jeudi 22 mai 2014

10 raisons de ne pas voter Front National

Chacun peut trouver au moins une bonne raison de ne pas voter pour le Front national. Pour ma part, je suppose que ces raisons communément avancées sont de fausses raisons instillées dans notre esprit par le matraquage médiatique, la pression sociale, et l'envie d'être du bon côté.

1. Ils veulent sortir de l'Euro : 
Et manifestement, le retour au Franc est quelques chose de risible et rétrograde. Si l'on écoute les économistes et les journalistes depuis 1998, c'est évident. Pourtant parmi les Prix Nobel, ils réalisent un à un que sortir de l'Euro constitue l'unique porte de secours, avec des mots excessivement durs pour la monnaie unique : nommons Paul Krugman, Josef Stiglitz. Sen Amartya quant à lui était d'emblée "fermement opposé à l'Euro" (article en anglais), tout comme Milton Friedman. Pendant ce temps, les économistes standards, qui ne veulent pas couper la main qui les nourrit, continuent à nier, à se tromper, à clamer l'infaisabilité de la chose, tout en restant présents avec autant d'assiduité sur les plateaux de télévision et les rubriques de presse pour notre plus grand embrigadement.
Pour ceux qui feraient un lien entre le retour au Franc et l'inflation galopante de leur enfance, c'est plutôt la politique monétaire qui en est responsable, indépendamment de la monnaie utilisée. D'ailleurs la loi Pompidou-Giscard qui interdit à l'Etat d'emprunter à la Banque de France - et qui le force à payer aux banques privées des intérêts bien plus hauts qu'elle ne ferait sinon - a justement été crée en 1973 pour prévenir une telle inflation (reprise pour l'Euro dans l'article 104 du traité de Lisbonne). Certes, la dévaluation choisie entraînera une certaine inflation ponctuelle, mais est-ce un drame en regard de ce qui nous attend si nous refusons cette solution ? La Grèce doit regarder la renaissance de l'Islande avec beaucoup d'amertume.

2. Un pays replié sur lui-même est condamné à mourir : 
Ou comment justifier par un axiome dénué de toute signification tangible, mais asséné comme maxime supérieure, à la fois le refus du protectionnisme et la nécessité du métissage.
  -- Le protectionnisme est réactionnaire : 
Faut-il croire que nous soyons tous brillants économistes pour affirmer de manière si péremptoire la nocivité du protectionnisme ? Notre plus grand économiste l'a toujours défendu, ce qui lui valut une censure sans concession. Celui-ci sauva l'Argentine des griffes du FMI, celui-ci permet d'éviter une concurrence déloyale et des conditions de travail et de sécurité plus que précaires, celui-ci entraîne un retour à une forme de sobriété écologique. La peur de mesures répressives en retour de la part des autres pays n'est pas très sérieuse quand on sait le degré de protectionnisme de pays comme la Chine, les Etats-Unis, l'Inde, la Russie ou l'alliance sud-américaine Mercosur. Les européens sondés sont d'ailleurs en majorité favorables au relèvement des droits de douane vis-à-vis des pays émergents, fût-ce au moins à un niveau européen.
  -- Le métissage est nécessaire à notre survie : 
Soyons précis donc. Quel niveau de mélange ? Avec combien de peuples différents et à quel degré de différence ? Par quel mécanisme biologique son absence entraînerait notre disparition, et quels précédents a-t-on d'une telle disparition ? On ne parle pas de consanguinité dans un village de 30 habitants me semble-t-il.
Par contre si nous nous évertuons à ne pas faire d'enfants, nous disparaîtrons de manière certaine (ce qui tout à coup n'embête plus grand monde).

3. C'est le retour de Vichy :
Plutôt le retour de la Résistance, que Jean-Marie Le Pen chercha à intégrer ses 16 ans révolus. Entre parenthèses, et loin de chercher à le sanctifier, rappelons tout de même que Vichy est aussi le droit de vote des femmes, la fête des mères, le SMIC, l'accouchement sous X, bien d'autres choses encore, et surtout, par l'intermédiaire du maréchal Pétain, la survie de la France par son armistice salvateur.

4. Son président d'honneur Jean-Marie Le Pen...
Si l'on devait ne voter que pour les partis dont aucun président n'aurait à aucun moment péché, qui resterait-il ?
  -- est antisémite et négationniste :
Pour la négation des chambres à gaz, c'est faux, il a émis un jugement sur la trop haute importance qui était donnée à cette facette de la Seconde Guerre Mondiale, dont la complexité exige de ne pas céder à cette réduction. Pour l'antisémitisme, quelles preuves sont avancées ? Il fit une minute de silence pour les juifs morts dans les camps de concentration, même si pour lui les non-juifs méritent tout autant de considération. Que son humour soit un peu trop gaulois et provocateur, c'est tout à fait possible ; de là à s'interdire de voter pour un parti. Pour l'affaire Durafour-crématoire, on peut lire cet article fort instructif sur le contexte de la phrase et le deux poids deux mesures quand il s'était agi d'un titre du Canard Enchaîné paru en 1962 ; pour ceux qui veulent s'en épargner la lecture, voici un passage de Jacques Julliard à ce sujet : " Le Pen, à ce qu'il m'a semblé, n'a pas voulu envoyer M. Durafour au crématoire mais l'a accusé, de façon absurde, de vouloir brûler le Front National. Ce n'est tout de même pas la même chose, et l'on doit la vérité même à un personnage aussi méprisable." Malheureusement, il y aura toujours une polémique d'avance pour celui qui veut se rassurer sur l'équivalence avec le national-socialisme ; dernièrement le bal néo-nazi.
  -- a torturé en Algérie :
Les preuves de cette affirmation manquent, après enquête par des journalistes sérieux. Du propre aveu de l'intéressé, ce n'est pas vrai. Il serait heureux que nous relisions L'ennemi intime, où l'on perçoit la difficulté qu'il y avait à ne pas céder à cette barbarie banalisée, en particulier en réaction aux exactions de l'opposant. Qui est d'ailleurs le plus condamnable, de l'exécutant, du lieutenant de garnison, des généraux d'Etat-Major, ou du Ministre de l'Intérieur de l'époque ?

