dimanche 11 mars 2012

Sarkozy et les syndicats

Sarkozy reçoit le dirigeant de la CFDT François Chérèque

Le chef de l'Etat a réaffirmé lors d'une allocution télévisée mercredi soir la poursuite des réformes et confirmé les 2,65 milliards d'aides sociales promis aux syndicats pendant le sommet social à l'Elysée.

Nicolas Sarkozy garde le cap tout en écoutant les inquiétudes sociales. Il l'a encore martelé mecredi soir lors d'une courte intervention télévisée, en refusant «une politique de facilité qui sacrifierait l'avenir au présent, qui conduirait à la banqueroute». «Nous sortirons de la crise en modernisant la France», pas «en embauchant davantage de fonctionnaires ou en rétablissant l'autorisation administrative de licenciement», ni en «augmentant massivement le SMIC», a-t-il prévenu. Une déclaration qui a dû doucher les syndicats, eux qui réclamaient par exemple un moratoire sur la suppression de postes de fonctionnaires.

Le président de la République a jugé «essentiel de garder notre sang froid et un esprit de responsabilité». Selon lui, «les réformes doivent continuer (hôpital, lycée, université, recherche, formation professionnelle) parce qu'elles conditionnent notre avenir et celui de nos enfants (...) Au final, je vous propose le seul chemin qui vaille, celui de l'effort, celui de la justice, celui du refus de la facilité. Je vous propose de regarder vers l'avenir, pas vers le passé». Ci-dessous le message de Nicolas Sarkozy :


Lors de son allocution, il a également confirmé la série de propositions faites dans l'après-midi aux syndicats lors du sommet social de l'Elysée. La plupart des mesures proposées par le chef de l'Etat étaient attendues. Elles touchent différents secteurs, et visent à donner un coup de pouce aux ménages sans modifier les choix de politique économique du gouvernement. Revue de détail des propositions :

- Chômage : indemnisation jusqu'à 75% du chômage partiel et prime.

Nicolas Sarkozy a annoncé aux partenaires sociaux le versement d'une prime exceptionnelle de 500 euros à tous les salariés ayant travaillé seulement deux à quatre mois à partir du 1er avril prochain.

Le chômage partiel sera quant à lui être mieux indemnisé «pour le porter, par exemple, jusqu'à 75% du salaire brut», contre 60% actuellement. Le niveau serait établi «par voie de conventions ad hoc entre l'Etat et les branches ou des entreprises données». Le surcoût serait financé par «l'entreprise, l'Etat et l'assurance-chômage», mais aussi en mobilisant des fonds de la formation professionnelle.


- Fiscalité : suppression d'une partie de l'impôt sur le revenu. Mesure attendue, Nicolas Sarkozy propose de diminuer l'impôt payé par les Français. Il avait posé en ce sens plusieurs questions aux syndicats : «Limite-t-on la mesure à un seul tiers provisionnel, celui payable au 15 mai, ou aux deux tiers provisionnels restant à payer en 2009» ? Ensuite, «quels sont les ménages bénéficiaires : soit les seuls 2 millions de ménages qui payent effectivement un impôt dans la première tranche ; soit également ceux qui sont théoriquement dans la première tranche mais qui, en raison d'une réduction ou d'un crédit d'impôt, ne payent pas d'impôt». Il s'interrogait également sur les effets de seuil, qu'il propose de réduire au moyen d'un crédit d'impôt. Verdict mercredi soir : les deux accomptes de l'impôt sur le revenu de l'année 2008 restant à acquitter seront supprimés pour les foyers fiscaux imposables dans la première tranche d'imposition, ce qui concernerait plus de 4 millions de ménages.

- Personnes âgées et handicapées : bons d'achats de services à la personne. Autre mesure ciblée, une aide exceptionnelle aux personnes âgées et handicapées, qui pourraient recevoir des «bons d'achat de service à la personne (aide à domicile, garde d'enfants, soutien scolaire, ménage)». Les personnes concernées seraient les 660.000 ménages bénéficiant de l'allocation personnalisée d'autonomie à domicile, les 470.000 familles bénéficiaires du complément mode de garde gagnant moins de 43.000 euros par an, les 140.000 foyers ayant un enfant handicapé ou les chômeurs qui «retrouvent du travail et ont besoin de solutions temporaires pour faire garder leurs enfants».

- Familles : prime de rentrée et aides exceptionnelles. C'était également prévu, le chef de l'Etat souhaite aider les familles. Une prime «exceptionnelle» de 150 euros sera donc versée aux trois millions de «familles modestes» bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire et des bons d'achat de services à la personne, équivalents à 200 euros par foyer, seront versés à des ménages ciblés.

- Jeunes : efforts de formation et états généraux. C'était attendu : Nicolas Sarkozy a confirmé qu'il comptait organiser une concertation sur la jeunesse, qui sera organisée par Martin Hirsch. Le chef de l'Etat ajoute qu'il souhaite des «efforts ciblés de formation pour ceux qui sont sans qualification», notamment par le biais de l'alternance. Autre proposition, un «service spécifique» de suivi des jeunes par le service public de l'emploi. Plus iconoclaste : «pourquoi ne pas imaginer demander aux entreprises, qui bénéficient des crédits du plan de relance, de recruter et de former des jeunes ?» s'est interrogé Nicolas Sarkozy.

