K-Hole daté d'octobre 2013, estimant qu'à l'heure d'Internet et de l'hyperconnexion, le processus de différenciation est devenu vraiment problématique. "Quand les marges deviennent de plus en plus peuplées, la culture indie [indépendante] se tourne vers le milieu. Une fois réalisée la différenciation, le vrai cool est de tenter de maîtriser la normalité", résume le cabinet new-yorkais. "Aujourd'hui, on ne cherche plus à se différencier, mais à se perdre dans le collectif. On n'est plus dans le règne du "je" mais dans celui du "nous"", renchérit le sociologue Michel Maffesoli, qui vient de publier avec Hélène Strohl Les Nouveaux Bien-Pensants (Editions du Moment).

NORMCORE VS ACTING BASIC
Emboîtant le pas à l'article de Fiona Duncan, les médias se sont enflammés pour le normcore, y associant des icônes comme Steve Jobs ou le comédien Jerry Seinfeld. Ils auraient pu y ajouter François Hollande, qui maîtrise ce concept depuis quelque temps déjà. Le magazine américain GQ a proposé à ses lecteurs les dix indispensables de la panoplie normcore. En Grande-Bretagne, The Guardian s'est demandé si l'on ne se trouvait pas en présence d'un "nouveau grand mouvement en mode".
Pourtant, ce qu'on qualifie aujourd'hui de "normcore" n'a pas grand-chose à voir avec l'analyse développée par K-Hole. Comme elle l'a reconnu, la journaliste du New York Magazine a confondu le concept avec celui de l'"acting basic" (soit "l'appropriation esthétisée de ce qui est ordinaire ou grand public"). Trop tard. Le terme "normcore" a déjà investi les réseaux sociaux et fait l'objet de près de 3 000 mentions Twitter lors de la seule journée du 27 février, souligne Vincent Glad sur Slate.fr.
Un tumblr baptisée "We are normcore" a même été spécialement créé, compilant des citations potentielles des partisans du "non-style". "Lui, il se fait jamais remarquer, du coup il cartonne avec les filles, c'est normal", peut-on notamment y lire. Si le mouvement a ses adeptes, il a aussi ses détracteurs : une extension est déjà disponible pour masquer toutes les occurrences du terme dans les recherches Google...

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