samedi 17 mars 2012

Les dessous nébuleux du « cloud » à la française


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Sandrine Cassini

SFR renforce son partenariat avec HP dans l'informatique dématérialisée, ce qui va muscler son projet de candidature avec Dassault Systèmes au "cloud à la française", financé par le Grand emprunt. En face, Orange, en discussions avec Atos, est également candidat à Andromède. L'Etat n'exclut pas de financer deux projets, mais SFR milite pour être le seul retenu.

« Cloud ». Pas une semaine ne passe sans qu'un opérateur télécoms, une société de services informatiques ou un éditeur de logiciels ne prenne position sur l'informatique "dans les nuages". Jeudi, HP et SFR ont annoncé pour la France un renforcement de leur partenariat technologique annoncé en 2010. L'accord est désormais commercial : chaque réseau de vente indirecte des deux sociétés (45.000 revendeurs pour HP et 150 partenaires pour SFR) commercialiseront une offre complète de réseau télécoms et de stockage informatique. En 2011, ce partenariat qui intéresse principalement les PME (les grands comptes se tournent vers des services taillés sur mesure), a généré 30 millions d'euros de chiffres d'affaires. Le tandem estime que, grâce à cette nouvelle force commerciale, il portera ses recettes à 50 millions d'euros en 2012 et à 200 millions d'euros en 2015, des montants dont SFR perçoit 60% et HP 40%.

Quelle serait alors la place d'Andromède, le projet de « cloud computing à la française » financé par le Grand emprunt, auquel Dassault Systèmes et SFR sont candidats? « Andromède, qui consiste à construire une usine de données numériques, est complémentaire du partenariat », a indiqué Pierre Barnabé directeur général de SFR Business Team. La plateforme Andromède proposerait un service d'infrastructure et serait le socle d'une offre complétée par les partenaires, qui ajouterait par exemple leur propres solutions (stockage, services de protection de données, de sécurités, logiciels en tout genre...) Ainsi, Andromède serait « une plateforme ouverte » conçue pour accueillir des tiers désireux de commercialiser des offres cloud. Qu'il s'agisse d'HP, de Cap Gemini, d'Atos, ou d'autres...

Sur le volet aide d'Etat, SFR et Dassault Systèmes sont toujours en concurrence avec Thalès et Orange, actuellement en discussions avec Atos. Sur le cloud, la SSII n'est pas en reste. Elle a signé il y a quelques semaines un partenariat avec VMware, spécialisé dans la virtualisation de logiciels, et EMC, qui fait du stockage de données. Le PDG d'Atos Thierry Breton avait à l'annonce précisé être prêt à participer à Andromède, qui ciblait le marché français. En parallèle, Orange commercialise déjà depuis longtemps sa propre offre de cloud.

Frank Esser préfère un seul projet financé par l'Etat, plutôt que deux

Avec Andromède, l'Etat souhaite un « cloud à la française », qui permette d'héberger en France des données sensibles sans tomber sous le coup du Patriot Act. Actuellement, le gouvernement, la CDC et le Commissariat général à l'investissement (CGI), étudient tous les scénarios, le financement d'un, deux ou zéro projet. Que resterait-il des partenariats SFR/Dassault ou Orange/Thalès/Atos qui ne recevraient pas de deniers publics? Jeudi, Frank Esser, le patron de SFR, s'est refusé de répondre à cette question. Il s'est contenté d'affirmer que son projet pourrait générer « plusieurs centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires », et que l'Etat ne devrait pas financer deux projets concurrents. « C'est mieux d'avoir un seul projet, c'est plus clair », a affirmé le PDG.

L'Andromède de SFR et Dassault Systèmes génèrerait 500 millions d'euros en 2016

Selon nos informations, SFR et Dassault Systèmes ont présenté aux pouvoirs publics deux scénarios, selon que l'Etat décide de financer Orange ou pas. Si le gouvernement opte pour leur projet, qui prévoit un investissement de 135 millions (la CDC, SFR et Dassault investissant chacun 75 millions d'euros), Andromède génèrerait 500 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016, un résultat opérationnel d'une soixantaine de millions d'euros. Les revenus atteindraient quasiment un milliard en 2021, avec un retour sur investissement en 2020. Dans l'hypothèse où l'Etat injecterait également de l'argent dans l'Andromède d'Orange/Thales, ce dernier ponctionnerait, selon les calculs de la partie adverse, un chiffre d'affaires de 350 millions d'euros en 2016, dont 150 millions générés par les services vendus à l'Etat. De fait, quel que soit le projet choisi, l'Etat ne s'est pas engagé à confier à Andromède ses projets cloud, comme l'a confirmé Frank Esser. « Il n'y a pas de garantie. Mais nous l'espérons, car nous voulons être compétitif en terme de service et de prix, par rapport aux acteurs globaux, comme Amazon ou Google ». Mais SFR et Dassault Systèmes parient que les pouvoirs publics porteraient naturellement leurs préférences vers une entreprise dans laquelle l'Etat détient encore 27%, France Télécom. Du coup, dans un scénario de deux offres de cloud concurrentes, SFR et Dassault prévoient, de bonne source, 100 millions d'euros de chiffre d'affaires de moins en 2016 et une rentabilité retardée de deux ans.

La pique d'Eric Besson à Dassault
En attendant, si la position gouvernementale n'est pas arrêtée, on a cru déceler une pique de la part d'Eric Besson vis-à-vis de Dassault Systèmes. Lors du colloque NetExplorateur, qui se tient à l'Unesco, il a affirmé jeudi que le « cloud computing » était « l'un des piliers de la révolution numérique ». Assurant que toutes les conditions étaient réunies pour « qu'émerge un nuage français », le ministre de l'industrie, peut être marri de la défection de Dassault en décembre, a cité 7 acteurs français importants dans le cloud: Atos, Cap Gemini, Orange, SFR, Bull, Thales... Sept sauf un : Dassault Systèmes... Sa porte-parole assure qu'il ne faut y voir aucune espièglerie... Ni un mauvais présage : son cabinet se félicite au contraire d'avoir "deux bons projets à étudier."

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