5. La préférence nationale est un concept honteux : 
Ainsi donc de tous les pays du monde qui font mention dans leurs lois de la nationalité et discriminent selon ce critère. Il est a priori normal qu'un clandestin n'ait pas les mêmes droits qu'un employé immigré, ni ce dernier qu'un citoyen. Une fois cette précision effectuée, rien ne nous empêche désormais de réfléchir aux modalités acceptables d'une telle préférence, mais son rejet en bloc relève de l'ignorance ou de la malhonnêteté. Concernant l'instauration de quotas, on en trouve au Maroc, en Suisse officieusement, au Japon de fait, aux Etats-Unis, à Monaco, bientôt en Angleterre. On imaginerait mal dire en arrivant en Corée : "j'ai droit à un travail" ; encore moins "j'ai droit à des aides et à un logement", "j'ai le droit de vote" parce que j'ai réussi à passer outre le contrôle aux frontières. Par ailleurs, la préférence nationale est l'opposé du racisme puisqu'elle privilégie un français d'origine marocaine sur un blanc sans passeport français. En passant, que dire de la préférence israélienne à faire des enfants, par stérilisation forcée des éthiopiennes ?
6. C'est un parti raciste et islamophobe : 
Jean-Marie Le Pen, avec l'ancêtre du Front National, est le premier homme à avoir présenté un homme de confession musulmane, Ahmed Djebbour, à la députation de Paris en 1957. Sa fille Soraya Djebbour, sous l'étiquette Front National, sera la première femme musulmane élue au conseil régional d'Île-de-France.
Le général Massu l'a nommé "croque-mort de la division", après que les égyptiens eurent fait savoir qu'ils étaient contents de la façon dont les français avaient enterré leurs morts, le Lieutenant Le Pen ayant "trouvé naturel de faire creuser une fosse en direction de la Mecque et de faire déchausser les cadavres".
Sa femme Jany a créé en 1995 et préside SOS Enfants d'Irak ; le Front National s'est prononcé contre l'embargo qui fit périr 500.000 enfants irakiens, contre l'invasion mensongère et destructrice en Libye, le bombardement israélien du Liban, pour la création d'un état palestinien, pour le respect des coutumes locales, pour la libre accession à l'énergie et l'arme nucléaire pour les pays musulmans,  pour un moratoire sur la dette des pays du Tiers Monde, ami de l'Irak, de l'Iran et de la Palestine. Certains franco-africains ne s'y sont pas trompé.
7. Ils prônent la haine :
Parler des problèmes avant qu'ils soient insolubles doit-il constituer un délit ? Orwell ne le pensait pas. Considérons par exemple les prophéties de Powell dès 1968 en Angleterre, dont le rejet du multi-culturalisme fut immédiatement assimilé à de la paranoïa et de la haine raciale ; aurait-il dû se taire, à une époque où justement la prise de parole n'eût jamais pu entraîner des troubles sociaux graves ? Ainsi, a-t-on mieux fait d'attendre pour être désormais contraint de se taire à jamais ?

8. Ils mentent et se trompent :
Hormis leur goût prononcé pour le libéralisme, dont ils se sont bienheureusement détournés depuis, peut-on vraiment dire qu'ils se soient trompés dans leurs prédictions sur les dangers de l'immigration et de la libanisation (ici, ici, ici, ici), sur l'absence d'intégration, sur la Libye, sur l'Irak, sur l'Afghanistan, sur la Serbie et le Kosovo, sur l'Euro, sur les prévisions de croissance, sur la crise, sur l'Europe, sur Woerth ?

9. J'ai peur de perdre mes amis et ma famille :
C'est un argument honnête ; prenez courage, vous n'êtes plus si seul. Heureux les persécutés.

Bonus : La diversité est une richesse pour la France :
désolé je n'ai pas de contre-argument, j'ai juste de bonnes adresses à vous donner : Avignon, Pierrefitte, Roubaix, Malmö, Oslo, Londres, Grenoble, Clichy-sous-Bois, Carpentras, Marseille, le Royaume-Uni, etc. etc. etc. Par ailleurs, combien d'amis Maliens, Roms ou Sikhs comptez-vous dans votre carnet d'adresse ? Pourquoi ne pas profiter de cette richesse ? Pourquoi l'imposer à ceux qui n'ont pas votre niveau de revenu ?

Je n'érige pas le Front National en parti salvateur. Il se trouve assurément des points à discuter : la peine de mort, le tiédissement de leurs valeurs, le népotisme en son sein (mais le talent n'y est pas pour rien), leur assujettissement à la religion de la croissance, ou plus généralement la possible nécessité d'une Restauration, l'inanité du monde politique actuel par son mode de financement et par la domination des groupes de pression, les institutions démocratiques viciées, etc. Mais interrogez-vous sérieusement en votre âme et conscience, seuls, sans la foule et loin des bourdonnements de votre télévision : "les raisons que j'avance sont-elles vraiment soutenables" ? N'y a-t-il pas une chance que j'aie été manipulé par les instruments du pouvoir ?

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