- Un fonds d'investissement social. Nicolas Sarkozy a repris une proposition de la CFDT : la création d'un fonds d'investissement social pour «coordonner les efforts en matière d'emploi et de formation professionnelle». Il a ainsi annoncé mercredi que l'Etat était prêt à débloquer «jusqu'à 800 millions d'euros» pour l'abonder. Il souhaite que ce fonds soit, au total, «doté de 2,5 à 3 milliards d'euros».

- Conditionner les aides aux entreprises. Le chef de l'Etat a également répondu au souhait des syndicats d'un «meilleur contrôle des aides publiques aux entreprises et des contreparties». Il propose que toute aide à l'entreprise face l'objet d'une information au comityé d'entreprise qui pourra donner son avis. Il souhaite également que les syndicats soient «mieux associés en amont aux opérations de restructuration».

- Partage de la valeur ajoutée : mission d'information et réfléxions. Nicolas Sarkozy a missionné Jean-Philippe Cotis, économiste et directeur de l'Insee, pour mener une réflexion sur le partage de la valeur ajoutée. Tout en reconnaissant que «quand on est une entreprise mondiale, il faut aussi penser aux salariés qui sont hors de France et il ne faut pas négliger d'investir pour préparer l'avenir», il estime que les 54 milliards d'euros de dividendes des entreprises du CAC 40 «choquent nos concitoyens dans la période actuelle». C'est pourquoi il souhaite l'ouverture de discussions sur le sujet.

- Rémunération des dirigeants : des conseils de bienséance. Sans poser d'obligation, Nicolas Sarkozy a souhaité que les mandataires sociaux des entreprises renoncent à leurs bonus «lorsque leurs entreprises recourent massivement à du chômage partiel ou décident un licenciement économique d'ampleur».

Nicolas Sarkozy saluent les responsables syndicaux lors du sommet social le 18 janvier. (LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP)

Nicolas Sarkozy saluent les responsables syndicaux lors du sommet social le 18 janvier. (LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP)

Sortis peu après 13h de l'Elysée, les responsables syndicaux n'ont pas fait preuve d' un enthousiasme débordant en énumérant les propositions faîtes lors du sommet social, organisé mercredi 18 janvier.

Sur le perron de l'Elysée, Nicolas Sarkozy a annoncé une série de "mesures extrêmement fortes" pour enrayer le chômage. Il a promis des réformes dans les domaines de la formation professionnelle et du logement. Il a notamment indiqué la mise en place d'une formation pour les chômeurs de longue durée de plus de 2 ans. Le chef de l'Etat a par ailleurs confirmé qu'il rendrait ses décisions sur le financement de la protection sociale (TVA sociale et flexibilité du temps de travail) "à la fin du mois", à l'issue du "sommet de crise" qui s'est tenu à l'Elysée avec patronat et syndicats.

Les mesures d'urgence annoncées pour doper l'emploi des jeunes, l'activité partielle et la formation des chômeurs représentent un montant total de 430 millions d'euros, a précisé l'Elysée. Cet effort sera financé par "redéploiement" de crédits déjà existants afin de "ne pas accroître nos déficits", a indiqué Nicolas Sarkozy.

"Poursuivre la mobilisation"

Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, a annoncé que "l'Etat mettra 100 millions d'euros supplémentaires pour le chômage partiel" et que le gouvernement allait procéder au "renforcement des moyens des services publics de l'emploi à hauteur de 1.000 emplois".

De son côté, le leader de la CGT, Bernard Thibault, a estimé que "les mesures prises n'auront aucun impact sur l'emploi". "Nous sommes en profond désaccord sur le coût du travail" a-t-il précisé avant d'appeler à ne pas lâcher prise. "Il va falloir rester mobiliser parce qu'il n'y a pas d'annonces plus précise", a-t-il déclaré sur le perron l'Elysée.

Pour François Chérèque, "ce sommet arrive avec 5 mois de retard". Le secrétaire général de la CFDT a indiqué que son syndicat prenait les "quelques mesures utiles" avancées par le gouvernement lors du sommet social, tout en regrettant "le flou" entourant leur financement.

S'il s'est dit "prêt" à se remettre autour d'une table pour continuer les discussions, François Chérèque a répété son opposition à une augmentation de la TVA, qui "n'a rien de sociale". "Ca ne peut pas se faire de manière précipitée", a résumé le secrétaire général.

Un "consensus" pour le Medef

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a affirmé, pour sa part, que deux "consensus" s'étaient dégagés sur le chômage partiel et la formation, à l'issue d'une "réunion très riche" et "très diverse" avec les syndicats et le chef de l'Etat.

Il s'agira de "repérer celui qui est chômage" et "qui a besoin d'être formé pour satisfaire aux besoins de l'entreprise". "Nous sommes prêts à nous engager sur un objectif de 60.000 formations" dans le cadre de la Préparation opérationnelle à l'emploi (POE), dispositif piloté par Pôle Emploi.

