mardi 13 mars 2012

La police britannique se privatise

Deux comtés anglais privatiseront une partie de leurs activités de police au printemps 2013 pour réduire leurs coûts.

La police anglaise se lance dans une privatisation de ses forces. Sous l’impulsion du gouvernement, les comtés du Surrey et des West Midlands ont invité des compagnies de sécurité privées à proposer leurs services pour remplir certaines de ses missions. En dehors des opérations menées par des policiers assermentés, comme les arrestations, le spectre de leur action future s’annonce vaste : « Enquête criminelle, détention de suspects, réponse et enquête sur des incidents, soutien aux victimes et aux témoins, gestion des individus à haut risque, patrouille en voiture, gestion des informations et des preuves, etc. »

Les compagnies intéressées doivent poser leur candidature avant le 9 mars sur le site Internet www.bluelight.gov.uk. Le contrat débutera le 1er avril 2013 et durera sept ans, avec une extension prévue de trois années. D’après le quotidien The Guardian , il est évalué entre 1,8 milliards et 4,2 milliards d’euros, selon le nombre de tâches qui seront finalement dévolues par les autorités locales.

Fournir du personnel pour les tâches de routine

Peter Fahy, porte-parole de l’Association des chefs de la police et responsable de la zone du grand Manchester, justifie cette offre car elle permettra de « fournir du personnel qui pourra mener des tâches de routine et répétitives à un coût réduit, et fournira l’accès temporaire à du personnel qualifié – comme des équipes d’enquête sur les meurtres. Celles-ci pourront être employées pour des incidents qui sont rares, mais pour lesquels toutes les forces doivent garder en permanence un groupe de personnel très coûteux. »

Grâce à ces économies, le responsable de la police pourra alors «  dépenser plus pour les services qui requièrent, en raison de leur complexité, de leur impact sur la sécurité publique ou de leur rôle central, d’être menés entièrement par des officiers assermentés », ajoute le chef de la police de Manchester.

Un changement constesté

Le gouvernement a imposé une réduction de budget de 20 % aux forces de police. La police des West Midlands a déjà annoncé la suppression de 2 764 postes d’ici à 2015. Dans tout le pays, ce devrait être le cas pour 34 000 postes, au cours du même laps de temps. La police du comté de Lincolnshire a récemment signé un contrat de 240 millions d’euros avec la société 4GS pour la gestion de certaines de ses opérations : la moitié de ses employés civils seront salariés par l’entreprise, qui construira et gérera pour la première fois un commissariat. En mars dernier, douze entreprises s’étaient portées candidates pour ce projet.

Ce changement est loin de faire l’unanimité. Pour Ben Priestley, du syndicat Unison, «  la privatisation signifie que la police sera moins responsable vis-à-vis du public. Et les gens ne pourront plus se plaindre à la Commission indépendante des plaintes policières, s’il y a le moindre souci. » Lynne Owens, le chef de la police du Surrey, essaie de rassurer : «  La suggestion qu’une entreprise du secteur privé patrouillera dans les rues du Surrey est tout simplement un non-sens. Ce serait aussi peu acceptable pour le public que pour moi ! » Les habitants connaîtront dans un an la réalité de ces transformations.

Tristan de Bourbon, à Londres

Deux régions pourraient signer un contrat de 1,8 M avec des sociétés privées. Polémique à la clé.


Vingt ans après la fin du Thatcherisme et de la privatisation à tout-va, la police britannique pourrait bientôt changer de visage. Des entreprises privées pourraient se voir confier progressivement des responsabilités qui relèvent actuellement de la police, révèle le journal britannique The Guardian.

Deux régions, le West Midlands, dans le centre-ouest, et le Surrey, dans le sud-est de l’Angleterre, ont lancé le test. La société privée G4S a ainsi été sollicitée pour prendre en charge le suivi d'individus à hauts risques ou encore la détention de suspects. Leurs prérogatives, détaillées dans un contrat, incluront également l'aide aux victimes et aux témoins, à des patrouilles en ville mais en aucun cas l'arrestation de suspect.

"Le périmètres des services fournis sont délibérément large pour permettre aux forces de police d'explorer les compétences, l'expertise et les solutions que ce partenariat pourrait apporter", souligne le porte-parole de la police de West Midlands qui devrait supprimer 2.764 postes en trois ans. Chaque région pourra également adapter ce partenariat en fonction de ses propres besoins.

Ce contrat, prévu pour le printemps, pourrait en tout cas se révéler plus que juteux. Les entreprises concernées pourraient ainsi empocher 1,8 milliard d'euros sur sept ans.


Les contribuables pourraient être lésés
Si le gouvernement britannique "soutient" la démarche de la police "qui examine un partenariat avec le secteur privé afin de faire des économies et de mieux servir le public", les syndicats de police eux s'inquiètent des conséquences.

"La privatisation signifie que la police aura moins de comptes à rendre aux contribuables", déplore Ben Priestley, représentant d'un des plus importants syndicats de policiers et d'employés dans le secteur judiciaire. En cas de problème, les gens ne pourront plus s'adresser à la Commission indépendante des plaintes de la police. Les seuls véritables gagnants sont les entreprises privées et leurs actionnaires qui feront profit aux dépens des services locaux", conclut-il.

Le gouvernement de David Cameron a prévu de faire 20% d'économies dans le budget de la police sur une période de quatre ans dans le cadre d'un vaste plan d'austérité."

Je trouve hautement inquiétant que l'on est prêt à sacrifier la sécurité nationale au nom de quelques économies potentielles.
Meme pour les libéraux modérés, partisans de l'Etat régalien, ceci va trop loin.

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