jeudi 1 mai 2014

Riches: "On s'en prend aux gouvernants plutôt qu'aux possédants"


Par Thierry Denoël, publié le

Pourquoi les riches ont-ils triomphé? Jean-Louis Servan-Schreiber approfondit son analyse dans une interview accordée au Vif- L'Express. Extraits. 

Riches: "On s'en prend aux gouvernants plutôt qu'aux possédants"
Pour Jean-Louis Servan-Schreiber, "Nous ne sommes plus dans une société démocratique équilibrée."
AFP PHOTO / BERTRAND GUAY
La victoire des riches est-elle d'avoir imposé leur idéologie?
La dérégulation accélère la machine à produire des fortunes. Mais les riches n'ont pas ourdi un complot pour mettre en route un système destiné à accroître leurs patrimoines. Les politiques et les économistes qui ont poussé à la dérégulation n'étaient pas des riches. Ils étaient simplement convaincus que c'était le meilleur moyen de développer l'économie et ils n'avaient pas tort. Pourtant, en conséquence, le libéralisme a engendré un accroissement des inégalités, qui s'étaient réduites pendant les Trente Glorieuses. [...] Cela ne veut pas dire que les riches se sont enrichis au détriment des pauvres. Leur enrichissement n'a pas fait baisser le revenu des autres. Au contraire. Les plus modestes ont vu, eux aussi, leur situation s'améliorer, mais moins vite. [...]

En temps de crise, cela ne devrait-il pas susciter davantage de révolte?

On se révolte quand les conditions de vie deviennent intolérables, quand on n'a plus rien à perdre. Or la misère a reculé. Tant qu'on est seulement dans la gêne, on ne se révolte pas. [...] Il y a surtout de la résignation, de la dépression et un ressentiment global par rapport aux gouvernants plutôt qu'aux possédants. Les riches ne sont pas vraiment stigmatisés. C'est pour cela qu'ils ont le champ libre.
On l'a vu avec la réglementation bancaire, un peu partout dans le monde, les politiques sont impuissants face aux riches, y compris à gauche. Comment analysez-vous cette évolution?
Les gouvernements n'ont plus de pouvoir, même s'ils le symbolisent. Ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais nous sommes de vieilles sociétés conservatrices vivant sur leur capital. Comme tous les rentiers, on ne veut pas que ça change. Les partis de gauche eux-mêmes sont devenus conservateurs. Ils se battent pour le maintien des emplois, des salaires, de la retraite à 65 ans, des avantages acquis... La manière dont les ministres prennent des postures de matamore puis se contentent de grappiller quelques réductions des plans de licenciement est pathétique.
Il y a là un déficit démocratique...
Nous ne sommes plus dans une société démocratique équilibrée, avec une répartition élégante entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Aujourd'hui, on a affaire à un système à trois, avec des institutions vieillissantes, un pouvoir financier en pleine puissance et l'opinion publique, qui, à travers les sondages ou Internet, ne laisse rien passer. Les politiques en sont réduits à faire semblant d'avoir du pouvoir.
Vers quel monde se dirige-t-on?
Un monde où l'Etat aura de moins de moins de marge. Un monde où, grâce à l'interconnexion généralisée, les individus vont pouvoir se regrouper de plus en plus par affinité. Avec le développement des ONG s'ouvrent d'immenses possibilités, encore insoupçonnées. On est en train d'inventer une substitution aux grands idéaux politiques, qui ont perdu de leur influence. Il s'agit d'un phénomène irréversible que l'on pourrait appeler, avec une consonance moderne, le collectivisme sans le marxisme. [...]
Ce collectivisme peut-il contribuer à réduire le pouvoir des riches?
Il peut le brider, en devenant un élément régulateur de plus en plus puissant. Les riches sont surveillés par les médias et par l'opinion. Ils détiennent beaucoup de médias, mais pas Internet. Aujour -d'hui, n'importe qui peut ouvrir une radio, tenir un journal ou diffuser une vidéo grâce à Internet. Ces possibilités ne peuvent plus être concentrées dans les mains de quelques-uns. C'est une évolution fondamentale. Collectivement, le progrès est entre nos mains. 

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