Les syndicats fustigent le bilan de Sarkozy en matière d'éducation

En présentant ses vœux aux acteurs de l'éducation et de la recherche, le président a préconisé la redéfinition du métier d'enseignant.

Par Libération avec AFP

Les syndicats d'enseignants ont dénoncé jeudi "une attaque libérale" de Nicolas Sarkozy sur l'éducation et "la poursuite de sa politique d'étouffement budgétaire", après la présentation du programme du très probable futur candidat en la matière.

Dans un communiqué, le Snes-FSU, premier syndicat des collèges et lycées, a dénoncé une "attaque libérale du candidat Sarkozy" fondée notamment sur "l'autonomie du chef d'établissement" et "un désengagement de l'Etat employeur qui se décharge sur l'Université de l'ensemble de la formation des enseignants".

"Rien n'est dit sur la façon de prendre en charge l'échec scolaire", a ajouté le Snes, en regrettant que "le principe de la baisse de l'emploi public soit réaffirmé".

Des enseignants plus présents

En présentant ses voeux aux acteurs de l'éducation et de la recherche jeudi à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), Nicolas Sarkozy a préconisé notamment l'autonomie des établissements, la remise en cause du collège unique et la redéfinition du métier d'enseignement.

A ce sujet, il a suggéré que les professeurs puissent "accepter de nouvelles manières de travailler, d'être plus présents dans les établissements". "Mais en contrepartie, leur rémunération devra être considérablement augmentée", a-t-il ajouté, sans toutefois dire comment.

Aujourd'hui, dans le secondaire, un professeur doit assurer 15 heures de cours par semaine s'il est agrégé et 18 heures s'il est certifié.

La FSU, première fédération syndicale de l'éducation, a tenu à rappeler jeudi que ces heures de cours ne correspondaient pas au travail total des enseignants, ceux-ci travaillant en moyenne 20h27 en dehors des cours, selon une étude de 2002 du ministère de l'Education nationale.

Dans un communiqué distinct, le SE-Unsa a déploré "une vision libérale et rétrograde" et "la poursuite de la la politique d'étouffement budgétaire".

"Cerise sur ma galette, le président de la République annonce -une augmentation considérable de la rémunération des enseignants-, oubliant qu'il en avait pris l'engagement dans sa -Lettre aux éducateurs- de 2007... et que les personnels attendent toujours!", a-t-il ajouté.

Hollande dénonce un bilan «lourd» ...

Le député de Corrèze a jugé que dans l'Education, le bilan du président sortant était "particulièrement lourd".

"Avoir supprimé 70.000 postes, avoir découragé le personnel qui se dévoue, avoir aussi supprimé la formation initiale des enseignants et avoir laissé l'échec scolaire progresser (...), avoir laissé la violence s'installer dans certains établissements, avoir négligé l'enseignement professionnel (...). Nous n'avons pas là un bilan qui justifie un projet qui puisse donner confiance".

Interrogé sur les propos de Nicolas Sarkozy en faveur d'un aménagement du "collège unique", M. Hollande a fait remarquer: "ce débat existe depuis (la création du) collège unique et Nicolas Sarkozy n'avait pas eu de mots suffisamment durs à son endroit en 2007. Qu'a-t-il fait" depuis ?

"Moi je suis toujours pour qu'il y ait un collège qui accueille les élèves. Qu'il y ait -c'est déjà le cas- au sein du collège, une diversité des parcours, chacun le comprend, mais que soit ouverte la possibilité de professionnaliser dès 14 ans, non!".

Enfin sur la revalorisation du métier d'enseignant, "Nicolas Sarkozy dit qu'il veut les payer davantage. Aujourd'hui je constate (...) que les enseignants, sauf les plus jeunes n'ont pas été revalorisés", a-t-il dit.

... et défend un projet «responsable»

Invité par la presse, François Hollande a réagi aux propos du chef de l'Etat qui a jugé que recréer des postes était "irresponsable".

"Certains veulent dépenser moins, ils formeront moins, et nous perdrons des parts de compétition dans l'économe mondiale et nous aurons un chômage plus élevé", a-t-il déclaré. C'est "vouloir l'école à l'anglo-saxonne", "un modèle libéral (...) hiérarchisé autour du chef d'établissement et où il y aura moins d'enseignants".

"Et puis il y a le projet que je porte, qui est responsable, parce qu'il ne s'agit pas d'augmenter le budget national. Il s'agit de redéployer et de mettre des moyens supplémentaires en personnels dans l'Education nationale pour réparer ce qui a été détruit depuis 5 ans", a-t-il fait valoir.

"Ce que je propose, c'est que l'Education ait davantage de professeurs, de surveillants, de personnels d'accueil, d'encadrement, d'infirmières, de médecins scolaires", a rappelé le candidat, qui avait annoncé pendant la primaire sa volonté de recréer sur 5 ans 60.000 postes dans ce secteur.

Ce système "lutte contre l'échec scolaire", "élève le niveau de la qualification" et "ne laisse aucun enfant sortir du système" selon lui.


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